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Critique Ciné L'Epreuve, le choc des images

10 Avril 2015 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Critique Ciné

Critique Ciné  L'Epreuve, le choc des images

L’Epreuve // De Erik Poppe. Avec Juliette Binoche, Nikolaj Coster-Waldau et Lauryn Canny.


L’Epreuve cela pourrait être aussi le nom que l’on donnerait à l’épreuve que cela fût de sortir ce film en France. Mais c’est enfin le cas, certainement grâce à la présence de l’excellente Juliette Binoche (Sils Maria) au casting. Celle que j’admire depuis Chocolat (qui fait toujours partie de mes films préférés) trouve ici encore une fois un rôle différent de tout ce qu’elle a pu faire mais à la mesure de son talent. Ce que j’ai tout particulièrement apprécié dans ce film ce n’est probablement pas tout ce que les gens ont pu voir avec le côté engagé du film (qui parle du combat quotidien d’une photographe de guerre pour que ses photos aussi horribles soit-elles soient publiées). Non, que j’ai apprécié dans ce film c’est avant tout la tragédie familiale qu’il y a derrière. Cette femme, Rebecca, a besoin d’être sur le terrain, de montrer au monde où est la misère, où est l’horreur, elle préfère ça à ses propres enfants (et la prise de conscience finale est terrible mais permet aussi au film d’assumer pleinement jusqu’au bout son aura de grande tragédie). J’ai été assez bouleversé par la façon dont l’histoire est racontée afin de mettre en scène l’aspect familial (et pas vraiment l’aspect photographe de guerre qui n’est qu’une trame de fond pour justifier de thèmes plus profonds dont le film parle).

Rebecca est une photographe de guerre de renommée internationale. Alors qu’elle est en reportage en Afghanistan pour suivre un groupe de femmes qui préparent un attentat suicide, elle est gravement blessée par l'explosion d'une bombe. De retour chez elle en Irlande, pour se remettre de ce traumatisme, elle doit affronter une autre épreuve. Marcus, son mari et Stéphanie, sa fille ainée de 13 ans, ne supportent plus l’angoisse provoquée par les risques que son métier impose. Rebecca, qui est déchirée entre les souffrances qu’elle fait subir à ses proches et sa passion de photoreporter, doit faire face à un ultimatum : choisir entre son travail et sa famille. Mais peut-on vraiment échapper à sa vocation, aussi dangereuse soit-elle ? Renoncera t-elle à couvrir ces zones de combats, et à sa volonté de dénoncer la tragédie humaine de son époque ?

C’est donc un film sur l’amour d’une femme non pas pour sa famille (alors que ce devrait être l’issue logique du film) mais pour ce qu’elle peut monter au monde au travers de son objectif. J’aime bien aussi la façon dont le film tente d’associer les mondes, le fait que l’appareil photo de Rebecca soit finalement aussi une arme. Pas toujours au sens « tuer » mais une arme malgré tout. C’est une arme quand elle brandit son appareil afin de « shoot » / capturer dans son objectif tout ce qu’elle voit et qui peut donc être intéressant à montrer à ses yeux. Mais c’est aussi une arme lorsque sa fille décide de pointer l’appareil photo de sa mère et décide de la mitrailler, comme si elle était tout simplement en train de la tuer avec son propre outil de travail, l’outil qu’elle chérie plus que tout au monde. Cela me fascine mine de rien et je ne m’attendais pas du tout à ce que cela se déroule dans ce sens là. Je m’attendais à un vrai film de guerre avec une romance peut-être un peu gênante. Sauf que la romance n’est pas non plus ce qu’il y a de plus important, tout ce qui gravite autour de cette romance l’est bien plus et je parle des relations entre les enfants et la mère (la fille qui comprend ce que fait sa mère et le danger qu’elle vit, et l’autre qui ne pense qu’aux cadeaux que sa mère pourrait lui ramener).

C’est une épreuve à proprement parler car le film tente de lever le voile sur la perversion de ce monde, le côté voyeur que l’on peut tous avoir en nous et qu’a finalement Rebecca elle aussi (c’est en tout cas comme ça que je vois sa passion). Juliette Binoche est tout simplement excellente dans le rôle de la mère / photographe. Je dois avouer que je ne m’attendais pas nécessairement à ce qu’elle soit aussi resplendissante mais je crois que je l’ai encore plus apprécié dans ce rôle pour tout ce qu’elle a pu raconter durant l’avant première sur ce qui l’a motivé à faire ce film, ce qui la révolte dans la société actuelle (le fait que l’on pense plus à notre propre personne qu’à ce qui se passe réellement dans le monde), etc. C’est une actrice un peu engagé tout de même et ce n’est pas le premier rôle de ce genre là qu’elle accepte d’incarner d’ailleurs. A ses côtés on retrouve un Nikolaj Coster-Waldeu que j’ai failli ne pas reconnaître. Celui que je connais surtout pour son rôle de Jaime Lannister dans Game of Thrones démontre ici une autre facette de son talent tout aussi intéressante, celle du père de famille. Erik Poppe, dont je ne connaissais pas du tout la filmographie est ici aidé par une direction de la photographie absolument sublime. Les plans s’enchaînent comme si l’on avait l’impression de voir des photos qui s’empilent les unes sur les autres. C’est tout simplement magnifique.

Note : 8/10. En bref, une très belle tragédie.

Date de sortie : 6 mai 2015

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