Critique Ciné : Runner (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Runner (2026, direct to SVOD)

Runner // De Scott Waugh. Avec Alan Ritchson, Owen Wilson et Rodrigo Santoro.

 

Avec Runner, Scott Waugh fait ce qu’il maîtrise le mieux : aligner les cascades, pousser les moteurs et balancer ses acteurs au milieu du chaos. Après Expend4bles et Need for Speed, le réalisateur repart sur un terrain bien connu. Cette fois, il associe Alan Ritchson et Owen Wilson autour d’un concept simple : sauver une petite fille dans une course contre la montre haletante. Sur le papier, l'association de ces deux visages connus formait l’atout majeur du projet. Et pour être honnête, pendant toute une partie du long-métrage, la formule tient plutôt bien la route. Le souci, c'est que le récit choisit d'en faire des tonnes sur le final, au risque de complètement rompre le charme initial.

 

Un coursier a trois heures pour transporter un organe afin de sauver une fillette de sept ans qui a besoin d'une transplantation immédiate. Mais un chef d'un syndicat du crime s'acharne à réclamer l'organe.

 

Physiquement, Alan Ritchson en impose dès sa première apparition. Depuis Reacher, l’acteur s’est imposé sans mal dans l'univers de l'action pure, crédible dans la moindre baston comme au milieu d'une poursuite pied au plancher. Scott Waugh exploite cette carrure sans retenue. En face, Owen Wilson apporte une touche d'air frais indispensables. Le décalage entre le molosse adepte des coups de poing et le comédien à l'attitude relâchée évite à la réalisation de tourner à la démonstration de force répétitive. Leurs échanges verbaux marchent particulièrement bien dès qu'ils restent simples, portés par le ton désinvolte propre à Wilson. Pourtant, cette relation manque un peu d'écriture pour devenir marquante. 

 

L’alchimie vacille parfois, car la direction semble indécise sur le découpage exact des rôles. On cherche un peu qui tient le rôle du partenaire sérieux, qui balance les vannes ou qui subit l'absurdité des événements. Cette hésitation crée de petites longueurs et freine un dynamisme qui demandait juste à être peaufiné. Le point de départ affichait pourtant un potentiel évident. Proposer un compte à rebours médical centré sur la conservation d'un organe rare donne une vraie dynamique au départ. L’évocation du sang doré apporte une touche de curiosité originale, qui sort des ficelles habituelles du genre. C'est le genre de détail bienvenu qui capte l'attention entre deux scènes d'impact.

 

Les problèmes arrivent dès qu'on regarde le scénario de plus près. La narration accumule les incohérences de comportement et les raccourcis faciles. L'urgence du timing est vendue comme le moteur absolu du récit, mais la gestion du temps réel à l'écran frôle l'absurde. Les personnages prennent le temps de discuter calmement en pleine crise alors que la montre tourne au-dessus de leur tête. Quand la mise en scène oublie son propre chrono, difficile de ressentir l'angoisse de la situation. Du côté du spectacle, la première partie enchaîne les séquences d'impact très honnêtes. Ritchson assure le show physique et le rythme ne faiblit pas. 

 

Mais la réalisation tombe rapidement dans le travers classique des productions modernes : croire que chaque scène doit dépasser la précédente en termes d'explosions et de dégâts. La poursuite en ambulance marque le basculement vers le grand n'importe quoi. Le morceau de bravoure final dans l'hôpital enfonce le clou. Voir des médecins et des infirmières slalomer entre les rafales d'armes automatiques dans des couloirs transformés en champ de bataille pousse l'improbabilité trop loin. Vouloir sauver une enfant est un enjeu émotionnel fort, mais ravager un établissement de santé à ce point détruit toute forme d'immersion. Une confrontation serrée, presque à huis clos, aurait apporté une tension bien plus efficace que cette accumulation de tirs à l'aveugle.

 

C'est cet écart de ton qui finit par agacer. Le film s'ouvre comme un divertissement d'action rythmé et plutôt drôle. Et progressivement, le ton bascule. La violence devient lourde, le propos gagne en gravité artificielle et la conclusion semble sortie d'un autre projet. Ce mélange entre comédie et drame exige un dosage précis que le scénario ne maîtrise jamais vraiment. Même le montage manque d'impact lors des cascades majeures, les expédiant parfois sans laisser le temps d'apprécier la performance technique. L'ensemble laisse un arrière-goût de gâchis. Runner n'avait aucune obligation de se transformer en blockbuster explosif sur sa fin. 

 

Le concept fonctionnait beaucoup mieux lorsqu'il restait resserré sur la traque, le timing serré et l'interaction entre ses deux comédiens. À force d'entasser les fusillades et les tôles froissées, le projet perd ce qui faisait son intérêt principal. On en arrive à des incohérences physiques grossières, où des blessures mortelles subies à bout portant sont oubliées la scène suivante sans la moindre explication. En résumé, ce long-métrage reste un divertissement très correct pour occuper une soirée sans se prendre la tête. Alan Ritchson fait le travail dans le registre physique et Owen Wilson sauve plusieurs scènes grâce à son sens du timing comique. Mais le massacre du dernier acte pèse lourd dans le bilan final. 

 

La surrenchère d'action gâche la crédibilité de l'histoire et efface l'ambiance sympathique posée au départ. Un peu plus de retenue, des enjeux mieux resserrés et un script plus rigoureux auraient donné un buddy movie bien plus solide. En l'état, ça se laisse regarder, mais la surenchère gâche le plaisir.

 

Note : 5/10. En bref, ce long-métrage reste un divertissement très correct pour occuper une soirée sans se prendre la tête. Alan Ritchson fait le travail dans le registre physique et Owen Wilson sauve plusieurs scènes grâce à son sens du timing comique. Mais le massacre du dernier acte pèse lourd dans le bilan final. 

Prochainement en France

 

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