Critique Ciné : L'esprit d'équipe (2026, Netflix)

Critique Ciné : L'esprit d'équipe (2026, Netflix)

L’esprit d’équipe // De Diego Núñez Irigoyen. Avec Alexandra Jiménez, Maribel Verdú et Pedro Casablanc.

 

On va trouver des séminaires d’entreprise un peu partout au cinéma, mais Diego Núñez Irigoyen décide d'emmener son petit monde au milieu de nulle part pour une compétition déguisée. Disponible sur Netflix, la comédie espagnole L’esprit d’équipe tente de s'attaquer aux absurdités du management moderne en envoyant les employés d'une boîte de fromage se ridiculiser lors d'un séjour censé resserrer les liens. Évidemment, la vérité est bien plus moche. La boite coule, des têtes doivent tomber, et les épreuves de cohésion deviennent soudain un terrain de jeu vicié où chacun essaie d'éviter la charrette des licenciements. 

 

Lorsque leur séminaire est relégué dans un minuscule village, les employés d'une fromagerie pensent que les choses ne peuvent pas empirer… jusqu'à l'annonce de licenciements.

 

On part sur une idée de départ classique mais efficace, qui détourne les pires tics du monde du travail. Malheureusement, le film se contente de gratter la surface sans jamais appuyer là où ça fait mal, pour finir par ressembler à ces téléfilms qu'on oublie aussitôt le générique terminé. Le problème de ce séminaire qui tourne au règlement de comptes, c'est qu'il repose sur une mécanique bien trop prévisible. L'entreprise a besoin d'argent frais pour séduire de futurs investisseurs, ce qui implique de dégraisser les effectifs sans trop faire de vagues. Les sourires de façade et les discours ultra positifs des RH prennent alors une tout autre saveur quand les employés réalisent que perdre un jeu stupide équivaut à se faire mettre à la porte.

 

Très vite, la solidarité vol en éclats. Les petits arrangements entre collègues remplacent l'entraide et chacun commence à fliquer son voisin pour sauver sa propre peau. Le potentiel comique était bien là, porté par ce décalage entre le jargon corporate sur le dépassement de soi et la violence crue d'un plan social, mais le scénario manque terriblement de surprises et n'ose jamais aller au bout de sa folie. Côté casting, le film essaie de dresser une galerie de portraits représentative des travers de l'entreprise, sans pour autant prendre le temps de vraiment développer ses personnages. 

 

Alexandra Jiménez incarne Olga, une cadre qui revient tout juste de congé maternité et qui comprend très vite qu'on la met déjà de côté sous prétexte qu'elle serait moins investie ou moins disponible. Le sujet des discriminations liées à la maternité est balancé là, mais il reste bloqué à l'état de simple figurant narrative. Même constat pour le personnage de Domingo, interprété par Pedro Casablanc, qui apporte un peu de relief au milieu du marasme. À quelques mois de la retraite, ce salarié historique pensait pouvoir couler des jours heureux en évitant les vagues. Il découvre finalement que ses trente ans de maison ne valent plus rien et que la direction cherche le moindre prétexte pour le pousser vers la sortie. 

 

L'acteur amène une belle énergie flegmatique qui offre deux ou trois moments amusants, notamment face au personnage de Pepa, la patronne impitoyable jouée par Maribel Verdú, mais tout ça manque d'incarnation. Là où le film déçoit le plus, c'est dans sa satire sociale qui reste terriblement gentille. Se moquer des séminaires de teambuilding, du vocabulaire managérial pompeux et de la fausse bienveillance des ressources humaines, c'est une excellente intention. Mais pour que la comédie fonctionne, il faut un minimum de férocité. L’esprit d’équipe aborde des sujets lourds comme la peur de perdre son job, l'âgisme, la discrimination envers les femmes ou la paranoïa qui s'installe au bureau, mais il traite tout cela comme de simples prétextes à des gags visuels un peu plats. 

 

On assiste à une succession de sketchs plus ou moins réussis qui ne racontent pas grand-chose de notre rapport au travail actuel, au lieu de construire une vraie charge au vitriole sur les dérives du capitalisme d'entreprise. Sur le plan de la mise en scène, la réalisation tente d'insuffler un peu de rythme en filmant les activités de groupe comme s'il s'agissait d'épreuves sportives de haute compétition. Ce décalage entre la stupidité des exercices et la panique des salariés apporte parfois un brin de légèreté, mais le soufflé retombe bien vite. Le rythme est totalement décousu, oscillant entre des passages inutilement étirés et des scènes d'action expédiées sans ménagement. 

 

Le cadre isolé aurait dû créer un huis clos étouffant où les masques tombent complètement, mais le réalisateur préfère en rester à une comédie tiède qui ne prend aucun risque formel. En somme, L’esprit d’équipe s'avère être une déception qui ne dépasse jamais le statut de petit divertissement du dimanche soir. Si l'ensemble se laisse regarder sans grande souffrance grâce à la qualité de ses comédiens principaux et à quelques répliques bien senties, la sensation de gâchis domine rapidement. On était en droit d'attendre une satire incisive et piquante sur le monde du travail, mais Netflix nous sert une farce inoffensive qui s'oublie très vite. Si vous cherchez un regard vraiment aiguisé sur le monde de l'entreprise, vous pouvez passer votre chemin sans regret.

 

Note : 3/10. En bref, L’esprit d’équipe s'avère être une déception qui ne dépasse jamais le statut de petit divertissement du dimanche soir. Si l'ensemble se laisse regarder sans grande souffrance grâce à la qualité de ses comédiens principaux et à quelques répliques bien senties, la sensation de gâchis domine rapidement. 

Sorti le 11 septembre 2026 directement sur Netflix

 

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