Critique Ciné : Sultana (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Sultana (2026, Amazon Prime Video)

Sultana // De Ali Kemal Güven. Avec Tuba Büyüküstün, Derya Pinar Ak et Seray Kaya.

 

Sur le papier, Sultana avait tout pour appâter le chaland. Un réalisateur engagé en la personne d’Ali Kemal Güven, un cadre sulfureux au cœur de la nuit d’Istanbul et une poignée de comédiennes stars censées s’étriper joyeusement pour régner sur l'établissement. Tûba Büyüküstün, Seray Kaya, Derya Pınar Ak, Rojbin Erden... La distribution laissait espérer un affrontement féroce, pétri de jalousie, d'ambition et de revanche sociale face à un patriarcat omniprésent. Sauf qu'entre les promesses du pitch et ce qui se déroule réellement sous nos yeux, il y a un gouffre. Un gouffre tellement profond qu’on finit rapidement par regretter de ne pas avoir trouvé une meilleure occupation pour notre soirée.

 

Dans l'unique club de strip-tease d'Istanbul, la danseuse chevronnée Meral forme la nouvelle Anna, découvrant qu'elle a formé sa remplaçante. Une rivalité éclate alors qu'elles luttent pour dominer un monde où survivre signifie sororité.

 

Parlons d'abord du décor, puisqu'on nous survend cet établissement comme un lieu d'une débauche fascinante. Dès les premières minutes, le vernis craque. Le fameux club sulfureux ressemble davantage à un cabaret de patronage frileux qu’à un haut lieu de la nuit stambouliote. Les danseuses restent couvertes jusqu'au col, les numéros frôlent l'ennui mortel et la moindre tentative de sensualité tombe totalement à plat. Le pire reste la réaction de la foule à l'écran. Voir des figurants hurler de passion et jouer les clients extasiés devant des prestations aussi timides devient très vite surréaliste. On cherche le second degré ou une pointe d'ironie dans cette mise en scène, mais le film se prend hélas terriblement au sérieux. 

 

Le contraste entre la réputation supposée des artistes et ce qu'elles proposent sur scène confine purement et simplement au comique involontaire. Côté scénario, Erdi Işık semble avoir coché toutes les cases du cahier des charges sans jamais prendre le temps de remplir les pages. Les rivalités féminines éclatent sans raison valable, les coups bas sortent du chapeau et les secrets sont balancés à l'écran sans la moindre préparation dramatique. Chaque personnage semble réduit à une seule fonction narrative temporaire. Une fille a besoin de sous ? Hop, elle devient jalouse. Une autre veut s'en sortir ? Elle déclenche une crise. Les motivations des unes et des autres restent désespérément en surface. 

 

C’est d'autant plus frustrant que le long-métrage tente d'aborder des sujets lourds, comme le parcours d'une femme immigrée et la précarité économique qui pousse ces héroïnes dans leurs retranchements. Malheureusement, le sujet apparaît au détour d'une scène, est aussitôt balayé par un énième crêpage de chignons sans enjeu, puis disparaît dans la nature sans rien apporter de concret au récit. La réalisation ne sauve absolument rien au naufrage. Ali Kemal Güven multiplie les plans censés poser une atmosphère lourde et sous tension, mais son rythme fait un flop monumental. Les scènes explicatives s'étirent en longueur sans jamais faire progresser l'histoire, tandis que les rares moments charnières sont expédiés en deux coups de cuillère à pot. 

 

Pour ne rien arranger, les dialogues sonnent faux du début à la fin. Entendre des personnages s'échanger des répliques hyper théâtrales et pompeuses au milieu d'un bar censé être populaire achève de détruire le peu de crédibilité qui restait. On a parfois l'impression désagréable de visionner un téléfilm mélodramatique de seconde zone qui aurait oublié de travailler ses enjeux. Même au niveau du jeu d'acteurs, c'est la soupe à la grimace. Réunir un tel casting pour en faire ça relève presque du gâchis artistique. Tûba Büyüküstün, habituellement très convaincante, paraît ici complètement égarée, peu à l'aise dans le rôle et carrément empruntée dès qu'il s'agit d'occuper l'espace scénique. Le reste de la distribution, pourtant garni de têtes connues comme Taro Emir Tekin ou Nur Sürer en guest-star, fait ce qu'il peut avec des lignes de texte totalement rigides. 

 

Note : 2/10. En bref, Sultana rate l'intégralité de ses objectifs. Le film voulait nous parler de solidarité féminine, de pouvoir et d'émancipation dans un milieu hostile. Il ne livre qu'une coquille vide, molle et terriblement artificielle. Une véritable déception qui manque cruellement de punch, de relief et surtout de sincérité.

Sorti le 17 septembre 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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