Paolo (Saison 1, épisodes 5 et 6) : une obsession qui dévore tout sur son passage
À mi-parcours de cette mini-série en sept épisodes diffusée sur HBO Max, les chapitres 5 et 6 marquent le moment où le thriller psychologique de Sébastien Marnier franchit définitivement la ligne. Ce qui avait commencé comme une fascination de classe (un déménageur de pianos de province, Paolo Da Costa, qui recroise un ancien camarade devenu écrivain et candidat à la mairie) se transforme ici en une mécanique de destruction intime et politique. Ces deux épisodes, sortis fin octobre 2026, constituent le cœur noir de la série : l'obsession devient une maladie contagieuse qui pourrit le couple de Paolo, la campagne municipale et la mémoire des personnages.
Le pitch de départ reste simple et redoutablement efficace. Dans la ville fictive de Roisson, cité du champagne, Paolo mène une vie banale jusqu'à ce qu'il s'approche de Téophane pour soutenir sa campagne. L'admiration vire vite à l'identification pathologique. Les épisodes précédents avaient déjà posé une violence frontale et une satire sociale cruelle sur les fractures de classe en province. Les chapitres 5 et 6 poussent le curseur beaucoup plus loin en abandonnant le réalisme pur pour explorer une sensualité trouble, des flashbacks audacieux et une véritable descente dans l'inconscient. On quitte le terrain politique pour des situations beaucoup plus intimes, jusqu'à un premier tour électoral qui ne se déroule évidemment pas comme prévu.
Dans l'épisode 5, intitulé « Mange tes morts », Paolo se retrouve littéralement avec un cadavre sur les bras, caché dans le coffre de sa voiture, alors que le premier tour approche à grands pas. En parallèle, il réussit à s'installer chez les Tolbiac tout en essayant de sauver son couple avec sa fiancée Winnie. Cette double contrainte cristallise toute l'essence du personnage. Paolo ne se contente plus d'observer ou de servir de loin ; il s'incruste physiquement dans le monde qu'il convoite. La proximité forcée avec Téophane accentue un trouble masculin permanent. Les scènes de coulisses de mariage ou de moments partagés prennent une charge érotique ambiguë, sans jamais tomber dans la gratuité.
Jérôme Niel, qu'on connaissait surtout pour la comédie, est tout simplement magistral. Il rend Paolo à la fois pathétique, dangereux et étrangement compréhensible, traduisant à la perfection la frustration de classe et la rage intérieure de son personnage. En face, Yoann Gasiorowski incarne à merveille le charisme ambigu de Téophane, brillant mais traversé de fissures. Cet épisode offre aussi de belles réponses, notamment sur la musique. La présence obsédante de La Serenissima de Rondò Veneziano, ce tube kitschissime, s'explique enfin comme le morceau fétiche de Téophane enfant. C'est un marqueur social brillant imaginé par le réalisateur : une façon de souligner la rupture de classe tout en nourrissant le désir d'ascension de Paolo, qui l'écoute en boucle pour s'identifier à celui qui a réussi.
L'épisode se referme sur des flashbacks audacieux qui éclairent les racines de cette fascination. La série assume pleinement un héritage à la Chabrol, disséquant les férocités de la petite bourgeoisie provinciale avec une noirceur totale. L'épisode 6, « Vies séparées », resserre encore un peu plus l'étau. Paolo se fait éjecter de la maison des Tolbiac, tandis que l'enquête sur le passé de Mathilde progresse en coulisses. À l'approche des résultats, la relation entre les deux hommes atteint un point de non-retour. Les flashbacks continuent de creuser les origines du malaise, tandis que des scènes de sauna inattendues surprennent et approfondissent cette tension homo-érotique.
La série ne traite jamais ce désir comme un simple sous-texte ; il fait partie intégrante de cette fascination de classe où Paolo veut s'effacer pour devenir l'autre. La plongée dans la cave de l'inconscient en fin d'épisode symbolise parfaitement cette descente vers les ténèbres, portée par une mise en scène claustrophobique et parfaitement maîtrisée. Sur les réseaux sociaux, les réactions saluent l'audace de la plateforme et comparent souvent la série à une version française de You, en plus sombre et plus ancrée dans le réel. La presse, de son côté, est unanime et qualifie le programme de thriller politique aussi brillant que dérangeant.
Note : 8.5/10. En bref, ces deux épisodes confirment que Paolo évite tous les pièges du genre. Sébastien Marnier livre une radiographie au vitriol des compromissions du pouvoir local et des angoisses de reconnaissance dans une France de province très reconnaissable. La révélation Jérôme Niel porte le projet avec un talent immense, parfaitement secondé par un casting irréprochable. Malgré un léger inconfort permanent et un rythme exigeant, ces chapitres élèvent la mini-série au rang des meilleures productions françaises de l'année. La tension est à son comble, la cruauté réjouissante, et l'intelligence politique évidente.
Disponible sur HBO max
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