Critique Ciné : Ghost in the Cell (2026, direct to SVOD)
Ghost in the Cell // De Joko Anwar. Avec Abimana Aryasatya, Bront Palarae et Dhimas Danang.
Avec Ghost in the Cell, le réalisateur indonésien Joko Anwar livre un film d’horreur qui change radicalement des productions classiques. Dans une prison où la violence fait déjà loi, une présence surnaturelle vient semer la panique parmi les détenus et les gardiens. Les cadavres s’entassent, se transforment en véritables compositions macabres, et les survivants doivent improviser pour s’en sortir. Mais derrière ce côté purement gore se cache une comédie absurde et une critique acerbe de la société indonésienne. Un cocktail déroutant, mais doté d’un vrai tempérament. L’action se déroule dans un pénitencier indonésien rongé par la corruption, les abus de pouvoir et les guerres de clans entre prisonniers.
Un détenu arrive dans une prison indonésienne, hantée par une entité surnaturelle qui tue ceux dont l’aura est la plus sombre. Alors que les prisonniers s’efforcent d’accomplir de bonnes actions pour survivre, ils réalisent que l’unité est leur seule chance de ne pas être éliminés un par un.
Les gardiens ferment les yeux ou profitent de leur statut pour dicter leurs propres règles. Dans ce climat lourd, les détenus ont appris à survivre en formant des alliances fragiles. L'arrivée d'une menace invisible vient chambouler cet équilibre précaire. Des prisonniers meurent dans des conditions d'une violence extrême. Les exécutions s'avèrent sanglantes, surprenantes et mises en scène comme de véritables tableaux morbides. Le film prend d’abord son temps pour poser le décor et présenter les différents groupes. Puis, petit à petit, on comprend que ces meurtres ne relèvent pas du hasard. Une logique échappe aux personnages, et les survivants doivent percer le mystère de cette malédiction pour espérer survivre.
J’ai beaucoup aimé cette façon de faire évoluer le point de départ. La prison se transforme en un terrain de jeu horrifique où personne n'est en sécurité. Le petit point noir vient du nombre de personnages, ce qui empêche parfois de s'attacher vraiment à eux. Quelques figures auraient mérité un temps d’écran plus large, même si Joko Anwar semble se focaliser sur la dynamique de groupe plutôt que sur les destins individuels. Ce qui distingue Ghost in the Cell, c’est son refus total de rester dans une case bien précise. Le long-métrage passe d'une scène ultra-violente à une situation complètement ridicule sans prévenir le spectateur. Les morts sont tellement extravagantes qu'elles font autant surprendre que sourire.
Joko Anwar assume complètement ce grand écart permanent. Il ne cherche pas à installer une tension continue qui monterait crescendo jusqu'à un final étouffant. Ici, l'horreur sert aussi de tremplin à des gags visuels, avec des personnages totalement dépassés par des évènements qu'ils ne maîtrisent pas. Certaines séquences fonctionnent à merveille grâce à ce contraste. Voir des criminels endurcis perdre leurs moyens face à un phénomène paranormal donne lieu à des discussions et des réactions franchement burlesques. En revanche, tout n'est pas égal. L'humour tombe parfois à plat et certaines scènes s'étirent en longueur alors que l'idée de départ aurait mérité d'être traitée plus rapidement.
Ce grand huit permanent entre rire et effroi peut aussi dérouter, surtout quand le film oublie un peu trop son versant horrifique pour basculer dans la comédie pure. Malgré tout, les fans de gore vont s'y retrouver. Les effets visuels affichent un excès assumé et les meurtres font preuve d'une vraie créativité artistique dans l'horreur. Les corps deviennent des œuvres macabres qui donnent une vraie identité visuelle au film. Évidemment, âmes sensibles s'abstenir, l'hémoglobine coule à flots. Derrière ses airs de délire fantastique, Ghost in the Cell porte un message politique très clair. La prison fait office de miroir grossissant de la société indonésienne. Les privilèges, la corruption, les inégalités et les passe-droits y sont exposés cash.
Tous les détenus ne sont pas logés à la même enseigne, et certains continuent de bénéficier de protections malgré la gravité de leurs crimes. Les relations entre gardiens et prisonniers rappellent un système vicié où les puissants conservent leurs avantages quoiqu'il arrive. Le film aborde également des sujets écologiques, notamment les ravages de la déforestation illégale à Bornéo. Cela permet d'ancrer la menace surnaturelle dans des problématiques bien réelles. L'origine du mal prend ainsi une ampleur plus vaste, même si l'explication manque parfois de subtilité. C'est d'ailleurs l'une des faiblesses du scénario. Le réalisateur a des choses à dire, mais certains messages sont assénés avec de gros sabots.
Des dialogues sonnent plus comme des leçons destinées au public que comme de vrais échanges. Le fond politique reste passionnant, mais il aurait gagné à être fondu plus naturellement dans l'histoire. L'une des idées les plus surprenantes du film concerne la place accordée à la création. Face à une entité impossible à battre par la force brute, les détenus réalisent que seuls le chant, la danse ou la prière peuvent apaiser les esprits. Cette pirouette apporte une bouffée d'air frais au récit. Dans un univers régi par la violence, l'art devient une forme de rébellion inattendue. Cela permet aussi de montrer une autre facette de ces hommes, bien loin de leur simple étiquette de criminels. J'ai trouvé ce choix réjouissant, surtout qu'il est traité avec un sérieux total qui tranche avec l'absurdité ambiante.
Le film ne cherche pas à blanchir ses personnages ni à en faire des héros, mais il leur offre une rédemption par le biais de l'expression artistique. J'ai adoré l'inventivité des meurtres et cette façon de dynamiter les codes du film carcéral et du film de fantômes. Le cinéaste signe un long-métrage certes maladroit, mais foncièrement vivant et loin des standards aseptisés. Je regrette juste un humour parfois lourd, un sous-texte politique un peu trop appuyé et un manque d'attachement émotionnel aux personnages. Mais pour les amateurs de cinéma de genre qui aiment sortir des sentiers battus, c'est une excellente pioche. Une curiosité indonésienne sanglante et déjantée qui mérite amplement le coup d'œil.
Note : 6/10. En bref, Ghost in the Cell ne cherche clairement pas à faire l'unanimité. Entre excès gores, humour potache et critique sociale, Joko Anwar tente un pari audacieux qui aurait pu s'effondrer. Pourtant, malgré ses petits défauts de rythme, la proposition regorge d'idées pour captiver l'attention du début à la fin.
Sorti le 31 octobre 2026 directement sur Shadowz
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