Critiques Séries : Doctor Who (2023). Saison 2. Episode 5.

Critiques Séries : Doctor Who (2023). Saison 2. Episode 5.

Doctor Who (2023) // Saison 2. Episode 5. The Story and the Engine.

 

Après une incursion dynamique du côté de UNIT et des mystères autour de Ruby, Doctor Who revient cette semaine avec un épisode à part, presque hors du temps : “The Story and the Engine”. Un épisode qui prend le parti d’un rythme plus lent, centré sur la narration, la mémoire et les liens humains, là où la série est souvent associée au chaos temporel et aux affrontements intergalactiques. Ce cinquième épisode de la saison marque un changement notable de ton. 

 

Plutôt que de courir à travers l’espace ou de défier des entités titanesques, le Docteur (incarné par Ncuti Gatwa) et sa compagne Belinda se retrouvent dans un simple salon de coiffure à Lagos, en 2019. Mais, comme souvent dans Doctor Who, les apparences sont trompeuses : ce lieu familier cache une mécanique bien plus vaste, et même un danger insoupçonné. Le choix d’un cadre unique – un salon de coiffure transformé en vaisseau – peut surprendre. On s’éloigne des décors grandioses des épisodes précédents pour se recentrer sur un espace clos, presque théâtral. Pourtant, ce huis clos fonctionne. 

Il permet aux personnages de prendre le temps de parler, de partager leurs histoires, de se dévoiler. On découvre Omo, le propriétaire des lieux, mais aussi une galerie de figures aux récits marqués par la culture nigériane et la mythologie locale. À travers ce cadre intimiste, l’épisode explore la manière dont les récits individuels forment un tissu commun, une mémoire collective. Ce n’est pas la première fois que Doctor Who s’intéresse à la puissance de la narration – on pense à des épisodes comme “Listen” ou “The Rings of Akhaten” – mais ici, cette thématique est abordée sous un angle résolument humain et culturel, bien ancré dans l’histoire d’un lieu réel.

 

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la manière dont l’épisode lie la narration à une nécessité presque physique : dans ce vaisseau-barbershop, les récits alimentent littéralement l’énergie. C’est un concept fort, presque métaphorique, qui pose une question fondamentale : que devient-on sans histoires à raconter ? Sans mémoire ? Sans passé transmis ? Le personnage du Barbier, interprété avec une intensité remarquable, cristallise cette tension. Figure ambiguë, il oscille entre gardien des traditions orales et manipulateur avide de reconnaissance. Il incarne un lien brisé avec le panthéon dont il provient, un fil coupé entre les dieux et les hommes. 

Loin des figures abstraites du Pantheon of Chaos vues plus tôt dans la saison, les divinités évoquées ici sont humaines, ancrées, parfois même fragiles. Un autre point qui mérite d’être salué, c’est la réalisation. Certaines séquences sont illustrées par des animations stylisées, mélangeant imagerie traditionnelle africaine et esthétique contemporaine. Ce choix artistique apporte une touche de magie discrète, renforçant l’ambiance entre le réel et le conte. On est à mi-chemin entre l’onirisme et la mémoire vivante. Ce n’est pas spectaculaire dans le sens hollywoodien du terme, mais cela fonctionne à merveille.

 

Ce travail de mise en scène contribue aussi à faire de cet épisode un objet à part. On sent que la série cherche, cette saison, à expérimenter davantage, à sortir des sentiers battus. Après un épisode musical inattendu et une plongée dans les multivers, “The Story and the Engine” est une nouvelle preuve de cette volonté de diversité narrative. L’épisode offre également un moment rare d’introspection pour le Docteur lui-même. Il est confronté non seulement à ses souvenirs, mais aussi à ses anciennes incarnations. Sans en faire trop, la série glisse un clin d'œil bienvenu à son propre passé, rappelant que le Docteur est lui aussi fait d’histoires. 

Des histoires qu’il porte, qu’il tait parfois, et qu’il est contraint ici de partager. Ncuti Gatwa livre une performance nuancée, jonglant entre humour, gravité et compassion. On sent son attachement au lieu, à Omo, et plus largement à cette communauté. Et c’est là que l’épisode trouve son cœur : dans cette idée que le Docteur, malgré son immortalité et ses capacités infinies, a besoin d’ancrage, de repères humains. “The Story and the Engine” n’est peut-être pas l’épisode le plus spectaculaire de cette saison, mais il en est sans doute l’un des plus touchants. Il propose une forme de pause, une respiration poétique au milieu d’une saison parfois frénétique. 

 

En s’appuyant sur la richesse culturelle nigériane, il donne de l’espace à des voix et des récits souvent absents de la science-fiction britannique. Et surtout, il rappelle que dans l’univers de Doctor Who, ce ne sont pas toujours les machines ou les monstres qui comptent le plus, mais bien les histoires que l’on choisit de raconter.

 

Note : 9/10. En bref, une pause poétique dans le tumulte cosmique bienvenue. Après l’épisode médiocre précédent, la série reprend ici des couleurs en s’appuyant sur la richesse culturelle nigériane. 

Disponible sur Disney+

 

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