27 Mai 2025
Le football et les fictions, ce n’est pas un mariage qui se fait si souvent, surtout dans le format des séries. Quand une production tente de s’emparer de cet univers, l’attente est toujours là : voir des crampons qui crissent sur le gazon, sentir la tension des matchs, vivre l’intensité d’un vestiaire avant une finale. Avec 90 Minutes, une série venue tout droit du Mexique et composée de dix épisodes, l’espoir était de retrouver cette ambiance si particulière des clubs amateurs, où la passion déborde malgré les moyens limités. Pourtant, le résultat n’a pas été tout à fait celui qu’on pouvait attendre.
Don Gil et son équipe, Las Navajas FC, font face à la menace de leur plus grand adversaire, Yuriel, qui cherche à déstabiliser leur équipe et à protéger ses propres intérêts. Gil se tourne alors vers Veneno, une ancienne légende du football en déclin, pour l'aider à sauver le club. Cependant, les difficultés persistent car ils sont constamment sabotés. Alors que l'équipe est au bord de l'effondrement, les émotions et la nostalgie deviennent leur moteur pour atteindre la finale.
Derrière 90 Minutes, il y a l’histoire de Las Navajas FC, un club de quartier qui lutte pour sa survie dans un monde où le football devient un business de plus en plus impitoyable. Gil, propriétaire vieillissant du club, tente de garder le navire à flot. Mais face aux manœuvres de Yuriel, rival prêt à tout pour protéger ses intérêts, la bataille est rude. Pour remettre son équipe sur les rails, Gil fait appel à Veneno Montoya, ancienne gloire locale désormais sur le déclin. C’est avec ce duo improbable que le club espère atteindre la finale d’un tournoi qui pourrait tout changer. Dès les premiers épisodes, 90 Minutes pose ses bases : ce n’est pas une plongée frontale sur le terrain, mais plutôt un voyage dans les coulisses d’un petit club qui tente de survivre.
Le ballon est bien là, mais souvent relégué au second plan. Les intrigues personnelles prennent vite le dessus : histoires de vestiaires, querelles de couloir, drames familiaux et petits complots remplissent l’espace. Si cela apporte quelques scènes amusantes, l’attente d’un vrai récit centré sur le jeu laisse un léger goût d’inachevé. Côté personnages, le tableau est contrasté. Certains protagonistes ont une présence qui apporte un brin de chaleur à l’ensemble, mais d’autres laissent une impression plus tiède. Veneno, par exemple, incarne cette figure du joueur oublié, celui qu’on retrouve clope au bec, bedaine en avant, et qui traîne ses souvenirs de gloire passée comme un fardeau. Il y a une forme de nostalgie dans son personnage, mais elle ne suffit pas à le rendre inoubliable.
Gil, de son côté, oscille entre le patriarche fatigué et le stratège dépassé. Leurs échanges donnent parfois lieu à des dialogues assez classiques, sans forcément faire décoller la série. L’un des points qui ressort de 90 Minutes, c’est ce cadre particulier : un club amateur qui joue sur des terrains fatigués, parfois sans pelouse, où les vestiaires ressemblent plus à des hangars qu’à des espaces de préparation sportive. Cette atmosphère a quelque chose de touchant. On est loin des grands stades et des contrats mirobolants. Ici, le foot se joue entre potes, dans des coins de ville qui semblent oubliés. Cela donne un côté plus brut, plus humain à l’histoire, même si l’ensemble reste assez léger sur le fond.
L’intrigue principale tourne autour des magouilles de Yuriel, prêt à tout pour saboter Las Navajas FC, et des efforts de Gil et Veneno pour garder le club en vie. Les obstacles s’enchaînent : menaces extérieures, sabotages internes, tensions dans l’équipe. Cela crée une dynamique, mais elle est souvent entrecoupée par des scènes où l’on s’attarde sur des détails qui n’apportent pas grand-chose au récit. Les histoires de cœur, notamment, peinent à captiver. Les romances paraissent plaquées et n’arrivent pas à générer un réel intérêt. Elles donnent parfois l’impression d’être là pour remplir les minutes, sans vraiment nourrir l’histoire principale.
Pourtant, quelques moments viennent alléger l’ensemble. Des répliques qui tombent bien, des scènes absurdes, des personnages secondaires qui, par leur maladresse ou leur sincérité, apportent un sourire. Il y a une forme de tendresse dans la manière dont certains sont dépeints : des gars qui fument avant d’entrer sur le terrain, qui enchaînent les galères, mais qui reviennent toujours parce qu’au fond, ils aiment ce sport, même s’ils ne sont pas faits pour la gloire. Visuellement, la série a un certain cachet. La réalisation joue sur des codes surannés assez classiques des fictions mexicaines plus qualitatives, avec des couleurs vives, loin des des plans un peu appuyés et de cette mise en scène qui peut parfois rappeler des telenovelas (notamment dans les séries mexicaines Netflix).
Cela donne un aspect un peu plus sympathique par moments, mais ce style contribue aussi à créer une ambiance particulière, qui distingue 90 Minutes d’autres productions plus lisses. On ressent une volonté de proposer quelque chose d’esthétique, même si cela ne se traduit pas toujours par des choix très marquants. Au fil des dix épisodes, le tournoi devient le fil rouge qui tient tout le récit. Chaque match est une étape, chaque victoire un petit miracle, chaque défaite une menace de plus sur l’avenir du club. Mais là encore, le terrain n’est pas toujours le cœur de l’action. Les scènes de match sont souvent réduites à l’essentiel, presque anecdotiques. Cela peut frustrer quand on espère voir du jeu, de l’action, des moments où le football devient plus qu’un prétexte narratif.
Au lieu de cela, l’accent est mis sur les à-côtés : les embrouilles, les tensions, les erreurs. Le foot est là, mais il reste en retrait, comme un décor plutôt qu’un moteur principal. Malgré cela, 90 Minutes a le mérite de mettre en lumière un football qu’on ne voit pas souvent : celui des petites équipes, des clubs de quartier, des joueurs qui n’ont pas le physique des pros, qui enchaînent les petits boulots à côté, et qui se battent pour des raisons qui vont au-delà du score final. C’est une vision plus terre-à-terre, moins glamour, qui montre aussi les galères et les sacrifices. Mais cette sincérité n’est pas toujours bien exploitée. Parfois, les situations semblent caricaturales, les dialogues un peu forcés, et l’émotion passe moins qu’elle ne devrait.
En fin de compte, 90 Minutes laisse une impression mitigée. Il y a des choses à en retenir, des moments qui font sourire, des personnages qui, malgré leurs défauts, ont quelque chose d’attachant. Mais l’ensemble peine à convaincre pleinement. Le football est trop souvent relégué au second plan, et les intrigues secondaires n’ont pas toujours la force pour compenser ce manque. C’est une série qui se regarde, mais qui ne marque pas. Pas de quoi bouleverser le genre, ni de quoi nourrir l’attente de ceux qui espéraient une plongée profonde dans le monde du foot amateur. Il y a tout de même un respect pour l’effort de raconter une autre facette du football, loin des projecteurs, et de montrer des personnages qui ne rentrent pas dans les standards habituels.
Le ton reste assez léger, ce qui permet de ne pas se lasser complètement, mais cela manque parfois de consistance pour vraiment captiver. La série tente de jouer sur plusieurs tableaux : le sport, la comédie, le drame social, un peu de romance... mais sans jamais vraiment exceller sur l’un d’eux. C’est peut-être là que réside la limite de 90 Minutes : vouloir toucher à tout, sans aller assez loin dans aucune direction. Pour ceux qui cherchent une série sur le foot, 90 Minutes peut intriguer, ne serait-ce que pour son cadre et son angle peu exploité. Mais ceux qui espèrent vibrer au rythme des matchs, ressentir l’adrénaline d’un but marqué à la dernière minute, risquent d’en sortir un peu frustrés. Cela reste une série qui tente des choses, sans pour autant trouver totalement sa place.
Note : 5/10. En bref, 90 Minutes peut intriguer, ne serait-ce que pour son cadre et son angle peu exploité. Mais ceux qui espèrent vibrer au rythme des matchs, ressentir l’adrénaline d’un but marqué à la dernière minute, risquent d’en sortir un peu frustrés. Une curiosité à découvrir, mais pas forcément un incontournable.
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