Critique Ciné : Unabomber (2026, Netflix)

Critique Ciné : Unabomber (2026, Netflix)

Unabomber // De Janus Metz Pedersen. Avec Shailene Woodley, Russell Crowe et Jacob Tremblay.

 

L'histoire de Ted Kaczynski a tout du sujet en or pour le cinéma. Pendant plus de vingt ans, celui qu'on a surnommé l'Unabomber a semé la terreur en envoyant des colis piégés aux quatre coins des États-Unis. Ses cibles ? Principalement des enseignants, des chercheurs et des figures du monde scientifique ou technologique. Une affaire complexe, sombre, et forcément délicate à porter à l'écran quand on sait le nombre de victimes touchées et de familles brisées. Dans ce long-métrage, le réalisateur Janus Metz tente de naviguer entre le film d'enquête pure, le portrait d'époque et le drame psychologique.

 

La transformation de Kaczynski, prodige de Harvard, en célèbre Unabomber, qui a mené une campagne nationale d'attentats à la bombe aux États-Unis de 1978 à 1995, tuant trois personnes et en blessant 23. Soumis à des expériences psychologiques controversées menées par le professeur Henry Murray, le passé troublé de Kaczynski refait surface des décennies plus tard, lorsque sa traque, dirigée par l'agente du FBI Joanne Miller, révèle les conséquences glaçantes de l’ambition et de l’isolement.

 

L'objectif affiché est d'essayer de comprendre comment un adolescent surdoué a pu basculer dans un terrorisme ciblé et méthodique. L'intention se tient, mais c'est surtout dans la façon de dérouler l'histoire que les choses se gâtent, notamment avec des raccourcis un peu trop simples. La structure narrative découpe le récit en deux blocs distincts. D'un côté, on suit le travail de fourmi du FBI au milieu des années 1990 pour coincer un homme sans visage. De l'autre, le scénario nous ramène plus de trente ans en arrière pour observer les premières années d'études de Kaczynski à Harvard, alors qu'il n'a que seize ans.

 

Côté enquête, l'agent Joanne Miller, jouée par Shailene Woodley, essaie d'analyser l'esprit du tueur à travers les lignes de son fameux manifeste de 35 000 mots. Son idée est que la manière d'écrire et le choix des mots forment une empreinte aussi précise qu'une trace digitale. C'est le point de départ théorique d'un bon polar, mais l'exécution reste très convenue. Les frictions de bureau avec ses collègues semblent ajoutées artificiellement pour meubler et essayer de créer un peu de suspense là où il n'y en a pas vraiment. Quant à la partie dans le passé, elle souffre d'un problème d'enjeu. Comme on connaît déjà la suite des événements, la surprise n'existe plus. 

 

Ce qui aurait pu rendre le propos captivant, c'était d'explorer la dérive intellectuelle et la solitude progressive du personnage. Le problème, c'est que le film préfère multiplier les raccourcis faciles plutôt que de fouiller les zones d'ombre. C'est Jacob Tremblay qui prête ses traits au jeune Ted Kaczynski, et ce sont probablement ses scènes qui s'en sortent le mieux. On découvre un gamin brillant mais totalement décalé, incapable de tisser des liens normaux avec son entourage ou de trouver sa place dans un groupe. Quand le scénario s'attarde sur cette maladresse et sur sa difficulté à échanger avec les autres, le récit touche juste. On aperçoit un individu cassé, sans pour autant chercher à excuser la suite.

 

Malheureusement, cette finesse ne dure pas. Très vite, les dialogues retombent dans un travers pesant : faire réciter des théories philosophiques au jeune homme à longueur de scènes. Au lieu d'avoir un personnage vivant avec ses propres doutes, on se retrouve face à un livre ouvert qui débite des concepts appris par cœur. Cette écriture trop rigide enlève toute crédibilité à sa progression personnelle. L'autre gros morceau du récit repose sur la relation entre l'étudiant et son professeur de psychologie, Henry Murray, incarné par Russell Crowe. C'est à ce moment-là que le film aborde les fameuses expériences de manipulation psychologique menées à l'université.

 

Sur le papier, le traitement subi par l'étudiant fait froid dans le dos. Convaincu de participer à un banal débat d'idées, il se retrouve en réalité piégé dans un protocole violent visant à détruire ses convictions et à l'humilier. Russell Crowe apporte à cet enseignant une froideur distante qui le transforme presque en figure tutélaire négative. Cependant, le scénario va plus loin et tend un piège au spectateur en traçant une ligne droite entre ces séances et la naissance du tueur. En voulant créer un lien de cause à effet trop évident, le film raccourcit l'histoire. Il cherche une explication nette (une blessure originelle) pour expliquer un parcours qui méritait pourtant une approche beaucoup plus nuancée.

 

C'est l'aspect le plus contestable du film. À vouloir absolument trouver une cause unique au comportement de Kaczynski, l'intrigue prend des airs de récit d'origines, un peu comme on le ferait pour un personnage de fiction. L'expérience subie à Harvard devient la pièce maîtresse d'un puzzle psychologique : l'humiliation subie à seize ans expliquerait l'isolement, la haine de la société moderne et, finalement, les attaques commises des décennies plus tard. Ce type de raccourci déplace l'attention au mauvais endroit. Au lieu de mesurer la gravité des actes et de garder en ligne de mire le sort des victimes, le film passe une grande partie de son temps à chercher des circonstances atténuantes ou des explications rationnelles à l'irrationnel.

 

Pourtant, la dérive de l'Unabomber n'est pas le fruit d'un simple traumatisme de jeunesse. Son idéologie s'est construite sur le long terme, et l'associer uniquement à une humiliation subie à la faculté relève de la simplification narrative. L'aspect policier de l'histoire souffre lui aussi d'un manque d'énergie. L'approche de l'agent Joanne Miller basée sur la linguistique était pourtant intéressante, mais l'écriture ne lui donne jamais les moyens d'exister vraiment. Les échanges restent trop polis, les étapes de l'enquête s'enchaînent sans passion et la sensation d'urgence brille par son absence.

 

Même l'arrestation et le dénouement de l'affaire tombent à plat. C'est d'autant plus dommage que les faits réels contenaient tous les ingrédients d'une traque palpitante : un anonyme introuvable, des alertes régulières, un manifeste imprimé dans les grands journaux et une clé trouvée au sein même de sa famille grâce à sa signature stylistique. Le film n'arrive presque jamais à transformer ces éléments bruts en vrais moments de tension dramatique. En voulant rendre compréhensible une trajectoire criminelle complexe, le film choisit la solution de facilité. Il préfère s'en remettre à des traumatismes bien identifiés pour dérouler une explication clé en main.

 

On sauvera la prestation appliquée de Jacob Tremblay et la présence imposante de Russell Crowe, qui apportent un peu de relief à l'ensemble. Mais le reste du récit manque cruellement de punch et de naturel. L'enquête piétine gentiment et les retours en arrière ressemblent trop souvent à une démonstration théorique un peu lourde.

 

Note : 3.5/10. En bref, à force d'associer un parcours criminel à un événement unique, le film passe à côté de son sujet. Il reste quelques bonnes idées sur la solitude et la marginalité, mais face à une affaire d'une telle ampleur, il aurait fallu laisser une part de mystère au lieu de distribuer des réponses aussi téléphonées.

Sorti le 25 septembre 2026 directement sur Netflix

 

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