28 Avril 2025
L’univers d’Étoile, avec ses ballets étincelants et ses existences imparfaites, continue de dévoiler ses multiples facettes à travers les épisodes 5 et 6 de sa première saison. Après des débuts centrés sur l’installation de l’intrigue principale et la présentation des personnages, ces deux épisodes plongent davantage dans les petites choses du quotidien, tout en laissant deviner des tensions prêtes à éclater. Le ton s’adoucit, la narration ralentit légèrement, pour mieux laisser la place aux relations humaines, aux doutes, aux compromis et aux blessures plus profondes.
À ce stade de la saison, les personnages d’Étoile sont suffisamment familiers pour que chaque geste ou décision anodine prenne une signification particulière. L’épisode 5 s’amuse à tisser de multiples petites intrigues secondaires, parfois drôles, parfois tendrement mélancoliques. Cheyenne, par exemple, surprend tout son entourage en décidant de danser toutes les représentations du Casse-Noisette. Un choix qui tranche avec son tempérament habituel et qui semble porter une envie de renouer avec une forme d’innocence ou de rêve enfoui. Tobias, de son côté, se débat avec un problème autrement plus terre-à-terre : un rat qui l'empêche de dormir et le pousse à s'endormir dans les lieux les plus improbables.
Entre deux gags visuels, ses mésaventures soulignent à quel point l’isolement et la perte de repères sont ancrés dans son quotidien. Pendant ce temps, Mishi et Bruna peinent à trouver un équilibre sous le même toit. Loin des éclats de voix, ce sont surtout les petits malaises et les incompréhensions du quotidien qui minent leur cohabitation. Mishi se retrouve régulièrement à la porte, Bruna refuse de faire preuve de la moindre diplomatie. Pourtant, entre deux disputes larvées, une certaine complicité finit par poindre. Ces mini-intrigues s’enroulent autour de la relation plus centrale entre Jack et Geneviève.
Leur dynamique, faite d’échanges espiègles et de gestes tendres sans ostentation, capte ce moment fragile où deux personnes glissent presque naturellement de l'amitié retrouvée vers l’intimité. L’épisode 5 saisit ces instants suspendus entre Jack et Geneviève avec une finesse rare. Leur rapprochement ne repose pas sur une tension dramatique classique, mais sur la douceur des habitudes retrouvées. Dans leurs regards, dans la simplicité d’un tube de crème pour les mains partagé, transparaît tout le poids d'une histoire passée jamais vraiment refermée.
Jack, d’ordinaire sarcastique et sur la défensive, se laisse désarmer par la simple présence de Geneviève. Le naturel avec lequel il lui propose une brosse à dents « qu’il garde pour elle » en dit probablement bien plus que de longues déclarations. Cette tendresse discrète, presque banale, donne au récit une densité émotionnelle sans forcer l’effet. La série saisit également cette inquiétude latente qui plane dans toute relation renaissante : celui qui s'attache le premier risque de souffrir. L'épisode laisse entendre que, cette fois, Jack pourrait être celui qui prend le plus de risques émotionnels.
L'anniversaire de Jack, célébré lors d'une grande soirée, sert de toile de fond à plusieurs révélations. Jack, malgré son apparente assurance, semble redouter cet âge fatidique : 45 ans, un cap que beaucoup d'hommes de sa famille n'ont jamais dépassé. La fête elle-même oscille entre le comique et la mélancolie. Les invités, riches mécènes, artistes et anciens amis, peinent à combler le vide que Jack ressent intérieurement. Seule l’arrivée de Geneviève réussit à fissurer son masque. Leur aparté sur le toit, loin du bruit et des projecteurs, confirme à quel point leur lien reste essentiel.
Pendant ce temps à Paris, l’ambiance est plus électrique. Gabin, tout juste réintégré, lutte pour reprendre sa place, mais ses frustrations explosent en public, mettant à mal son autorité et son image. Son animosité envers Matthieu, élève brillant mais arrogant, cristallise un malaise plus profond. Mishi, quant à elle, subit encore les conséquences de ses origines sociales, certains insinuant que ses succès sont davantage liés à ses relations familiales qu’à son talent. Malgré ces obstacles, elle construit patiemment une relation avec Bruna, bancale mais sincère, où chacune apprend à apprivoiser l’autre.
Tobias, dépassé par ses angoisses et sa fatigue, trouve inopinément du soutien auprès de Gabin. Ce dernier, dans un élan de bonté inattendu, se charge d’éliminer le rat de son appartement. Un geste simple, presque anodin, mais qui marque un tournant dans leur relation. Avec l’épisode 6 le ton se durcit. Les réussites artistiques ne suffisent plus à masquer les failles. Les tensions éclatent au grand jour, qu'elles soient personnelles ou professionnelles. Tobias subit de plein fouet les critiques virulentes contre sa première création parisienne. Les applaudissements absents, les huées, les articles assassins : autant de coups durs qui le renvoient à ses insécurités les plus profondes.
La solitude l’envahit, et même la maladroite bienveillance de Geneviève semble impuissante à le réconforter. C’est finalement Gabin, fidèle à son caractère entier, qui tente de l’arracher à son abattement, dans une scène où l’amitié, même rugueuse, prend le pas sur la compétition. Cheyenne, si solaire jusque-là, découvre qu’elle n’est pas aussi invulnérable qu’elle le pensait. Confrontée à Shamblee, figure d’autorité ambiguë et manipulatrice, elle réalise que son passé peut être utilisé contre elle. Les insinuations de Shamblee, notamment sur sa relation passée avec Jack, fissurent la confiance qu’elle affichait jusque-là.
Cherchant à noyer son trouble, elle embrasse impulsivement Gael, brouillant davantage les lignes entre amour, jalousie et besoin de réassurance. Cette relation, bâtie sur un mélange d'affection réelle et de blessures d'ego, semble promise à des jours compliqués. Geneviève affronte quant à elle une crise d’une autre ampleur. Menacée par une grève au sein de sa troupe, fragilisée par les exigences politiques, elle se retrouve coincée entre fidélité aux artistes et compromis institutionnels. Le soutien moral de Jack, même à distance, offre une bouffée d’air salutaire, mais il est évident que l'étau se resserre.
La pression s’accroît lorsque Cléa, haute responsable du ministère, laisse entendre que des changements encore plus radicaux sont à venir. Geneviève comprend que sa position est précaire et que les décisions qu'elle prendra dans les prochains jours pourraient tout bouleverser. Nicholas, figure tutélaire et bienveillante, s'efface peu à peu. Sa santé déclinante, son désir de se retirer, rendent palpable l’imminence d’une perte que Jack refuse encore de regarder en face. Leur complicité, tissée d’années d’estime et d'affection, donne lieu à des scènes sobres et touchantes, loin de tout pathos.
Dans une ultime parenthèse de tendresse, les deux hommes replongent dans les souvenirs d’antan, devant d'anciennes vidéos de danse. Ce moment suspendu, en apparence anodin, porte en creux la douleur de la transmission interrompue et de l’inévitable passage du temps. Épisodes 5 et 6 dessinent un virage important pour Étoile. La série, sans renier sa légèreté initiale, commence à explorer les cicatrices invisibles de ses personnages. L’art, qui jusqu’ici servait de refuge et de moteur, devient un terrain de lutte, un espace où se cristallisent ambitions, rancœurs et espoirs déçus.
La narration adopte un rythme plus contemplatif, laissant davantage de place aux silences, aux regards échangés, aux gestes qui trahissent les peurs inavouées. Chaque décision semble porter en germe des conséquences lourdes, chaque choix personnel se répercute sur le collectif. Ces deux épisodes marquent un tournant dans la première saison d’Étoile. Derrière les pirouettes et les sourires se devine une série de fractures profondes : amoureuses, professionnelles, identitaires. À travers le destin de ses personnages, Étoile interroge la place de l’art dans une société toujours plus normative, tout en explorant avec justesse les liens humains, complexes et imparfaits. Si le futur reste incertain pour Geneviève, Jack, Cheyenne et les autres, une chose est sûre : leur histoire mérite de continuer à être racontée, avec toutes ses aspérités.
Note : 6.5/10. En bref, à travers le destin de ses personnages, Étoile interroge la place de l’art dans une société toujours plus normative, tout en explorant avec justesse les liens humains, complexes et imparfaits.
Disponible sur Amazon Prime Video
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