23 Avril 2025
Piégé // De David Yarovesky. Avec Bill Skarsgård, Anthony Hopkins et Ashley Cartwright.
Il arrive parfois qu’un film parte d’un concept fort, presque évident, et peine malgré tout à l’exploiter jusqu’au bout comme c’est le cas avec Piégé, réalisé par David Yarovesky. Le pitch est simple : un jeune homme vole une voiture de luxe, pensant s’en tirer comme à son habitude. Mais le véhicule n’est pas ce qu’il semble être. Très vite, il devient sa prison. C’est là que débute un huis clos étouffant, porté par deux noms qui attisent la curiosité : Bill Skarsgård et Anthony Hopkins. L’idée d’enfermer un personnage dans un espace restreint a toujours eu un certain potentiel au cinéma.
Un voleur s'introduit dans une voiture de luxe et se retrouve piégé à l'intérieur. Il découvre que son énigmatique propriétaire en a le contrôle total et qu’il va exercer sur lui une vengeance diabolique.
Cela force à creuser les dialogues, à installer une tension durable, et à faire reposer l’intrigue sur très peu d’éléments. Piégé mise donc sur cette tension, avec en toile de fond un affrontement moral entre un voleur et un homme qui se fait justice lui-même. Dès les premières minutes, le film fait le choix de ne pas traîner : le protagoniste, Eddie, entre dans la voiture, déclenche sans le savoir un piège sophistiqué, et se retrouve prisonnier. La suite repose principalement sur les échanges vocaux entre lui et William, le propriétaire du véhicule, incarné par Anthony Hopkins.
Ce dernier, quasi absent physiquement, impose sa présence par la voix – calme, froide, souvent clinique. Le déséquilibre entre les deux personnages est vite perceptible. Eddie est jeune, impulsif, paumé. William, lui, joue sur un tout autre registre : celui d’un homme meurtri, en quête de sens ou peut-être simplement de vengeance. Mais très vite, les dialogues prennent un tournant répétitif. Les mêmes phrases reviennent en boucle, les intentions sont martelées sans réelle nuance. L’un demande à sortir, l’autre veut qu’il « comprenne ». On finit par connaître le refrain par cœur.
Malgré cela, Bill Skarsgård parvient à tirer son épingle du jeu. Il réussit à rendre son personnage attachant, même s’il est loin d’être irréprochable. Petit délinquant au passé flou, Eddie n’est pas un héros classique. Il agit parfois par instinct, parfois par peur, et ne cherche pas vraiment à se faire pardonner. Le film essaie de lui offrir une part d’humanité, notamment à travers des flashbacks ou de brèves scènes qui suggèrent un lien familial. Mais cela reste assez superficiel. Skarsgård, connu pour ses rôles plus inquiétants, surprend ici dans un registre plus vulnérable.
Même enfermé dans une voiture pendant une heure et demie, il maintient une tension physique et émotionnelle. Le moindre sursaut, la moindre expression de panique ou de défi, donne un peu de rythme à une narration qui peine par moments à se renouveler. Au cœur du film, il y a une tentative de débat moral. William se présente comme un homme trahi par le système, qui a décidé de se faire justice. Pour lui, chaque voleur mérite d’être puni, pas par la loi, mais par la douleur. Il questionne Eddie, tente de l’amener à une prise de conscience. Mais les arguments sont assez convenus.
Cela sonne souvent comme un discours de comptoir, porté par une amertume mal digérée. On sent que le film aurait aimé explorer une vraie réflexion sur la société, sur la manière dont certains basculent dans la violence pour se sentir exister ou réparer une injustice. Pourtant, rien n’est vraiment approfondi. Le propos reste en surface, et la dimension psychologique du bourreau, bien qu’effleurée, ne dépasse jamais le stade de l’intention. Sur le plan visuel, Piégé fait le travail. La voiture devient un décor à part entière, presque un personnage secondaire.
Fermée, hostile, truffée de technologies destinées à piéger, elle incarne à la fois la punition et l’absurdité de la situation. La mise en scène utilise bien l’espace restreint : gros plans, reflets, lumières clignotantes… Tout est fait pour accentuer l’angoisse. Mais là encore, cela finit par tourner en rond. Certaines scènes sont simplement dupliquées avec de légères variations : le tazer qui revient, les sonneries stridentes, les mêmes musiques en boucle. Le spectateur comprend vite le système et finit par anticiper les événements, ce qui atténue l’effet de surprise.
Lorsque le film approche de sa conclusion, une impression persiste : celle que Piégé aurait pu aller plus loin. La tension, bien présente au début, s’émousse avec la répétition. Et le dénouement, censé frapper fort, arrive un peu trop vite. Tout se termine sans vraiment de résolution marquante. On aurait aimé un dernier renversement, un choix moral fort, quelque chose qui donne du poids à tout ce qui précède. Au lieu de cela, le film se contente d’un final convenu, presque discret. Il laisse une impression d’inachevé, comme si le scénario n’avait pas su quoi faire de ses idées.
Piégé partait avec de bons atouts : un concept accrocheur, un acteur principal convaincant, une ambiance anxiogène bien installée. Mais au lieu de se concentrer sur l’essentiel, le film cherche parfois à intellectualiser à tout prix, au risque de perdre en efficacité. Le choix d’un discours moral un peu vieilli, associé à des dialogues répétitifs, empêche le film de réellement décoller. Cela reste un thriller correct, qui plaira aux amateurs de huis clos et de tensions psychologiques. Mais il lui manque une étincelle, un vrai moment de bascule, pour passer au niveau supérieur.
Note : 5/10. En bref, Piégé a des arguments mais pas suffisamment pour rester mémorable. Une sortie directement sur une plateforme aurait été plus judicieux.
Sorti le 9 avril 2025 au cinéma
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