26 Avril 2025
Les épisodes 3 et 4 de la première saison d'Étoile poursuivent leur plongée dans les intrications du monde artistique, tout en accentuant la pression sur les personnages, pris entre ambitions personnelles, luttes familiales et imprévus politiques. Rien ne semble se dérouler selon les plans, et c’est justement dans cette cacophonie maîtrisée que la série trouve son souffle. L’épisode 3, intitulé « The Fish », s’ouvre sur un conflit autour du nom d’un théâtre. Jack, confronté à une décision unilatérale de Crispin de rebaptiser le Fish Theater au nom de la famille Shamblee, voit bien plus qu’un simple caprice dans ce geste. Il s’agit d’une attaque directe contre son héritage.
Le passé de Jack, longtemps mis sous silence, refait surface à travers ce changement de nom qui n’est pas anodin. Cela enclenche une crise existentielle qui le pousse jusqu'à une action en justice… contre lui-même. Une réaction extrême, presque absurde, qui souligne le besoin d’exister face à une autorité qui efface. Crispin, dans son sillage, provoque bien plus que de simples remous personnels. Son emprise déborde sur le politique. Une marée noire causée par sa compagnie énergétique affecte les côtes bretonnes, plongeant Geneviève dans une tempête médiatique. L’utilisation maladroite du mot "accroc" en direct à la radio cristallise les tensions : en une phrase, elle cristallise la colère d’une opinion publique déjà en ébullition.
Cela arrive pile au moment où MBT et LBN doivent lancer leur saison commune, exposant au grand jour les fragilités de leur alliance. Charlotte Gainsbourg incarne Geneviève avec une forme de détachement naturel qui rend le personnage d'autant plus délicat à cerner. Ce n’est pas une dirigeante en croisade, mais une femme prise entre le cynisme nécessaire pour survivre et une forme de nostalgie d’un pouvoir qu’elle sait éphémère. Sa gestuelle, entre automatismes et relâchements, traduit ce balancier constant entre maîtrise publique et chaos privé. La tension familiale s’élargit à travers la visite chez la sœur de Geneviève. Leonor, figure de réussite domestique, renvoie à Geneviève un miroir cruel : celui de la femme libre mais solitaire, admirée mais inaccessible.
La nièce veut devenir comme elle, mais le modèle est piégé. Une place comme la sienne n’existe qu’à travers la disparition de celle qui l’occupe. Chez Jack, la confrontation prend un tour encore plus intime. Sa mère, Clara, incarne une aristocratie excentrique et glaçante, mais ancrée dans une mémoire collective que Jack semble fuir autant qu’il la défend. L’anecdote sur Dorothy Fish, amputée mais toujours présente, pèse lourd dans la narration. La mémoire du théâtre n’est pas juste symbolique, elle est sensorielle, viscérale, rattachée à l’enfance même de Jack. Pendant ce temps, Mishi, jusque-là perçue comme une danseuse effacée, révèle une force inattendue.
Sa confrontation avec Geneviève lors d’un dîner familial souligne le rôle que les jeunes jouent dans le basculement des équilibres. Sa tenue vestimentaire, très différente de celle qu’elle portait à son retour de New York, en dit long sur sa métamorphose. Elle devient adulte, pas uniquement dans son attitude, mais aussi dans l’affirmation de son image. Cette transformation s’accompagne d’un départ du foyer familial. La solution est radicale : loger chez Bruna, la mère de Cheyenne, une figure maternelle austère. Ce choix n’est pas sans conséquences. Il marque un renoncement au confort mais aussi une forme d’engagement total envers la danse.
SuSu, de son côté, découvre le ballet sous l’angle le plus exigeant. Placée sous la responsabilité de Cheyenne, elle se frotte très tôt à des codes impitoyables. Les remarques de Cheyenne, parfois brutales, visent à forger une résistance autant physique que mentale. Mais pour SuSu, l’intégration sociale compte tout autant que la technique. C’est un équilibre difficile à atteindre pour une enfant encore en phase de découverte. Ce tiraillement entre ambition et humanité se manifeste également chez Cheyenne. Loin de n’être qu’une mentor intransigeante, elle agit aussi avec une forme de protection envers celles qu’elle prend sous son aile.
C’est visible dans la façon dont elle s’adresse à SuSu, mais aussi dans sa relation avec Gael. Leur proximité prend une tournure intime, brouillant encore plus les frontières entre vie privée et sphère professionnelle. Jack, en témoin involontaire de cette relation, réagit avec une jalousie mal dissimulée. L’aspect comique de la situation tient à l’incongruité de la scène : Jack, frustré, coincé entre le passé et le présent, cherchant un sens dans un univers où tout semble lui échapper. L’épisode 4, "The Hiccup", recentre l’attention sur la danse. Les performances présentées dans les deux institutions sont mises en scène avec une esthétique très réfléchie.
Chaque tableau, qu’il s’agisse de pièces préexistantes ou d’originaux, reflète les tensions internes des personnages. Cheyenne et Gael dégagent une complicité fluide tandis que Tobias, perfectionniste jusqu'à l'obsession, impose une rigueur implacable à ses danseurs. Tobias se heurte à Cheyenne, qui décide d’interpréter un rôle qui ne lui était pas destiné. Le conflit se transforme finalement en collaboration, prouvant que la rigueur n’exclut pas la flexibilité, pourvu que l’on sache s’adapter. Enfin, le rebondissement majeur survient en toute fin d’épisode. Cheyenne profite de la scène pour dénoncer la pollution causée par la société de Crispin. Elle s’adresse au public, mais vise clairement les décideurs.
Le geste est risqué, subversif, mais il correspond à l’esprit combatif du personnage. C’est aussi une tentative d’offrir à l’art un rôle politique, une capacité à provoquer des réactions au-delà du spectacle. Avec ces deux épisodes, Étoile met en lumière des tensions multiples : familiales, artistiques, sociétales. La série montre que dans l'univers de la danse, rien n'est jamais figé. Les corps, les alliances, les statuts : tout est en mouvement, en équilibre instable. Il n’y a pas de résolution facile, mais une perpétuelle adaptation à un monde où le moindre faux pas peut avoir des conséquences irréversibles.
Note : 7/10. En bref, dans la lignée des deux premiers épisodes. La série continue d’évoluer et de révéler les craquelures des personnages.
Disponible sur Amazon Prime Video
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