1 Mai 2025
Exterritorial // De Christian Zübert. Avec Jeanne Goursaud, Dougray Scott et Lera Abova.
Le cinéma contemporain ne cesse d’explorer la frontière entre réalité et illusion, souvent à travers le prisme du traumatisme personnel. Exterritorial, réalisé par Christian Zübert, s’inscrit dans cette tendance avec un thriller qui prend racine dans une situation à la fois familière et anxiogène : la disparition d’un enfant dans un lieu censé être hautement sécurisé. Disponible sur Netflix, ce film met en scène une tension constante, portée par l’interprétation physique et émotionnelle de Jeanne Goursaud. L’histoire s’ouvre sur un cadre simple : une ancienne militaire, Sara, se rend avec son fils Josh dans un consulat américain à Francfort.
Le fils d'un ancien soldat des forces spéciales disparaît lors d'une visite au consulat des États-Unis à Francfort.
Leur but est clair : obtenir des papiers pour rejoindre les États-Unis. Mais en un instant, tout bascule. Josh disparaît. Ce qui pourrait être le début d’une enquête classique prend une tournure bien plus dérangeante quand personne ne semble se souvenir de l’existence de l’enfant. Pire encore : aucun enregistrement, aucun témoin, rien ne prouve qu’il ait jamais mis les pieds dans le bâtiment. Ce point de départ, aussi efficace soit-il, rappelle immédiatement d'autres œuvres du genre. Des films comme Flightplan ou Frantic ont déjà joué sur cette idée d’un individu isolé, confronté à un système qui le fait douter de sa propre santé mentale.
Ici, l’originalité repose davantage sur l’environnement – un consulat américain, juridiquement hors du territoire national – que sur la mécanique du scénario. Malheureusement, cet aspect particulier reste en grande partie sous-exploité. Jeanne Goursaud, déjà remarquée pour son rôle dans Barbaren, confirme ici ses qualités d’actrice physique. Elle incarne une héroïne crédible, marquée par son passé militaire et une fragilité psychologique qu’elle tente de dissimuler. La voir évoluer, souvent seule face à une structure bureaucratique impénétrable, apporte une tension palpable.
Ses gestes sont précis, ses réactions mesurées, et sa détermination ne fait jamais de doute. Cependant, une fois les scènes d’action enclenchées, un déséquilibre s’installe. Voir un personnage de cette carrure affronter sans relâche des adversaires largement plus imposants peut faire décrocher, même les spectateurs les plus indulgents. Ce n’est pas tant l’idée de son entraînement militaire qui dérange, mais plutôt la répétition des affrontements et le manque de nuance dans leur mise en scène. Certains combats manquent de crédibilité, et les effets de style – bien que techniquement maîtrisés – peinent à compenser cette impression d’artificialité.
Le consulat, qui aurait pu devenir un personnage à part entière, reste en arrière-plan. Pourtant, l’idée de ce lieu exterritorial, inaccessible aux autorités locales, était prometteuse. Il y avait là matière à créer une atmosphère encore plus oppressante, presque kafkaïenne. Quelques couloirs sombres, des pièces froides, et des visages fermés dessinent vaguement un univers de manipulation et de secrets. Mais l’ensemble ne va jamais au bout de cette logique. La narration s’étire sur deux axes principaux : la quête de vérité et la lutte mentale de Sara. Durant la première heure, l’ambiguïté reste bien dosée. On peut réellement douter de la véracité des événements. Est-ce un complot ?
Ou une pure illusion nourrie par les traumatismes de guerre ? Ce flou est sans doute le moment le plus fort du film, celui où l’attention est captée sans artifice. Malheureusement, la dernière partie opte pour une explication linéaire, qui referme un peu trop rapidement les zones d’ombre. La mise en scène, influencée par les codes du jeu vidéo, notamment à travers des plans-séquences et des mouvements de caméra en immersion, donne au film une certaine énergie. L’idée de suivre Sara presque en temps réel fonctionne dans les scènes de tension. Cela permet de ressentir ses doutes, sa peur, et l’urgence de sa situation.
Mais cet effet de proximité a ses limites : à trop vouloir coller au personnage, la mise en scène devient parfois prévisible, manquant d’élan pour surprendre. Côté technique, la photographie reste soignée et contribue à installer une ambiance feutrée, presque clinique. Les décors épurés du consulat renforcent ce sentiment de froideur institutionnelle. Dommage, cependant, que la bande-son ne soit pas à la hauteur. Générique et peu inspirée, elle n’apporte rien de particulier à l’ensemble. Au fond, Exterritorial repose sur un thème puissant : la solitude d’une mère face à un système qui l’ignore, et le combat d’une femme contre sa propre instabilité mentale.
Ce sont des enjeux profonds, mais ici traités de façon assez mécanique. Les scènes de doute, les regards soupçonneux, les flashbacks, tout semble répondre à une check-list du thriller psychologique. Il manque ce petit grain de folie ou cette audace scénaristique qui pourrait faire décoller le récit. Même les quelques retournements de situation ne surprennent guère. Sans aller jusqu’à dire que tout est prévisible, il faut reconnaître que les rebondissements ne prennent pas le risque de s’écarter des sentiers battus. Cela ne ruine pas l’expérience, mais cela limite fortement son impact.
En fin de compte, Exterritorial tient davantage de l’exercice de style que du film coup de poing. Il se laisse regarder, grâce à une actrice principale impliquée et à une réalisation propre. Mais il ne marque pas les esprits. Les amateurs de thrillers psychologiques trouveront sans doute quelques bonnes idées, et ceux en quête d’action modérée auront de quoi se divertir. Mais pour ceux qui espéraient une œuvre marquante ou novatrice, la frustration n’est jamais loin.
Le film parvient à instaurer une ambiance, à raconter une histoire de manière fluide, mais il ne transcende jamais ses ambitions. Les scènes de combat sont efficaces sans être spectaculaires, et les dialogues font le travail sans briller. Il reste une œuvre honnête, dont la simplicité peut séduire autant qu’elle peut décevoir.
Note : 5/10. En bref, Exterritorial tient davantage de l’exercice de style que du film coup de poing. Il se laisse regarder, grâce à une actrice principale impliquée et à une réalisation propre. Mais il ne marque pas les esprits.
Sorti le 30 avril 2025 directement sur Netflix
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