Critique Ciné : Borderline (2025)

Critique Ciné : Borderline (2025)

Borderline // De Jimmy Warden. Avec Samara Weaving, Ray Nicholson et Eric Dane.

 

Après avoir écrit les deux volets de The Babysitter pour Netflix et Cocaine Bear, il passe pour la première fois derrière la caméra avec Borderline. Ayant trouvé ses précédentes oeuvres scénaristiques intéressantes, j’étais assez excité à l’idée de découvrir ce qu’il pourrait faire en réalisant. Il retrouve en plus Samara Weaving (Bee dans The Babysitter) dans le rôle de la pop star. Dans Borderline, tout semble mis en place pour un film audacieux, stylisé et percutant. Il y a des visuels soignés, une bande-son accrocheuse, des personnages hauts en couleur, et même une touche de nostalgie des années 90. 

 

Los Angeles, 1996, un garde du corps protège une superstar de la pop et son petit ami athlète de leur harceleur.

 

Pourtant, malgré ces éléments prometteurs, le film ne parvient jamais vraiment à trouver son rythme ni à tenir ses promesses. Il oscille constamment entre plusieurs genres sans jamais s’y ancrer pleinement, ce qui finit par diluer son propos. Dès les premières minutes, Borderline prend un parti risqué : celui d’un narrateur à la première personne, incarné par Ray Nicholson, qui pose les bases de l’histoire… pour ensuite disparaître complètement du dispositif narratif. Cette introduction, qui commence sur un mensonge, semble vouloir jouer avec le spectateur. Mais cette fausse piste ne trouve jamais de justification, et le choix du point de vue narratif est rapidement abandonné, comme si le film n’assumait pas ses propres idées.

 

Ce déséquilibre narratif donne d’emblée l’impression que le scénario manque de confiance en lui. Les émotions, au lieu d’être portées par le jeu des acteurs ou la mise en scène, sont trop souvent soulignées par des chansons en surimpression. Cela donne au film des allures de clip musical étiré, où la musique vient combler des vides plutôt qu’accompagner des moments forts. Sur le plan esthétique, Borderline ne manque pas de charme. L’image est travaillée, les lumières saturées, et les ambiances nocturnes baignées de néons apportent un certain cachet. La réalisation a du flair, c’est évident. 

 

Les scènes sont bien cadrées, le rythme visuel est soutenu, et certaines séquences fonctionnent presque comme de petites capsules indépendantes. Mais cette élégance visuelle ne suffit pas. L’impression persistante est que tout cela sert plus à masquer les failles du scénario qu’à renforcer son impact. La forme prend le pas sur le fond, et cette recherche de style finit par desservir l’histoire. Au lieu de sublimer l’intrigue, elle l’écrase, la rend floue, presque secondaire. L’un des grands problèmes de Borderline réside dans sa tonalité. Le film oscille sans cesse entre thriller psychologique, comédie noire, satire pop et drame intime. 

 

Cette hésitation crée une confusion constante : parfois, le danger semble réel et oppressant, puis soudain, l’absurde prend le dessus et désamorce toute tension. Les personnages eux-mêmes sont traités de manière inégale. Ray Nicholson, en fan obsessionnel, campe un personnage à la fois inquiétant et burlesque, mais jamais réellement menaçant. Son jeu excessif, presque parodique, rend difficile toute lecture sérieuse de son rôle. Il occupe l’écran avec énergie, mais sans toujours servir l’histoire. De son côté, Samara Weaving, dans le rôle de Sofia, l’ex-star de la pop des années 90, livre une performance solide. 

 

Elle réussit à rendre son personnage attachant malgré les incohérences du scénario. Sa présence illumine plusieurs scènes, et ses réactions face à la folie ambiante sont parmi les rares moments de vrai humour qui fonctionnent. Mais son potentiel est sous-exploité. On aurait aimé la voir davantage chanter, affirmer son passé musical, ou explorer plus en profondeur son déclin et ses regrets. Le scénario, qui aurait pu être le socle d’un thriller satirique mordant, avance par à-coups. Certaines scènes traînent en longueur, au point d’en perdre leur efficacité. 

 

Des moments drôles ou tendus deviennent gênants à force de s’éterniser sans but clair. L’écriture semble chercher constamment à surprendre sans vraiment savoir où elle va. Il y a pourtant des idées intéressantes : une confrontation féminine bien menée entre Samara Weaving et Alba Baptista, un univers clos qui rappelle les huis clos oppressants, ou encore une critique voilée de la célébrité et du culte des icônes. Mais tout cela reste en surface. L’ensemble manque de consistance, comme si le film hésitait à appuyer là où ça fait mal. Même la romance esquissée entre deux personnages principaux semble artificielle, parachutée sans réelle construction. 

 

Elle ne provoque aucune émotion et donne la sensation d’avoir été intégrée par obligation scénaristique plus que par nécessité narrative. Borderline fait partie de ces films qui donnent l’impression d’avoir eu toutes les cartes en main pour réussir, mais qui ne savent pas trop comment les jouer. Il y a des performances solides, une esthétique cohérente, une bande-son agréable, et quelques scènes qui accrochent. Mais l’ensemble souffre d’un manque de clarté et d’un déficit d’âme. C’est un film qui cherche à séduire par son originalité, sa folie douce, son décalage constant. 

 

Mais à force de multiplier les pistes sans les approfondir, il finit par s’égarer. Il ne fait pas vraiment rire, pas tout à fait peur non plus. Et surtout, il ne parvient pas à marquer. Une fois le générique terminé, les images s’effacent rapidement, faute de substance à retenir. Borderline est un film intrigant sur le papier, mais déséquilibré à l’écran. Il flirte avec plusieurs genres sans jamais s’engager pleinement, ce qui laisse une impression de brouillon ambitieux mais inabouti. C’est une œuvre stylisée, portée par quelques bonnes performances, notamment celle de Samara Weaving, mais trop inconsistante pour laisser une trace durable.

 

Ce n’est pas un mauvais film, mais c’est un film qui peine à convaincre. Il peut plaire à ceux qui aiment les propositions décalées, les ambiances pop-trash et les personnages borderline justement. Mais il risque aussi de frustrer par son manque de direction claire, ses longueurs, et ses choix tonals confus. En somme, Borderline laisse le goût d’une occasion manquée. Un film qui aurait pu être mordant, mais qui reste trop souvent dans la suggestion. Un objet cinématographique difficile à définir, qui tente d’exister par son style plus que par son propos. Un film à voir, peut-être, mais pas forcément à revoir.

 

Note : 5/10. En bref, Borderline n’est pas un mauvais film mais un film qui passe à côté d’une bonne partie de son potentiel. 

Prochainement en France en SVOD

 

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