12 Mai 2025
BXL // De Ish Ait Hamou et Monir Ait Hamou. Avec Fouad Hajji, Yassir Drief et Geert Van Rampelberg.
Premier long métrage des frères Ish et Monir Aït Hamou, BXL s’inscrit dans une tradition sociale qu’il aborde sans posture moralisante ni surenchère dramatique. Il ne cherche pas à tout dire sur Bruxelles, mais propose une lecture intime d’un quartier souvent caricaturé, en suivant deux frères à l’équilibre fragile entre espoir et réalité. Le scénario repose sur une idée simple, presque déjà vue : deux frères dans une cité, un avenir à construire, un quotidien à encaisser. Mais c’est dans le traitement que le film crée une vraie nuance. Ici, il n’y a pas de misère surjouée, pas de violence gratuite mise en spectacle, pas de tentative d'excuse.
Tarek, 27 ans, combattant de MMA, reçoit une opportunité unique d’offrir une vie meilleure à sa mère et son petit frère Fouad. Mais dans une ville comme Bruxelles, pour réaliser un tel rêve, il faut savoir avancer sur la brèche sans faillir. Tarek va devoir lutter sans cesse contre lui-même et contre les pressions qui l’entourent pour espérer y parvenir.
Juste des trajectoires croisées, dans une ville qu’on filme rarement depuis ces angles-là. BXL regarde Molenbeek sans filtre mais sans provocation non plus. Le quartier est là, avec ses contradictions, sa beauté rugueuse et sa fatigue quotidienne. Tarek, l’aîné, a trouvé dans le MMA une forme de discipline et un espoir de sortie. Un recruteur américain voit en lui un potentiel et lui tend une opportunité rare. Fouad, son cadet, reste englué dans les impasses du quotidien. L’un regarde vers l’extérieur, l’autre peine à simplement tenir debout. Entre eux, une affection solide, mais aussi un déséquilibre latent.
Et c’est là que le film devient intéressant : dans la manière dont il capte ce moment où les ambitions des uns ne suffisent plus à tirer les autres. La mise en scène est souvent à hauteur d’homme, proche des corps et des visages, attentive aux silences. La photographie, marquée par des teintes chaudes, joue sur une palette sobre, sans esthétisme forcé. On sent que le film a été pensé avec les moyens du bord, mais aussi avec une envie sincère de raconter un vécu. Le style ne cherche pas à copier celui des films de banlieue français ou à singer le cinéma américain.
Il pioche des éléments ici et là – quelques scènes rappellent le cinéma de genre, notamment les passages liés au MMA – mais reste dans une logique cohérente, à l’écoute de ses personnages. Le jeu des acteurs y est pour beaucoup. Fouad Hajji incarne Tarek avec une retenue convaincante. Il donne à son personnage une sorte de calme résigné, comme quelqu’un qui a déjà vu trop de portes se refermer. Yassir Drief, plus jeune, apporte une fragilité réelle à Fouad. Son regard parfois absent, parfois perdu, en dit souvent plus que ses répliques. Même quand certains dialogues semblent un peu fabriqués, les interprètes les portent avec suffisamment d’authenticité pour qu’ils sonnent juste.
Cela dit, BXL n’échappe pas à certaines faiblesses. Le récit s’éparpille parfois, tenté de traiter trop de sujets à la fois. L’absence de personnages féminins construits est flagrante, et même si le film s’en explique dans une scène assez explicite, cela ne suffit pas à combler le manque. Quelques scènes secondaires tombent à plat, faute de temps pour les développer, notamment du côté des amis de Fouad. Il y a des instants où l’écriture s’essouffle, ou du moins où le rythme se casse, comme si le film hésitait entre chronique du quotidien et récit initiatique.
Là où BXL parvient à convaincre malgré ces défauts, c’est dans son regard. Le film ne donne pas de leçon, il n’édulcore rien non plus. Il montre ce que signifie grandir dans un endroit où l’ambition est un luxe, où l’on apprend vite que la méfiance précède souvent l’opportunité. Une scène en particulier, celle d’un simple contrôle de police, condense cette tension sourde : pas d’explosion de violence, juste un glissement dans une logique de confrontation absurde. Pas besoin d’en faire trop, la situation suffit à elle seule. La séquence d’ouverture, bien construite, place d’ailleurs tout de suite le spectateur dans cette dualité permanente.
Un gamin traverse Bruxelles à vélo pour livrer un sandwich, pendant que défilent en surimpression des citations racistes tirées de déclarations politiques bien réelles. C’est brutal, mais pas gratuit. Ce sont les mots qui traversent les murs, les corps, les existences, et qui finissent par peser sur les épaules de ceux à qui l’on demande ensuite de "faire des efforts". BXL n’est pas un film révolutionnaire, mais il est nécessaire dans le paysage actuel. Il donne à voir des trajectoires qui ne font pas la une, sans chercher à les romantiser. Il aurait pu tomber dans la caricature, dans l’apitoiement ou dans la dénonciation spectaculaire.
Il évite ces pièges avec un certain équilibre, grâce à un regard d’intérieur, qui connaît ce qu’il filme. C’est aussi un film sur les occasions manquées, celles qui laissent des traces. Sur la manière dont certaines décisions, prises sous pression ou par instinct de survie, finissent par orienter toute une vie. Sur les silences dans les appartements, les portes qu’on ne répare jamais, et les compromis qu’on finit par faire avec soi-même. La fin, d’ailleurs, ne cherche pas à tout résoudre. Elle laisse planer un choix, une ambiguïté, une question suspendue.
En somme, BXL est un premier film avec des aspérités, mais il est honnête. Il ne prétend pas tout maîtriser, mais il sait ce qu’il veut montrer. Il faudra voir ce que les frères Aït Hamou feront par la suite, mais cette première pierre, malgré ses imperfections, est posée avec une certaine justesse.
Note : 8/10. En bref, un film sur la banlieue loin des clichés habituels. Une belle réussite.
Prochainement en France. Disponible en VOD en Belgique.
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