Critiques Séries : Suits L.A. Saison 1. Episode 10.

Critiques Séries : Suits L.A. Saison 1. Episode 10.

Suits L.A // Saison 1. Episode 10. Slugfest.

 

Dix épisodes plus tard, Suits : L.A. semble toujours chercher sa propre identité. Cette série dérivée, qui se voulait une nouvelle entrée audacieuse dans l’univers bien établi de Suits, donne l’impression d’avancer à tâtons, sans ligne directrice claire. Chaque semaine offre une tentative de réorientation, un nouveau cap, mais sans jamais réellement s’ancrer dans un fil narratif cohérent. L’épisode 10, censé poser les bases de la dernière ligne droite de la saison, illustre parfaitement cette errance scénaristique. Dès ses débuts, Suits : L.A. avait l’opportunité de poser un cadre différent, ancré dans l’ambiance de la côte Ouest, tout en conservant les éléments qui ont fait le succès de la série originale. 

 

Malheureusement, au lieu de s’appuyer sur un noyau narratif solide, la série semble s’être contentée d’une succession de revirements, de secrets, et de flashbacks peu pertinents. Ce dixième épisode témoigne d’un déséquilibre profond entre la volonté de créer du suspense et la capacité réelle à construire une intrigue crédible. Après avoir évacué l’histoire du passé de Ted Black à New York, l’intrigue tente de se recentrer sur sa relation professionnelle – et personnelle – avec Stuart Lane. Mais cette dynamique, qui aurait pu offrir un pivot intéressant, reste superficielle et mal exploitée. L’un des grands défis d’une série dérivée est de réussir à faire émerger de nouveaux personnages forts, capables de susciter l’attachement. 

Dans le cas de Suits : L.A., cette mission semble loin d’être accomplie. Ce n’est pas tant que les personnages manquent de potentiel, mais plutôt qu’ils semblent constamment réécrits, comme si les scénaristes eux-mêmes hésitaient sur la direction à prendre. Rick Dodson, présenté initialement comme un atout du cabinet, a peu à peu perdu en consistance. Quant à Erica Rollins, son évolution paraît guidée par des nécessités scénaristiques plutôt que par une logique interne. Résultat : leurs interactions, tout comme leurs décisions, manquent d’impact. Ce ne sont pas des trajectoires que l’on suit avec intérêt, mais plutôt des réactions arbitraires au chaos ambiant de l’intrigue.

 

Ted Black, censé être le pilier central de la série, n’arrive pas à s’imposer comme tel. Même lorsque l’épisode revient sur son passé à travers des flashbacks mal dosés, l’effet recherché – à savoir une meilleure compréhension de ses choix actuels – ne prend pas. Ces retours en arrière finissent par alourdir l’épisode au lieu de l’enrichir. L’impression générale laissée par l’épisode 10 est celle d’un puzzle dont les pièces ne s’imbriquent jamais vraiment. Chaque scène semble conçue pour surprendre ou créer un moment dramatique, mais rarement pour faire progresser une intrigue globale. Cette succession de micro-événements donne l’illusion d’un rythme soutenu, alors qu’en réalité, l’histoire ne fait que piétiner.

Il y a également cette tendance agaçante à créer des faux mystères ou à revenir sur des éléments déjà « résolus » dans des épisodes précédents. Cela donne au spectateur la sensation de faire du surplace. Il devient difficile de s’investir émotionnellement dans des relations qui changent du tout au tout d’un épisode à l’autre, sans justification claire. Ce qui faisait la force de Suits, c’était la richesse des interactions entre les personnages. Les confrontations, les alliances, les jeux de pouvoir... tout cela formait un écosystème complexe mais maîtrisé. Dans Suits : L.A., ces dynamiques paraissent artificielles. Les dialogues manquent de finesse, les conflits semblent forcés, et les rapprochements émotionnels tombent souvent à plat.

 

Même les tentatives de créer des tensions personnelles – qu’il s’agisse de rivalités professionnelles ou de frictions plus intimes – ne parviennent pas à convaincre. Le sentiment qui en ressort est que chaque personnage agit seul dans son coin, sans réelle alchimie avec les autres. L’idée d’une équipe soudée ou d’un cabinet fonctionnel est totalement absente. L’un des aspects les plus frustrants de l’épisode 10, c’est cette impression que la série ne sait pas vraiment ce qu’elle veut raconter. Après avoir mis en place quelques éléments de mystère autour du passé de Ted, ceux-ci sont évacués trop rapidement, sans jamais être pleinement explorés. 

Puis, au lieu de s’attarder sur les conséquences, l’épisode bifurque encore, comme pour éviter de s’engager dans une direction précise. Ce flou artistique nuit profondément à l’expérience. Une série peut bien changer de ton ou de registre, mais elle doit au moins conserver une colonne vertébrale narrative. Ici, les arcs narratifs débutent puis disparaissent sans conséquence, et les enjeux paraissent toujours remis à plus tard. À trois épisodes de la fin de la saison, cela devient difficilement pardonnable. L’ombre de la série originale plane constamment sur Suits : L.A.. 

 

Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais encore faut-il savoir comment l’exploiter intelligemment. L’apparition ponctuelle de Harvey Specter dans les épisodes précédents, loin d’ajouter de la valeur, a surtout souligné le décalage entre l’énergie de la série mère et la mollesse de ce spin-off. Au lieu de soutenir la narration, ce caméo semble avoir servi de béquille. Dans ce dixième épisode, l’absence de toute figure charismatique comme Harvey se fait cruellement sentir. Aucun des personnages réguliers n’arrive à reprendre le flambeau. Même les seconds rôles ne parviennent pas à s’imposer, là où Suits parvenait à faire briller chaque membre de son casting, même les plus discrets.

Structurer une série autour d’un fil rouge clair, d’une montée en tension progressive, et de personnages en évolution constante, c’est un exercice exigeant. Et c’est là que Suits : L.A. échoue le plus visiblement. Chaque épisode semble écrit de manière isolée, comme s’il n’y avait pas de plan global. On ne ressent pas cette montée vers un climax ou une résolution. Tout paraît à l’arrêt. L’épisode 10 aurait pu servir de tremplin vers une fin de saison haletante. À la place, il donne l’impression d’un effondrement progressif, où les scénaristes tentent de masquer l’absence de vision par des retournements de situation qui ne mènent nulle part. Cette absence de cap enlève toute envie de suivre la suite.

 

À ce stade de la saison, continuer à espérer une remontée de la série tient davantage de l’acharnement que de la conviction. Les éléments sont là : un univers familier, des enjeux juridiques potentiellement intéressants, et un casting qui ne manque pas de talent. Mais sans une direction claire et un travail sérieux sur la construction des personnages, tout cela reste en surface. Suivre une série, c’est aussi se projeter, imaginer comment les intrigues vont évoluer, s’attacher aux personnages et avoir envie de les voir grandir. Avec Suits : L.A., cette connexion émotionnelle ne se fait pas. L’histoire se contredit, les personnalités se diluent, et le spectateur se retrouve en position d’observateur détaché, presque indifférent.

 

L’épisode 10 de Suits : L.A. ne redresse pas la barre. Pire, il enfonce un peu plus la série dans cette impression de gâchis. La promesse d’une série sœur digne de l’héritage de Suits semble désormais très lointaine. À trois épisodes de la fin, difficile d’imaginer un retournement suffisamment fort pour changer la donne. Il ne reste qu’à espérer un sursaut tardif, même si les signes actuels ne sont guère encourageants.

 

Note : 3/10. En bref, l’épisode 10 de Suits : L.A. ne redresse pas la barre. Pire, il enfonce un peu plus la série dans cette impression de gâchis. La promesse d’une série sœur digne de l’héritage de Suits semble désormais très lointaine. 

Prochainement en France

 

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