30 Septembre 2026
L’Invitation // De Olivia Wilde. Avec Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz et Edward Norton.
Quand on habite en appartement, on finit toujours par en savoir un peu trop sur la vie de ses voisins. Pour Angela et Joe, l'intimité du dessus n'a plus vraiment de secrets. Leurs voisins du haut sont particulièrement bruyants au lit, au point que c'est devenu une présence quasi quotidienne dans leur propre logis. Intrigués, un peu agacés mais aussi curieux, ils finissent par les inviter à dîner. C’est le point de départ de L’Invitation, réalisé par Olivia Wilde. Ce qui devait être une soirée polie entre gens civilisés va très vite tourner au déballage général. Si le pitch vous dit quelque chose, c'est normal.
Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.
C'est déjà le concept du film espagnol Sentimental de Cesc Gay, qui avait aussi eu droit à son adaptation française avec Et plus si affinités. Cette fois, c'est la version américaine. Ayant déjà vu les versions précédentes, je me demandais forcément ce que celle-ci allait apporter de plus. Olivia Wilde ne cherche pas à faire du copier-coller pur et simple. Elle prend le temps de creuser les blocages de ses personnages. Le film aborde le couple de face, sans tourner autour du pot : on y parle de désir qui s'éteint, de la routine qui s'installe, de sexualité et de tout ce qu'on n'ose pas se dire au bout de quelques années ensemble. L'idée du dîner entre voisins marche toujours aussi bien pour révéler ce qu'on essaie de cacher.
On s'assoit, on sert à boire, la conversation commence calmement, puis une remarque un peu trop franche glisse, et l'ambiance devient tout de suite électrique. Sur ce terrain, le film réussit à créer des moments de malaise assez savoureux. Le casting joue un rôle énorme dans la réussite de ces scènes. Seth Rogen incarne Joe avec ce côté râleur et un peu dépassé qu'il maîtrise parfaitement. On le sent constamment mal à l'aise, et sa gêne apporte une vraie touche d'humour. Face à lui, Penélope Cruz joue Pína, la voisine du dessus. Elle dégage une aisance et une liberté par rapport à sa vie sexuelle qui viennent percuter de plein fouet les inhibitions d'Angela et Joe. Olivia Wilde s'est attribué le rôle d'Angela.
Elle joue sur une sérénité de façade qui se lézarde doucement au fil des verres et des confidences. Edward Norton complète le groupe dans le rôle de Hawk. Entre les quatre, l'alchimie prend bien. Le jeu repose beaucoup sur les silences, les échanges de regards et ces répliques anodines en apparence qui prennent tout leur sens une seconde plus tard. Le film trouve son meilleur rythme quand les personnages font semblant de parler de choses banales alors que tout le monde a compris le vrai sujet de la conversation. Au-delà des blagues sur le bruit et des sous-entendus, c'est surtout un film sur l'état d'un couple après plusieurs années. Angela et Joe ne sont pas au bord du divorce, ils s'aiment encore, mais ils se sont endormis dans leurs habitudes.
La présence de Pína et Hawk fonctionne comme un déclencheur. Voir ces voisins assumer pleinement leur sexualité force le couple du dessous à regarder ses propres carences en face. Ça pose de vraies questions sur la jalousie, la comparaison constante avec les autres et la peur de passer à côté de sa vie sentimentale. L'intention est très bonne, mais c'est dans la durée que le film perd un peu de sa force. Le format du huis clos finit par peser. Les dialogues sont bons, mais certaines discussions s'allongent inutilement et répètent ce qu'on avait déjà compris. Le film oscille entre la comédie acide et le drame psychologique, et à vouloir trop expliquer la psychologie de chacun, il perd en spontanéité.
Une comédie basée sur une tension progressive gagne à rester percutante. Ici, quelques scènes s'étirent un peu trop et l'ensemble devient parfois bavard. C'est dommage, parce qu'avec un quatuor d'acteurs aussi solide, un format plus resserré et plus nerveux aurait rendu l'ensemble bien plus efficace. Côté mise en scène, Olivia Wilde s'en sort plutôt bien. Elle parvient à éviter le piège de la pièce de théâtre filmée. L'appareil photo et la caméra bougent bien dans l'appartement, les déplacements des personnages sont fluides et l'espace est bien exploité. La réalisation reste sobre et laisse la priorité au jeu des comédiens, ce qui est le bon choix pour ce genre de sujet.
Le problème vient vraiment des longueurs du scénario plutôt que de la façon dont c'est filmé. En fin de compte, L'Invitation reste une comédie dramatique agréable à regarder. Le casting fait un excellent travail et donne du relief à l'ensemble. J'ai aimé la franchise avec laquelle le film traite du désir et de la frustration, sans tomber dans la vulgarité ni chercher la provocation gratuite. Cependant, quand on connaît déjà l'histoire de base, l'impression de déjà-vu reste bien présente. Le scénario essaie d'apporter plus de profondeur, mais ces ajouts ne justifient pas toujours la rallonge de temps. Le film vaut surtout pour ses acteurs et pour quelques face-à-face particulièrement réussis.
Note : 6.5/10. En bref, L'Invitation reste une comédie dramatique agréable à regarder. Le casting fait un excellent travail et donne du relief à l'ensemble. J'ai aimé la franchise avec laquelle le film traite du désir et de la frustration, sans tomber dans la vulgarité ni chercher la provocation gratuite. Une heure trente plus rythmée aurait largement suffi à faire passer le message. La soirée était sympathique, mais elle aurait gagné à se terminer un peu plus tôt.
Sorti le 16 septembre 2026 au cinéma
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