12 Mai 2025
Watson // Saison 1. Episode 13. You Life’s Work (Part 2).
SEASON FINALE
La première saison de Watson touche à sa fin avec un treizième épisode qui laisse un goût amer. Après une progression en dents de scie, cette conclusion vient bousculer les quelques équilibres narratifs que la série avait commencé à installer. Il ne s’agit pas d’un simple faux pas, mais d’un virage abrupt qui remet en question certains des rares éléments prometteurs vus jusqu’ici. Dès ses débuts, Watson s’est appuyée sur un héritage littéraire très connu, celui de l’univers de Sherlock Holmes. Mais ce choix, plutôt que de soutenir le récit, l’a souvent alourdi. Le personnage de John Watson, campé par Morris Chestnut, peine à exister par lui-même.
L’ombre de Sherlock plane, même absent, et cela empêche l’écriture de vraiment s’émanciper. Ce dernier épisode reprend immédiatement après les événements du douzième : un dilemme médical qui pousse les personnages à choisir lequel des deux frères jumeaux doit être sauvé. Le procédé narratif a tout du coup de théâtre, mais la mise en scène de cette décision repose sur un artifice peu convaincant : un tirage à pile ou face, présenté comme un hommage à Holmes. Difficile de s’investir émotionnellement dans une telle décision quand elle est réduite à un geste de hasard.
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Un des axes qui aurait pu apporter un ancrage émotionnel est celui des relations entre les membres du groupe médical. Mais ici encore, le développement manque de consistance. La relation entre Lubbock et Stephens, par exemple, aurait pu servir de colonne vertébrale à l’épisode. Au lieu de cela, elle est précipitée, sans réelle profondeur. On évoque un passé commun, on montre des gestes tendres, mais le lien n’a pas été suffisamment travaillé dans les épisodes précédents pour que cela fonctionne. Le réveil de Stephens, suivi par les excuses d’Adam et un baiser de Lubbock, sonne davantage comme une résolution forcée que comme une évolution naturelle.
Quant à Watson lui-même, sa trajectoire personnelle prend un tournant inattendu. Alors que sa relation avec son ex-femme Mary semblait revenir sur le devant de la scène, l’épisode choisit de bifurquer sans prévenir vers une idylle avec le docteur Bynum. Trois rendez-vous et un repas partagé suffisent apparemment à tourner la page, sans que le spectateur ait été préparé à ce changement. Ce genre de bascule rapide ôte toute crédibilité au lien naissant, et donne l’impression que les scénaristes ont cédé à la tentation du raccourci scénaristique. L’un des rares personnages à avoir gagné en relief au fil des épisodes, c’est le docteur Ingrid Derian.
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D’abord distante et cynique, elle a progressivement dévoilé une personnalité plus complexe. Ce développement laissait espérer un rôle central dans le dénouement, et c’est effectivement ce qui se produit… du moins en apparence. Dans ce dernier épisode, Derian révèle avoir collaboré – temporairement – avec Moriarty, avant de finalement le trahir. Elle aurait transmis une maladie génétiquement conçue pour l’affaiblir, exploitant l’ADN qu’elle avait prélevé en secret. Ce retournement aurait pu marquer un vrai tournant dans la série, mais il est expédié en quelques scènes.
Sa confession, loin de créer une onde de choc, est rapidement absorbée dans le flot d’événements, sans permettre aux personnages de réellement réagir. La série semble pressée d’en finir. La figure de Moriarty est censée incarner l’ennemi principal, une sorte de fil rouge inquiétant à travers la saison. Pourtant, sa présence est restée intermittente, et son affrontement final avec Watson manque cruellement de tension. Affaibli par la maladie, il débarque à la clinique en homme déjà vaincu. Watson lui propose un marché : le traitement contre des informations. Mais ce pacte n’est qu’un prétexte. Le docteur avait prévu de le laisser mourir, jugeant que sauver un homme comme lui reviendrait à mettre d’autres vies en danger.
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Ce choix moral aurait pu ouvrir un débat éthique. Le serment d’Hippocrate est évoqué, mais vite balayé. Le personnage de Moriarty s’éteint en quelques minutes, sans opposition réelle, sans confrontation psychologique digne de ce nom. Ce dénouement expéditif réduit à néant l’aura du personnage, construit trop vaguement tout au long de la saison. Ce qui ressort de cet épisode final, c’est un sentiment de précipitation. Watson semble vouloir cocher toutes les cases d’un drama médical moderne sans prendre le temps de construire ses arcs. Les dilemmes médicaux sont bien là, les conflits personnels également, mais le tout manque de respiration, de nuance, de cohérence.
On a le sentiment d’assister à une succession de décisions scénaristiques plutôt qu’à une histoire organique. La série avait pourtant entrevu quelques pistes intéressantes : l’ambiguïté morale de certains personnages, la tension entre rationalité scientifique et intuition, la douleur du deuil… Mais ces thèmes sont souvent abordés puis abandonnés, au profit de revirements peu crédibles. À vouloir trop en faire, Watson finit par se perdre. La confirmation d’une deuxième saison peut surprendre. Après une première salve d’épisodes aussi inégale, on peut espérer que la série saura tirer les leçons de ses erreurs. Il serait bon que l’intrigue cesse de dépendre autant du mythe holmésien pour construire ses propres enjeux.
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Il reste du potentiel, notamment du côté de certains personnages secondaires comme Derian ou Shinwell, mais encore faut-il leur accorder l’espace pour exister pleinement. Le format classique de la télévision américaine impose un certain rythme, c’est entendu. Mais cela ne justifie pas les raccourcis narratifs ou le manque d’épaisseur émotionnelle. La réussite d’un drama repose souvent moins sur l’intrigue elle-même que sur la façon dont les personnages évoluent et interagissent. C’est sur ce terrain que Watson devra progresser, s’il souhaite vraiment s’imposer dans la durée.
Note : 3.5/10. En bref, un dernier épisode de saison qui ressemble à un véritable gâchis plus qu’à une conclusion satisfaisante.
Prochainement en France
CBS a renouvelé Watson pour une saison 2.
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