Critique Ciné : L’affaire Zanetti (2026)

Critique Ciné : L’affaire Zanetti (2026)

L’affaire Zanetti // De Leonardo Di Costanzo. Avec Roschdy Zem, Barbara Ronchi et Hippolyte Girardot.

 

Avec L’Affaire Zanetti, Leonardo Di Costanzo s’attaque à une question fascinante. Est-il possible de comprendre un crime atroce sans pour autant chercher des excuses à celui qui l’a commis ? Inspiré d’une histoire vraie, le long-métrage pose un décor dépouillé. D’un côté de la table, une détenue condamnée pour meurtre. De l'autre, un criminologue déterminé à saisir le basculement qui a poussé cette femme ordinaire à commettre l'irréparable. L'ambition m'attirait sur le papier. L'idée de plonger dans les méandres de la psychologie criminelle promettait une plongée étouffante. 

 

Elisa Zanetti a été condamnée pour un crime dont elle dit ne presque rien se rappeler. Dix ans plus tard, le professeur Alaoui, criminologue de renom, rouvre son dossier. Un face-à-face tendu s'engage entre les deux. Peu à peu, les souvenirs enfouis refont surface, et avec eux, une vérité bien plus complexe qu'il n'y paraît. Jusqu'où peut-on aller pour entrer dans l'esprit d'une criminelle ?

 

Malheureusement, la projection m'a surtout laissé une désagréable sensation de lourdeur et de frustration. Le cinéaste essaie d'explorer la mémoire, les traumatismes enfouis et la justice réparatrice. Seulement, il oublie en chemin de transformer ses grandes intentions théoriques en une vraie proposition de cinéma. L'intrigue gravite autour d'Elisa. Cette femme purge une peine pour un assassinat, mais elle soutient un détail troublant. Plusieurs années après les faits, ses souvenirs du passage à l'acte restent totalement flous, voire inexistants. Cette amnésie partielle intrigue le professeur Alaoui. 

 

Ce chercheur consacre ses travaux aux mécanismes invisibles qui font déraper un individu sans histoire. Roschdy Zem glisse son charisme dans le costume de cet universitaire méthodique. Il enchaîne les entretiens au parloir pour faire remonter la vérité à la surface. Face à lui, Barbara Ronchi hérite d'un rôle complexe. L'actrice doit composer avec une ambiguïté permanente, oscillant sans cesse entre ce qu'elle sait, ce qu'elle imagine et ce que son inconscient a scellé. Le cadre reste d'une sobriété monaticale. Une pièce sombre, deux chaises, des questions directes, de longs silences et des bribes de souvenirs qui refont surface à leur rythme. 

 

Ce minimalisme a de quoi séduire pendant une vingtaine de minutes. Mais très vite, la rigidité du dispositif s'installe et plombe le récit. Je dois reconnaître une vraie qualité au film : ses interprètes ne déméritent pas. Roschdy Zem apporte un calme très particulier au professeur Alaoui. Il évite le piège du profilage hollywoodien et du détective de série télé qui devine tout en trois secondes. Il écoute son interlocutrice, relance sur un détail anodin, tolère le vide et cherche sincèrement à décortiquer la psyché d'Elisa. Barbara Ronchi livre elle aussi une prestation habile, toute en retenue. Son personnage ne cherche pas à apitoyer son monde. Elle semble être la première spectatrice d'une mémoire défaillante qui lui échappe. 

 

Le choc frontal entre le cerveau analytique du chercheur et l'esprit morcelé de la prisonnière possédait tous les ingrédients pour créer une guerre nerveuse captivante. Le problème vient du scénario, incapable de nourrir ce duel pour entretenir une flamme dramatique. Le blocage majeur vient du rythme. Les bavardages occupent la quasi-totalité du temps de jeu. Certains passages passionnent, surtout quand l'histoire montre comment le cerveau modifie et trahit la réalité des faits après coup. Malheureusement, une bonne moitié des répliques tourne à vide et donne l'impression de piétiner gentiment. 

 

Le récit avance par à-coups. Les deux protagonistes reviennent constamment sur les mêmes étapes sans faire progresser leur relation ou apporter de véritables révélations. Ce genre de narration répétitive exige une précision d'horloger. Il faut que chaque silence pèse plus lourd que le précédent, ou que la moindre phrase modifie l'équilibre des forces. Ici, tout reste désespérément plat. Malgré son point de départ, le long-métrage ne prend jamais la tournure d'un thriller. Je n'ai jamais ressenti ce sentiment d'urgence ou d'insécurité qui pousse à se cramponner à son fauteuil. Même les retours en arrière, censés illustrer les morceaux du passé d'Elisa, tombent à plat. 

 

Ils arrivent comme des intermèdes mécaniques sans relancer l'intrigue. J'ai passé une bonne partie de la séance à attendre une secousse ou un twist qui n'est jamais venu. Le concept le plus stimulant concerne la thématique de l'enfermement. Elisa purge sa peine entre quatre murs, mais sa vraie prison se trouve à l'intérieur de sa propre tête. Son crime continue de la hanter à travers des flashs chaotiques et des bouts d'images incomplets. Cette situation pousse à réfléchir sur une notion complexe : quelle part de responsabilité conserve un individu qui se retrouve incapable de se remémorer la gravité de son geste ? Le film touche aussi du doigt la justice réparatrice. 

 

Il ne s'agit pas de pardonner l'horreur ou de minimiser la souffrance des victimes, mais de poser un regard humain sur le criminel pour tenter de comprendre le mécanisme du drame. C'est un axe brillant, mais la mise en scène s'avère bien trop scolaire pour lui rendre justice. Leonardo Di Costanzo choisit un style brut. Pas d'envolées musicales pour forcer l'émotion, une caméra scotchée au visage des acteurs et des dialogues débités sans hâte. Ce choix esthétique se tient théoriquement, car le cinéaste veut laisser toute la place à la parole. Mais à l'écran, ce parti pris se traduit par un manque flagrant de relief. Les flashbacks auraient pu injecter du rythme et nous faire ressentir le chaos mental d'Elisa. 

 

Au lieu de ça, ces séquences restent tristement illustratives. La réalisation se contente de dérouler le texte sans jamais construire cette atmosphère poisseuse ou troublante qu'exigeait un tel face-à-face. Le film finit par ressembler à un compte-rendu d'expertise psychiatrique filmé, perdant ainsi sa dimension narrative. J'attendais beaucoup de cette proposition. La question du traumatisme, de la vérité et des zones d'ombre de l'esprit humain offre généralement de superbes terrains de jeu au cinéma. Pourtant, la mayonnaise ne prend pas. Si Roschdy Zem et Barbara Ronchi sauvent les meubles grâce à leur charisme, cela ne suffit pas à combler les creux. La lenteur généralisée, la lourdeur des échanges et l'absence d'enjeu dramatique finissent par rendre la projection particulièrement longue. 

 

Note : 4.5/10. En bref, l’intention de faire réfléchir le spectateur est louable, mais elle ne doit pas se faire au détriment du plaisir de cinéma. À force d'étouffer son sujet sous des couches d'analyses théoriques, le réalisateur égare le mystère de son histoire. Il en résulte un drame austère, bien plus séduisant dans son intention initiale que dans son exécution finale.

Sorti le 3 juin 2026 au cinéma - Disponible en VOD

 

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