Critique Ciné : Par amour (2025)

Critique Ciné : Par amour (2025)

Par amour // De Elise Otzenberger. Avec Cécile de France, Arthur Igual et Darius Zarrabian.

 

Dans Par amour, Élise Otzenberger tente de conjuguer l’intime au fantastique, dans un récit où le trouble se mêle à la tendresse, sans jamais vraiment trouver un équilibre narratif solide. L’histoire repose sur une mère, Sarah, incarnée par Cécile de France, confrontée à l’inexplicable comportement de son fils après une mystérieuse disparition en bord de mer. En toile de fond, une tension familiale sourde et un déménagement censé offrir une seconde chance au couple. Tout est là pour construire un drame dense. Pourtant, le film peine à convaincre sur la longueur.

 

Sarah et Antoine sont au bord de la rupture, fragilisés par un quotidien surchargé, entre le travail et leurs deux enfants. Un jour, Simon, l’aîné, confie à sa mère entendre des voix. Si Antoine peine à prendre la mesure du problème, Sarah décide de soutenir son fils. Jusqu’où sera-t-elle prête à aller par amour ?

 

Cécile de France porte le long-métrage à bout de bras. Son interprétation de cette mère écartelée entre raison et instinct maternel insuffle une forme de crédibilité à un scénario qui flirte trop souvent avec l’invraisemblable. Elle incarne avec justesse une femme prête à tout pour son fils, y compris à défier la logique et à s’immerger dans un monde incertain où l’imaginaire pourrait bien prendre le pas sur la réalité. Son engagement émotionnel est palpable, mais il se heurte rapidement aux limites du récit, qui hésite sans cesse entre drame psychologique et incursion fantastique.

 

La ligne narrative manque de cohérence. Le film commence par une situation banale — des vacances en famille au bord de la mer — avant de basculer dans quelque chose de plus diffus, presque fuyant. Simon, le fils aîné, réapparaît après avoir été perdu quelques heures, mais quelque chose a changé en lui. Il dit entendre des voix venues de l’eau. Dès lors, la réalisatrice joue sur l’ambiguïté : simple traumatisme ou porte ouverte vers une autre dimension ? Malheureusement, ce questionnement ne trouve jamais une réponse satisfaisante. 

 

Les éléments fantastiques sont introduits sans réelle construction, comme posés là pour créer un effet, sans que leur présence s’inscrive dans un cadre solide. Il y a dans Par amour une volonté manifeste de brouiller les frontières entre le réel et le surnaturel. Le souci, c’est que cette approche repose trop souvent sur des effets appuyés : une lumière bleutée sur l’eau, des bruits lointains, des ralentis évocateurs… L’intention est claire, mais la mise en scène reste en surface, comme si elle cherchait constamment à suggérer sans jamais réellement affirmer. Cela donne un résultat flou, où les enjeux émotionnels se diluent dans une esthétique un peu convenue.

 

Le traitement du fantastique évoque certains films comme Take Shelter ou Signes, qui, eux, avaient su tenir leur cap entre mystère et tension psychologique. Ici, la comparaison tourne vite au désavantage. Là où ces œuvres s’enracinaient dans des personnages ambigus et des situations concrètes, Par amour s’égare dans une abstraction qui finit par perdre le spectateur. Même les dialogues peinent à accrocher. Trop explicatifs parfois, trop elliptiques à d’autres moments, ils laissent une impression de déséquilibre. L’un des problèmes majeurs du film reste son rythme. Malgré une durée raisonnable d’1h30, il semble souvent s’étirer inutilement. 

 

Certaines scènes s’attardent sur des silences qui n’ajoutent rien, tandis que d’autres moments clés sont expédiés sans réelle intensité dramatique. Ce découpage désordonné accentue l’impression d’un récit inabouti, d’un film qui tâtonne plus qu’il ne construit. Le reste du casting fait ce qu’il peut. Arthur Igual, dans le rôle du père, peine à exister face à une mère omniprésente, et leur dynamique de couple manque de tension. Leur désaccord sur la manière d’accompagner leur enfant aurait pu être un levier fort, mais il reste cantonné à quelques échanges convenus. 

 

Les deux enfants, en revanche, apportent une authenticité bienvenue, notamment dans les scènes de complicité fraternelle. Il est difficile de ne pas évoquer la dernière partie du film, qui choisit de trancher en faveur du surnaturel pur. Ce choix, loin d’ouvrir une nouvelle perspective, donne au contraire le sentiment que Par amour se dérobe face à ses propres enjeux. Ce qui aurait pu être une fin poignante ancrée dans la réalité se transforme en conclusion un peu naïve, presque artificielle. Cette bascule finale ne fait qu’accentuer les faiblesses accumulées, et laisse une impression d’inachevé.

 

Il est possible que Par amour cherche avant tout à questionner la frontière entre croyance et délire, entre amour inconditionnel et abandon de soi. En cela, le film pose des questions pertinentes : jusqu’où peut aller une mère par amour ? À quel moment le soutien devient-il négation de la réalité ? Malheureusement, ces pistes ne sont jamais creusées en profondeur. Le personnage de Sarah aurait mérité un traitement plus nuancé, plus ancré dans une réflexion morale ou psychologique. Visuellement, le film ne brille pas non plus. La photographie est inégale, parfois terne, parfois trop stylisée. 

 

Les rares tentatives d’effets spéciaux tombent à plat, renforçant cette impression de bricolage narratif. Il y avait pourtant matière à créer une atmosphère plus inquiétante, plus immersive, mais tout reste dans un entre-deux peu engageant. En fin de compte, Par amour laisse un goût amer. Celui d’un film aux ambitions intéressantes mais à l’exécution maladroite. Ce n’est pas la sincérité qui manque, ni même l’envie de proposer quelque chose de différent. Mais ce projet manque de rigueur, de cohérence, et surtout d’une vision claire. 

 

Cécile de France mérite mieux, tant son jeu laisse entrevoir la richesse émotionnelle que ce film aurait pu atteindre avec plus de justesse. Reste alors un objet cinématographique incertain, tiraillé entre plusieurs genres, sans jamais vraiment embrasser aucun d’eux.

 

Note : 3/10. En bref, un film qui aurait mérité de rester dans le réel. Les rares tentatives d’effets spéciaux tombent à plat, renforçant cette impression de bricolage narratif.

Sorti le 15 janvier 2025 au cinéma

 

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