Critiques Séries : The Last of Us. Saison 2. Episode 3. 

Critiques Séries : The Last of Us. Saison 2. Episode 3. 

The Last of Us // Saison 2. Episode 3. The Path.

 

Après deux premiers épisodes marquants, The Last of Us continue d'explorer les conséquences du choc émotionnel laissé par la disparition de Joel. L’épisode 3 de cette saison 2, que j'attendais avec beaucoup d'appréhension, confirme plusieurs craintes nées dans les chapitres précédents. Pourtant, malgré des maladresses de rythme et une tonalité incertaine, il serait injuste de nier les efforts déployés pour redéfinir l'ADN de la série. L'ouverture de l’épisode est l’une des plus poignantes vues jusqu'ici. Voir Tommy aux côtés du corps de Joel, lui adressant une dernière parole pour Sarah, est un moment qui serre la gorge.

 

Il est rare que la série prenne autant le temps de montrer un personnage secondaire dans toute sa vulnérabilité. Et cela installe d'entrée une atmosphère lourde, presque paralysante. Ce choix de mise en scène donne le ton : The Last of Us n'est plus l’histoire de Joel et Ellie contre le monde. C'est désormais l’histoire de la reconstruction impossible après une perte incommensurable. Pourtant, au fil de l’épisode, un certain flottement s’installe, donnant l'impression que la série elle-même cherche encore sa direction. Depuis la disparition de Joel, le poids narratif repose presque entièrement sur les épaules de Bella Ramsey. 

Même si leur engagement est évident, le résultat est inégal. Les scènes où Ellie est isolée révèlent une facette plus introvertie du personnage, mais peinent parfois à transmettre pleinement l’intensité de ses tourments. C'est d’autant plus frappant quand Dina (incarnée par Isabela Merced) entre en scène. Leur alchimie apporte de la légèreté et redonne un peu de respiration à un épisode étouffant. Dina devient ainsi un catalyseur pour Ellie, révélant ce qui reste de sa tendresse, de son humour et de son humanité. 

 

Le contraste avec la première saison est saisissant : là où l'épisode 3 de la saison 1, "Long, Long Time", offrait une parenthèse douce-amère et intimiste, ce nouvel épisode semble au contraire suspendu entre deux temps, incapable de se poser vraiment. Le principal reproche que je ferais à cet épisode tient à son rythme. Après l’attaque sur Jackson et la perte de Joel, on aurait pu s’attendre à un resserrement dramatique. Au lieu de cela, l’histoire saute plusieurs mois en avant. La reconstruction de Jackson est survolée, et la tension retombe brutalement.

Cette ellipse, censée illustrer le passage du temps nécessaire au deuil, affaiblit paradoxalement l’impact émotionnel. Le spectateur est invité à observer une Ellie plus froide, plus déterminée, mais sans avoir pleinement partagé les étapes de sa transformation. C’est un choix narratif audacieux, mais qui risque d'éloigner une partie du public. À côté de cela, certaines séquences paraissent étirées, presque contemplatives, mais sans la poésie qui justifiait de tels moments dans la première saison. Malgré ces réserves, l’épisode pose les bases du futur de la série. Jackson, loin d'être un sanctuaire immuable, devient le point de départ d'une nouvelle aventure. 

 

La décision d’Ellie et Dina de partir pour Seattle redéfinit leur dynamique : Ellie, désormais figure de l'obsession et de la vengeance, prend à son tour le rôle de protectrice. Ce basculement de perspective rappelle, par effet miroir, la relation entre Joel et Ellie dans la première saison. Pourtant, la série prend soin de montrer qu'Ellie n’est pas une copie de Joel : là où il agissait par amour et par peur de perdre, Ellie semble animée par une rage froide, presque autodestructrice. La subtilité de cette évolution est l'un des aspects les plus intéressants de cet épisode, même si elle méritait peut-être une écriture plus fine.

J'ai beaucoup apprécié la manière dont Jackson est présenté cette fois-ci. Sous des apparences de ville paisible — matchs de baseball, réunions publiques, bières partagées — subsiste une brutalité prête à resurgir. La facilité avec laquelle la communauté envisage d'envoyer des expéditions punitives rappelle que l'humanité, même derrière des murs protégés, reste profondément marquée par deux décennies de survie apocalyptique. Cet équilibre instable est particulièrement bien incarné par Gail, jouée par Catherine O’Hara, dont l’intervention apporte une réflexion intéressante sur la nature d’Ellie. 

 

Gail émet l'idée que Joel n'a pas "fait" Ellie, qu’elle avait en elle, depuis toujours, cette capacité à survivre coûte que coûte. C’est une piste narrative que j'espère voir creusée dans les épisodes à venir. Au fond, cet épisode agit comme un pont. Un passage obligé entre l'ancien monde — celui de Joel et de leur lien — et un nouveau récit centré sur Ellie et ses choix. Il est donc normal qu’il donne parfois l'impression de tâtonner. Mais cette transition n'est pas sans douleur pour le spectateur, qui, comme Ellie, doit faire son deuil de ce qu'était The Last of Us. Pour autant, il serait injuste de réduire cet épisode à ses hésitations. Certaines scènes, notamment celles où Ellie affronte silencieusement son chagrin — en lisant les lettres d'adieu ou en caressant la veste de Joel — sonnent d’une justesse bouleversante. 

Des moments de pure humanité, discrets mais sincères, qui rappellent la force émotionnelle de la série. Il serait tentant de juger sévèrement cet épisode, tant il tranche avec la fluidité et la tension maîtrisée de la première saison. Pourtant, si l'on accepte qu'il s'agit d’une série en pleine redéfinition, alors cet épisode prend tout son sens. The Last of Us ne cherche pas à reproduire ce qui a déjà été fait : il tente de raconter autre chose, à sa manière. Certes, tout n'est pas parfaitement exécuté. La série semble parfois hésiter entre deux vitesses : accélérer l’intrigue ou prendre le temps de construire ses enjeux émotionnels. 

 

Mais c’est peut-être dans cette hésitation même que réside son intérêt. Ellie n’est plus l’adolescente fragile de la première saison. Elle est devenue une jeune adulte brisée, portée par un désir de justice (ou de vengeance) qui pourrait bien la consumer. Et cette évolution, même maladroitement racontée parfois, ouvre des perspectives narratives passionnantes pour la suite. En conclusion, l'épisode 3 de la saison 2 de The Last of Us est une étape nécessaire, douloureuse mais prometteuse. Il marque la fin d'une époque et pose les jalons d'une nouvelle histoire plus sombre, plus complexe. Si la série parvient à mieux maîtriser son rythme et à continuer d’explorer les nuances émotionnelles de ses personnages, alors elle a toutes les chances de réussir sa métamorphose.

 

Note : 6.5/10. En bref, difficile de maintenir la tension et l’émotion de l’épisode précédent, mais cet épisode transitoire nécessaire et douloureux fonctionne, à condition d’accepter qu’il est là pour justement redéfinir la série. 

Disponible sur max

 

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