Monster: The Lizzie Borden Story (Saison 4, 8 épisodes) : la saison de trop pour Ryan Murphy ?

Monster: The Lizzie Borden Story (Saison 4, 8 épisodes) : la saison de trop pour Ryan Murphy ?

Après Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, Netflix et le duo Ryan Murphy / Ian Brennan remettent le couvert avec la saison 4 de leur anthologie Monster. Cette fois, direction le Massachusetts de 1892 pour disséquer l’affaire Lizzie Borden. Une jeune femme accusée d’avoir découpé son père et sa belle-mère à grands coups de hache. Le genre de fait divers bien poisseux qui a tout pour faire un excellent thriller psychologique, surtout qu’un siècle plus tard, le mystère reste entier. Sauf qu’en huit épisodes, la série transforme un mystère fascinant en un gloubiboulga indigeste, prétentieux et, disons-le franchement, assez ennuyeux. 

 

Bienvenue dans Monster : The Lizzie Borden Story, la saison qui voulait tout dire et qui finit par ne rien raconter du tout. L'histoire démarre sur le fameux double meurtre d'Andrew et Abby Borden, puis fait un retour en arrière de quelques mois pour nous montrer le quotidien étouffant de Lizzie. On nous la peint sous les traits d’une pauvre fille isolée, jouée par Ella Beatty, coincée entre une belle-mère tyrannique et un père odieux qui ne pense qu’à son argent. Le but de la manœuvre ? Nous faire comprendre comment cette pauvre Lizzie a pu en arriver à attraper une hache. Le problème, c'est que la série confond "expliquer" et "excuser". L'affaire réelle est fascinante parce qu'on doute encore aujourd'hui. 

 

Ici, le scénario tranche la question en dix minutes : Lizzie est coupable, mais c'est pas vraiment sa faute, c'est la faute de la société. Résultat ? On flingue tout le suspense dès le début. On aurait pu espérer une vraie étude de mœurs ou un profil psychologique fin. À la place, on a un personnage sans aucune nuance dont les décisions changent juste parce que le script en a besoin. Ella Beatty fait ce qu'elle peut en jouant l'extinction de voix et le regard vide, mais ça ne suffit pas à donner du relief à un personnage aussi mal écrit. Pour meubler son récit, la série décide d'inventer une romance entre Lizzie et Bridget Sullivan, la servante de la maison incarnée par Vicky Krieps. Sur le papier, explorer la condition féminine et la sexualité refoulée à la fin du XIXe siècle, pourquoi pas. 

 

À l'écran, ça ressemble surtout à un prétexte coché sur une liste de courses. Leur relation sort de nulle part, va à toute vitesse et sert juste d'accélérateur de parcelle pour amener le massacre. Puisqu'il faut choquer le chaland, Ryan Murphy sort sa palette habituelle : du gore gratuit, de la provocation facile et du malaise en barre. Sauf qu'à force de balancer du sang par litres et d'empiler les scènes crades sans aucune retenue, on ne ressent plus rien. C'est l'effet inverse qui se produit : on baille. La surenchère visuelle ne remplace pas une tension dramatique, et les effets de manche finissent par lasser au bout de trois épisodes. 

 

Parce qu’un seul fait divers ne suffirait apparemment pas à combler huit heures de vide, les scénaristes ont eu l'idée lumineuse de connecter Lizzie Borden à deux autres figures du crime : la comtesse Elizabeth Báthory et la tueuse en série Aileen Wuornos. On se retrouve donc avec Vicky Krieps qui joue aussi la comtesse Báthory dans un délire gothique qui n'a rien à faire là, et Sarah Paulson qui déboule en Aileen Wuornos, persuadée d'être la réincarnation spirituelle de Lizzie. Sarah Paulson en fait des tonnes, comme d'habitude, et apporte un peu d'énergie au milieu de ce marasme. Mais son personnage frôle tellement la caricature qu'on se demande si on regarde une série dramatique ou une parodie.

 

Toutes ces histoires secondaires bouffent un temps monstre. Au lieu de resserrer le propos autour de son sujet principal, la série s'éparpille dans tous les sens. Ryan Murphy ne sait manifestement plus quoi faire de son histoire et tente de masquer le vide en empilant les références historiques à la truelle. C'est d'autant plus énervant que la distribution avait de la gueule. Rebecca Hall et Charlie Hunnam jouent la belle-mère et le père. Au début, ce sont de vrais méchants de dessin animé : elle est odieuse, il est tyrannique et méprisant. Puis, vers la mi-saison, le scénario réalise qu'il faudrait peut-être leur donner un peu d'humanité. On tente alors maladroitement de nous expliquer leur passé pour qu'on ressente de la sympathie pour eux. 

 

Sauf que c'est bien trop tard. Passer du monstre absolu au martyr incompris en un claquement de doigts, ça ne marche pas. Côté réalisation, c'est le grand n'importe quoi esthétique. On mélange des décors victoriens très soignés avec une bande-son contemporaine plaquée dessus pour faire "style". La série hésite constamment entre la comédie noire assumée, le drame familial larmoyant et le manifeste féministe sur la colère des femmes. À force de vouloir toucher à tous les genres, elle n'en maîtrise aucun. Au final, Monster : The Lizzie Borden Story passe totalement à côté de son sujet. L'affaire originale avait tout pour plaire : une tension familiale étouffante, une accusation troublante et un procès devenu un phénomène de foire médiatique. 

 

Mais plutôt que de nous livrer une vraie enquête psychologique avec un poil de subtilité, la série choisit la facilité, le gore et le prêchi-prêcha explicite. Si vous cherchiez un vrai thriller bien ficelé sur Lizzie Borden, passez votre chemin. Entre les digressions inutiles, le ton qui change toutes les vingt minutes et la volonté absolue d'expliquer l'inexplicable, cette saison 4 est probablement la plus faible de la franchise Monster. Une belle coquille vide qui prouve qu'avoir du budget et des stars au casting ne suffira jamais à faire une bonne histoire.

 

Note : 2/10. En bref, Monster : The Lizzie Borden Story passe totalement à côté de son sujet. L'affaire originale avait tout pour plaire : une tension familiale étouffante, une accusation troublante et un procès devenu un phénomène de foire médiatique. Mais plutôt que de nous livrer une vraie enquête psychologique avec un poil de subtilité, la série choisit la facilité, le gore et le prêchi-prêcha explicite.

Disponible sur Netflix

 

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