Critique Ciné : Coka Chicas (2025)

Critique Ciné : Coka Chicas (2025)

Coka Chicas // De Roxine Helberg. Avec Zoé Marchal, Family Camara et Eva Huault. 

 

Le cinéma aime les femmes fortes. Surtout quand elles sont projetées dans un univers brutal, face à des figures masculines dominantes, armées jusqu’aux dents. Coka Chicas s’inscrit dans cette tendance : un thriller d’action où trois jeunes femmes se retrouvent prises au piège d’un trafic de drogue en Amérique latine. Sur le papier, le programme a de quoi séduire. Et, de fait, le film ne manque ni d’intensité ni de souffle. Pourtant, à mesure que l’intrigue progresse, il devient évident que l’équilibre entre réalisme et surenchère est loin d’être trouvé.

 

Sarah, Jessica et Chanel, trois amies inséparables issues de la banlieue parisienne, sont venues faire les mules dans une île des Caraïbes pour ramener de la drogue en France et enfin ouvrir leur business de Nails Bar. Mais le voyage est bouleversé lorsque, après s'être fait arrêtée à l'aéroport, Jessica disparaît totalement des radars... Incapable d'abandonner leur copine, Sarah et Chanel se lancent à sa recherche dans les bas-fonds de l'île... sans savoir que ce qu'elles vont découvrir dépasse de loin tout ce qu'elles auraient pu imaginer...

 

Le début tient bien la route. Le scénario installe rapidement ses personnages, leur contexte, leurs motivations. Il y a de la cohérence dans les premiers enchaînements, du rythme dans les dialogues, et même une certaine finesse dans l’écriture des relations entre les trois protagonistes. Cette partie fonctionne, principalement parce qu’elle sait doser l’action sans sombrer dans la caricature. L’image est soignée, la tension bien gérée, et l’impression générale est celle d’un thriller solide, qui sait où il va. Mais cet équilibre ne dure pas. L’arrivée du personnage de Mike, l’Américain, marque un tournant dans le ton. Le film quitte alors un terrain presque crédible pour s’enfoncer dans une logique de série B assumée, avec tous les excès que cela implique. 

 

Les antagonistes deviennent des stéréotypes ambulants : la cheffe de cartel hystérique à souhait (qui m’a rappelé Ramona dans The Cleaning Lady), son homme de main mutique et musclé (qui rappelle Requin dans les James Bond des années Roger Moore), et des scènes de violence qui flirtent parfois avec le grand-guignol. Il y a quelque chose de presque ludique dans cette démesure. On sent que la réalisatrice, Roxine Helberg, s’amuse avec les codes du genre. Le problème, c’est que le film ne choisit jamais clairement s’il veut rester dans le registre du divertissement spectaculaire ou s’il aspire à une forme de commentaire social. 

 

Ce flottement dans le ton rend certains passages difficiles à prendre au sérieux, et d’autres involontairement drôles. Au milieu de cette tornade narrative, Zoé Marchal tire son épingle du jeu. L’actrice impose une vraie présence, à la fois physique et émotionnelle. Elle incarne Chanel, une femme à la fois forte, nerveuse, et fragilisée par son passé. Sa performance apporte une épaisseur bienvenue à un personnage qui aurait pu facilement sombrer dans l’archétype de la "femme badass". Elle reste sans doute l’un des meilleurs atouts du film. On sent aussi chez elle une volonté d’exister en dehors de l’ombre de son père, Olivier Marchal. 

 

Et même si Coka Chicas n’est pas un film qui mise sur la subtilité, sa prestation donne un peu de densité à un récit qui en manque souvent. L’idée de départ avait du potentiel : trois jeunes Françaises, en vacances, se retrouvent embarquées dans une spirale infernale. L’une d’elles, ex-militaire, justifie à elle seule une partie des prouesses qu’elles réalisent par la suite. Mais cela ne suffit pas. La plupart des scènes d’action sont bien menées, mais leur accumulation, sans réel contrepoids dramatique, finit par lasser. Le spectateur est entraîné dans un rythme effréné où la tension laisse place à la répétition, et où l’enjeu narratif s’efface derrière l’envie de faire du bruit.

 

Certains rebondissements frôlent l’absurde. Que ces trois femmes parviennent à éliminer des groupes entiers d’hommes armés, dans un territoire étranger, sans réelle aide ni plan, demande un sérieux effort de suspension d’incrédulité. Ce qui passe dans les premières scènes devient difficile à avaler sur la durée. Roxine Helberg maîtrise certains aspects de la mise en scène. Le montage est nerveux, les plans d’action bien découpés. Il y a un vrai savoir-faire dans la manière dont les scènes de confrontation sont filmées. Pourtant, cet aspect technique ne compense pas entièrement les lacunes du scénario. 

 

À plusieurs moments, on a l’impression que l’énergie de la forme tente de masquer les faiblesses de fond.

Les dialogues, eux, souffrent d’un manque de naturel. Trop souvent appuyés, parfois inutiles, ils n’aident pas les personnages à exister autrement que comme des figures fonctionnelles au service d’une intrigue mécanique. Le film prétend s’inspirer de faits réels. Mais cette référence reste floue, presque décorative. Elle sert davantage de toile de fond que de socle. Ce qui aurait pu être un récit ancré dans la réalité du narcotrafic et de ses conséquences devient un prétexte à un déchaînement d’action, sans véritable profondeur. 

 

Le cartel, les violences, les mécanismes d’exploitation sont présents mais jamais interrogés. Ils sont réduits à des éléments de décor, ce qui enlève une partie de la force que le film aurait pu avoir. Il y a des films qui savent très bien ce qu’ils veulent être. Coka Chicas, lui, semble hésiter. Thriller d’action ? Fable féministe ? Dénonciation sociale ? L’hybridité du projet n’est pas en soi un problème. Ce qui l’est, c’est l’absence de direction claire. L’ambivalence du ton laisse le spectateur dans l’incertitude. Faut-il prendre tout cela au sérieux ? Ou se contenter d’apprécier l’action sans poser trop de questions ?

 

Malgré ses maladresses, le film se laisse regarder. Il y a des séquences efficaces, des moments de tension sincère, et une volonté manifeste de proposer quelque chose d’un peu différent dans le paysage du thriller français. Mais cette ambition n’est pas toujours suivie d’une réelle exigence d’écriture. Coka Chicas n’est ni un ratage complet ni une révélation. C’est un objet cinématographique hybride, souvent bancal, parfois inspiré. Il aurait gagné à choisir son registre, à trancher entre le sérieux et la dérision, entre le réalisme et la fable. Reste un film d’action porté par des comédiennes investies, une mise en scène nerveuse, et quelques scènes réussies. 

 

Mais aussi une intrigue qui peine à convaincre, des dialogues trop écrits, et une accumulation de clichés qui affaiblissent la portée de l’ensemble. Un film qui tente des choses, mais qui manque de cohérence pour vraiment marquer. Ceux qui aiment l’action pure y trouveront peut-être leur compte, à condition d’accepter les raccourcis et les invraisemblances. Les autres risquent de rester à distance.

 

Note : 5.5/10. En bref, Coka Chicas n’est ni un ratage complet ni une révélation mais un objet cinématographique hybride. Il aurait gagné à choisir son registre, à trancher entre le sérieux et la dérision. Reste un film d’action porté par des comédiennes investies, une mise en scène nerveuse, et quelques scènes réussies. 

Sorti le 7 mai 2025 au cinéma

 

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