Critiques Séries : You. Saison 5. Episode 1.

Critiques Séries : You. Saison 5. Episode 1.

You // Saison 5. Episode 1. The Luckiest Guy in NY.

 

J’ai enfin regardé le premier épisode de la saison 5 de You, et je dois dire que malgré les critiques assez tièdes que j’ai pu lire avant, j’avais décidé de me faire mon propre avis. Ce n’est pas juste une série parmi d’autres pour moi. You fait partie de ce cercle restreint de fictions que je continue de suivre quoi qu’il arrive, même après les changements de ton, de lieux, et parfois, de logique narrative. Ce qui frappe dès les premières minutes, c’est ce retour à New York. On revient là où tout a commencé : les trottoirs gris, les vitrines, Mooney’s. Il y a comme un air de boucle qui se referme, mais sans forcément apporter de paix. Le décor est le même, mais Joe, lui, n’est plus exactement celui qu’on a connu. 

 

Il revient en apparence transformé — marié, médiatisé, "réformé" — mais son rapport à la violence, au contrôle et à la narration reste inchangé. Le masque est plus soigné, mais le regard trahit toujours ce besoin de domination douce, presque séduisante. En repensant à l'ouverture de la saison 4, qui se voulait plus mystérieuse avec l’intrigue londonienne et la dissociation de Joe via le personnage de Rhys, je trouve que l’ouverture de cette saison 5 fonctionne mieux. Elle est plus fluide, moins alambiquée. On sent que les scénaristes veulent revenir à quelque chose de plus simple, plus intime, plus... Joe. Cela dit, tout n’est pas parfaitement calibré dans cet épisode. 

 

Certains passages sont narrés à une vitesse presque absurde, comme si on avait appuyé sur avance rapide. J’ai dû mettre pause plusieurs fois pour comprendre ce qui se disait réellement. Ce n’est pas la première fois que la série joue avec le rythme, mais ici, cela nuit à l’immersion. On sent une volonté de caser beaucoup d’éléments dès ce premier épisode, quitte à sacrifier un peu de lisibilité. Ce sentiment de précipitation est également perceptible dans les scènes plus violentes. Sans trop en dire, un meurtre survient, presque mécaniquement. C’est l’un de mes reproches récurrents dans la série : la facilité avec laquelle les morts surviennent, comme si les victimes se plaçaient volontairement dans le champ de la caméra et attendaient leur sort. 

 

Cela enlève un peu de poids émotionnel aux actes de Joe, qui pourraient être bien plus dérangeants s’ils n’étaient pas si chorégraphiés.  Côté nouveautés, l’introduction du personnage de Bronte est peut-être ce que j’ai préféré. Elle ne crie pas son originalité, elle l’incarne de manière plus subtile. Il y a chez elle une sincérité bizarrement décalée, comme si elle venait d’un autre monde. Madeline Brewer lui donne cette aura un peu intemporelle, entre vulnérabilité et lucidité. Son admiration (trop rapide ?) pour Joe me fait déjà poser des questions sur ses intentions. Est-elle naïve ? Est-elle manipulatrice ? Ou simplement paumée, comme tant d’autres dans cette série ?

 

Et puis il y a le détail de son nom, évidemment littéraire — Bronte — qui la place immédiatement dans la logique obsessionnelle de Joe. Il aime les femmes qui aiment les mots. Et souvent, c’est le début des ennuis. On se doute qu’elle va devenir plus qu'une simple collègue dans la boutique, et ce simple fait suffit à créer de la tension. Le duo formé par Kate et Joe continue d’évoluer. Kate, qu’on avait du mal à cerner dans la saison 4, commence ici à prendre un peu plus de densité. C’est une femme de pouvoir, avec ses failles et ses contradictions. Elle croit au bien, mais à sa façon : autoritaire, presque dictatoriale parfois, comme lorsqu’elle impose une nouvelle orientation à sa fondation sans aucune concertation. 

 

Ce n’est pas qu’elle est méchante ; elle est juste persuadée que ses intentions suffisent à légitimer ses actions. Et Joe, dans tout ça ? Il suit, il observe, il agit. Il tente de faire croire qu’il est devenu "meilleur", mais il revient sans cesse à ses vieux réflexes. Il tue, encore, parce que "c'était nécessaire". Et Kate accepte. Elle ferme les yeux. C’est là où la série réussit quelque chose d’intéressant : montrer à quel point les compromissions peuvent se faire en douceur, presque avec tendresse. Ce qui me frappe aussi, c’est le décalage entre leur image publique et leur réalité intime. Ils incarnent un couple parfait dans les médias, mais leur relation repose sur des secrets, des mensonges et des meurtres. 

 

C’est une version tordue du "couple moderne", où chacun endosse un rôle qui le dépasse, jusqu’à ne plus savoir qui il est vraiment. Ce retour à New York est aussi une manière de nous faire revoir les débuts de la série avec un nouveau filtre. On revisite Mooney’s, ce lieu emblématique où tout a commencé. Joe n’a pas rouvert la boutique, mais il y traîne encore, comme un fantôme de lui-même. Il y écrit, il y fantasme, il y retrouve ce qu’il croit être son essence. C’est presque poétique, mais toujours un peu malsain. J’ai repensé à la saison 1 en voyant ces scènes. À Beck, à la cage en verre, à cette idée de "protéger l’amour" en le contrôlant. Rien n’a vraiment changé, en fait. 

 

Joe a changé de ville, de compagne, de prénom même, mais son besoin de tout maîtriser est intact. Et c’est peut-être ça, le vrai sujet de la série : le refus de changer, même quand tout semble différent. En fin de compte, ce premier épisode pose les bases. Il n’a pas la flamboyance des meilleures heures de la série, mais il installe des tensions, des ambiguïtés, et surtout, une nouvelle dynamique. La série semble vouloir repartir sur quelque chose de plus resserré, plus centré sur Joe et ses obsessions. Et pour cela, revenir à New York est un choix cohérent.

 

Est-ce que je suis impatient de voir la suite ? Oui, sans exagérer. J’ai mes réserves, bien sûr, notamment sur la facilité scénaristique de certains éléments. Mais la série continue de proposer un univers cohérent dans sa folie, et c’est peut-être ce qui la rend si captivante. You ne cherche pas à plaire à tout le monde. Elle continue de creuser son propre sillon, entre critique des apparences, satire des élites, et étude de caractère. Et moi, je continue de regarder. Pas parce que c’est parfait, mais parce que c’est encore intéressant.

 

Note : 6/10. En bref, un retour plutôt sympathique même si les facilités n’aident pas forcément à s’imprégner complètement du récit. 

Disponible sur Netflix

 

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