Critique Ciné : Des jours meilleurs (2025)

Critique Ciné : Des jours meilleurs (2025)

Des jours meilleurs // De Elsa Bennett et Hippolyte Dard. Avec Valérie Bonneton, Michèle Laroque et Sabrina Ouazani.

 

Dans Des jours meilleurs, il n’est pas question de miracle ni de grande révolution cinématographique. Ce film préfère raconter une histoire modeste, en se tenant au plus près de femmes abîmées, qui cherchent simplement à tenir debout. Il y est question d’alcoolisme, de rechutes, de regrets, mais aussi de cette force discrète qui pousse à continuer malgré tout. Ce n’est pas une comédie au sens classique, et ce n’est pas non plus un drame appuyé : c’est un entre-deux fragile, un récit de parcours cabossés raconté avec pudeur. Le cœur du film bat autour de trois femmes : Suzanne, Alice et Diane. Toutes sont arrivées au bout de quelque chose, toutes cherchent un point de départ. 

 

A la suite d’un accident de voiture, Suzanne perd la garde de ses trois enfants. Elle n’a plus le choix et doit se soigner dans un centre pour alcooliques. A peine arrivée, elle y rencontre Alice et Diane, deux femmes au caractère bien trempé… Denis, éducateur sportif, va tenter de les réunir autour du même objectif : participer au rallye des Dunes dans le désert marocain. Il devra s’armer de beaucoup de patience et de pédagogie pour préparer cet improbable équipage à atteindre son objectif.

 

C’est dans un centre de désintoxication qu’elles atterrissent, chacune avec ses blessures, ses silences, et parfois, un peu de colère. Loin d’en faire des archétypes, le film s’applique à montrer ces personnages dans leur complexité. La douleur n’y est jamais exagérée, et le parcours de soins n’a rien d’un tunnel larmoyant. Valérie Bonneton, dans le rôle de Suzanne, surprend par sa justesse. Elle incarne une femme en pleine perte de repères, mais sans jamais verser dans la démonstration. Elle laisse deviner plutôt que montrer, ce qui rend son interprétation d’autant plus touchante. 

 

À ses côtés, Sabrina Ouazani et Michèle Laroque complètent ce trio avec des nuances différentes, formant un groupe dissonant mais crédible. L’idée du rallye dans le désert comme élément central du récit peut désarçonner. Emmener des femmes en pleine reconstruction sur les dunes marocaines a tout du pari scénaristique risqué. Et pourtant, le déplacement fonctionne. Non pas comme un ressort spectaculaire, mais comme une métaphore assez lisible : traverser un paysage aride, c’est aussi traverser son propre vide, son passé, et tenter d’aller vers autre chose. Ce voyage ne prétend pas être une solution miracle. Il ne vient pas effacer les failles ni masquer les rechutes. 

 

Mais il offre un espace pour respirer différemment, pour observer sa vie sous un autre angle. Il permet aussi à ces femmes de se regarder autrement, sans les regards pesants du quotidien, loin du jugement. Les réalisateurs, Elsa Bennett et Hippolyte Dard, choisissent une approche très sobre, presque effacée. Cela donne un film sans fioritures, qui laisse beaucoup de place aux acteurs. Cette économie de style a son intérêt : elle permet d’éviter le pathos. Mais parfois, cette discrétion devient un frein. Certaines scènes manquent d’impact, comme si la peur d’en faire trop étouffait l’émotion au lieu de la laisser surgir.

 

Les dialogues, eux, oscillent entre la sincérité et des formules un peu attendues. Par moments, on sent l’envie de faire passer des messages forts, mais l’écriture reste trop sage pour vraiment marquer. Il arrive que le film glisse vers une forme de bienveillance un peu convenue, qui affaiblit la tension dramatique. Malgré un récit qui suit une trame assez classique – le groupe, la chute, la tentative de reconstruction –, certaines scènes touchent au vrai. Ce sont souvent les plus silencieuses, celles qui laissent le temps de sentir les failles. Ce sont aussi celles où l’humour, parfois maladroit, parvient à percer la gravité. 

 

Le film ne tombe pas dans la dérision, il utilise plutôt le rire comme une soupape, comme un moyen de relâcher la pression sans trahir la profondeur du sujet. Il y a aussi, dans certains échanges, une forme de lucidité brute sur l’alcoolisme, la solitude et la honte. Des instants fugaces, mais qui rappellent que sous les figures de fiction se cachent des réalités très concrètes. C’est dans cette proximité que Des jours meilleurs trouve sa légitimité : il ne cherche pas à embellir, il tente simplement de rendre justice à des trajectoires souvent invisibles. Le film ne prétend pas révolutionner la représentation des addictions au cinéma. Il ne cherche pas à provoquer ou choquer. 

 

À la place, il avance doucement, sans effets spectaculaires, avec une certaine forme de retenue. C’est une œuvre qui veut bien faire, parfois trop. Elle évite les aspérités, prend peu de risques, mais conserve une forme d’honnêteté qui mérite l’attention. Le projet aurait sans doute gagné à creuser davantage certaines zones d’ombre. Il frôle parfois les clichés de la rédemption, avec ses scènes un peu trop lisses, ses séquences "feel good" un peu convenues. Mais il ne faut pas s’arrêter à cela. Derrière ces maladresses, il y a un vrai désir de raconter autrement, de montrer des femmes qui se battent contre elles-mêmes, sans héroïsme, sans morale plaquée.

 

Ce qui reste après le film, ce sont surtout les visages. Ceux de femmes usées mais pas vaincues. Des femmes qui doutent, tombent, se relèvent. Des jours meilleurs parle peu, mais observe beaucoup. Il regarde sans juger. Et même si tout n’est pas parfaitement abouti, il y a dans ce regard une forme de respect qui suffit à justifier l’existence du film. Dans une époque où les récits de survie sont souvent traités à coups de grandes leçons ou de chocs scénaristiques, ce film choisit une voie plus discrète. Il croit encore aux liens humains, aux mains tendues, à la possibilité d’un second départ, même bancal.

 

Des jours meilleurs n’est ni un grand drame ni une comédie réussie à tous les coups. C’est un film simple, porté par des comédiennes investies, qui assume sa vulnérabilité. Il ne cherche pas à donner de leçon, mais propose un regard sur celles qu’on regarde rarement. Et parfois, c’est déjà beaucoup. Un film qui ne frappe pas fort, mais qui touche doucement, sans bruit, à la condition humaine. Ce n’est peut-être pas un moteur puissant, mais une vieille voiture cabossée qui, malgré les sables mouvants, parvient encore à avancer. Et ça, quelque part, c’est déjà un geste de cinéma.

 

Note : 5/10. En bref, Des jours meilleurs n’est ni un grand drame ni une comédie réussie à tous les coups. C’est un film simple, porté par des comédiennes investies, qui assume sa vulnérabilité. 

Sorti le 23 avril 2025 au cinéma

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G
coucou toi<br /> tres bon article<br /> il me donne envie ce film :OP<br /> donc a découvrir :O))<br /> bonne fin journée
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