23 Avril 2025
Une intrigue inspirée d’un roman de Linwood Barclay, une atmosphère hivernale dans les Vosges, un drame familial en toile de fond… sur le papier, ça pouvait fonctionner. Mais une fois les quatre épisodes visionnés, difficile de ne pas ressentir une forme de frustration, voire un vrai décalage entre ce que Cette nuit-là aurait pu être et ce qu’elle est réellement. Côté histoire, il faut reconnaître que l’intrigue fonctionne plutôt bien dans les premiers instants. Il y a un mystère, un rythme qui semble vouloir s’installer, une construction faite pour accrocher. Et effectivement, dans l’ensemble, le fil rouge tient suffisamment en haleine pour donner envie de suivre jusqu’au bout.
Après une violente dispute avec ses parents, Sofia, 15 ans, fait le mur pour la première fois. Le lendemain, au réveil plus aucune trace d’eux, ni de son frère. Vingt ans après, elle est toujours hantée par des questions sans réponse. Sa famille a-t-elle été assassinée ? Pourquoi a-t-elle été épargnée ? S’ils sont en vie, pourquoi l’ont-ils abandonnée ? Sofia n’arrive toujours pas à faire son deuil, malgré un mariage et une fille. Elle n’a jamais quitté la région et attend désespérément un signe, un retour. Ce signe arrive enfin, mais pas celui qu’elle attendait. Et si le passé revenait pour achever ce qu’il avait commencé 20 ans auparavant ?
Ce n’est donc pas l’envie d’abandonner qui a manqué, mais plutôt celle de comprendre comment tout allait s’imbriquer. Le problème, c’est qu’à mesure que les épisodes avancent, le scénario commence à perdre en cohérence. Certaines situations deviennent franchement tirées par les cheveux, et plus on approche du dénouement, plus la crédibilité s’effrite. L’écriture semble parfois forcer le trait pour maintenir la tension, quitte à sacrifier la logique ou la psychologie des personnages. Et ça, c’est une erreur que je trouve difficile à pardonner dans une mini-série aussi courte, où chaque minute compte. Ce qui m’a probablement le plus dérangé, ce n’est pas tant les rebondissements parfois absurdes, mais l’absence d’émotion réelle dans les rapports entre les personnages.
On traverse une histoire où des drames lourds sont censés avoir lieu, mais aucune scène ne donne vraiment l’impression que ces événements affectent profondément les protagonistes. À aucun moment, je n’ai senti d’empathie dans leur comportement. On parle tout de même de la mort d’un proche — et pourtant, la tristesse, le choc, la colère ou même l’effondrement semblent absents. Les réactions sont mécaniques, presque froides. Le mari, incarné par Pascal Elbé, donne l’impression d’être totalement en retrait. Son jeu semble déconnecté de l’intensité de la situation.
On pourrait penser qu’il joue un personnage dans le déni, ou brisé intérieurement, mais rien dans sa posture ou ses échanges ne permet de lire quoi que ce soit d’humain. Et ce n’est pas une critique gratuite de l’acteur — c’est plutôt la direction d’acteurs qui pose problème ici. Le rôle lui-même est mal écrit, sans profondeur. La fille, quant à elle, semble en permanence sur la défensive, hostile sans réelle raison tangible. Là encore, on dirait que le scénario veut forcer un conflit familial, mais sans se donner la peine de le construire. C’est vide émotionnellement. Et ça, dans un thriller qui repose sur le trauma et le non-dit, c’est franchement dommage.
C’est Barbara Probst qui porte le rôle principal. Elle incarne cette mère prise dans une spirale complexe, entre culpabilité, choc et quête de vérité. Difficile de dire si c’est son jeu ou la direction qui pêche, mais son personnage reste lui aussi assez lisse. Il y a une froideur constante dans son interprétation, qui empêche toute vraie connexion. L’évolution de son personnage aurait pu être un moteur de tension dramatique, mais ce n’est jamais exploité à fond. On reste toujours à distance. Fanny Cottençon, de son côté, s’en sort mieux. Peut-être parce que son rôle est plus simple, plus cohérent, ou peut-être simplement parce qu’elle a une présence qui fait que, même dans un texte bancal, elle parvient à transmettre quelque chose.
Mais cela reste une exception. Au-delà du jeu, il y a une vraie incompréhension sur certains choix de casting. Le couple formé par Pascal Elbé et Barbara Probst ne fonctionne pas. L’écart d’âge est flagrant, au point de rendre leur relation peu crédible. Et ce n’est pas une question de réalisme absolu — c’est juste que ça ne sonne pas juste dans le contexte. À aucun moment je n’ai cru à leur dynamique familiale. C’est un détail en apparence, mais qui pèse lourd quand on est censé croire à un passé commun, à des blessures partagées, à des décisions prises ensemble. Là, tout paraît plaqué.
On a l’impression que les comédiens jouent des rôles qui ne sont pas faits pour eux, et ça se ressent dans chaque scène d’intérieur, chaque discussion familiale censée être chargée d’émotion. Visuellement, "Cette nuit-là" avait un atout. Le tournage dans les Vosges, en janvier, avec le décor naturel d’un lac et de paysages hivernaux… c’était une belle occasion de créer une ambiance. Mais là encore, c’est sous-exploité. On sent bien que la production a voulu miser sur ce cadre, mais la mise en scène reste plate, sans vraie intention esthétique. On oublie les décors aussi vite qu’ils apparaissent. Côté réalisation, rien ne vient compenser cette faiblesse.
Le découpage est très académique, la tension rarement palpable, et certains choix de mise en scène donnent un côté presque amateur à l’ensemble. On pense à un téléfilm du samedi après-midi plutôt qu’à une mini-série pensée pour faire date. Autre gros point faible : les dialogues. Difficile de passer à côté. Ils sont souvent plats, voire artificiels. Par moments, j’avais l’impression d’écouter des gens qui lisaient un texte plus qu’ils ne vivaient une scène. Les échanges manquent de naturel, de rythme, de tout ce qui donne l’impression qu’on assiste à une vraie conversation. Et ça, c’est fatal dans une série qui repose sur les non-dits, les tensions familiales et les secrets enfouis.
Il faut aussi parler de la diction. Pourquoi est-ce que, dans tant de productions françaises, les acteurs chuchotent ou débitent leurs phrases à toute vitesse ? J’ai dû réécouter certaines scènes, monter le volume, tendre l’oreille — et même comme ça, il m’a été difficile de comprendre 100 % des dialogues. Dans une intrigue aussi dense, c’est franchement pénalisant. Je suis allé au bout des quatre épisodes. Je n’ai pas décroché, pas parce que la série était captivante du début à la fin, mais parce qu’il y avait un espoir de voir quelque chose émerger, une tension monter, un vrai truc arriver qui vienne récompenser l’investissement. Malheureusement, ce n’est jamais vraiment le cas.
Cette nuit-là se regarde, mais elle laisse un goût d’inachevé. Ce n’est pas un raté total, mais c’est un projet qui aurait pu – et dû – aller plus loin. Plus profond dans ses personnages, plus juste dans sa mise en scène, plus sincère dans ses émotions. Le roman dont la série est adaptée offrait une matière solide. Mais l’adaptation passe à côté de ce qui aurait pu en faire un bon thriller psychologique. Et c’est bien ça, le plus dommage.
Note : 4.5/10. En bref, Cette nuit-là se regarde, mais elle laisse un goût d’inachevé. Ce n’est pas un raté total, mais c’est un projet qui aurait pu – et dû – aller plus loin.
Diffusée sur France 2 à partir du mercredi 23 avril 2025, disponible sur france.tv
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