14 Mai 2025
Partir un Jour // De Amélie Bonnin. Avec Juliette Armanet, Bastien Bouillon et François Rollin.
Premier long métrage d’Amélie Bonnin, Partir un jour semble cocher toutes les cases du petit film bobo typique : un retour en province forcé, des chansons pop françaises en guise de sous-texte émotionnel, et une héroïne parisienne en crise existentielle. Un film calibré pour séduire une certaine frange du public festivalier, friand de récits introspectifs et faussement profonds. Le scénario ? Cécile, cheffe étoilée parisienne, sur le point d’ouvrir son restaurant, retourne dans son village natal suite à l’infarctus de son père. Une trame mille fois vue, recyclée ici sans réelle surprise ni vigueur.
Alors que Cécile s’apprête à réaliser son rêve, ouvrir son propre restaurant gastronomique, elle doit rentrer dans le village de son enfance à la suite de l'infarctus de son père. Loin de l'agitation parisienne, elle recroise son amour de jeunesse. Ses souvenirs ressurgissent et ses certitudes vacillent…
On déroule : souvenirs d’enfance, ex retrouvé, dilemme de vie, mélancolie saisonnière. À peine les enjeux posés qu’on sent déjà la fin arriver, sans que le récit ne s’autorise jamais à vraiment déranger ou secouer. Le film s’appuie beaucoup – trop – sur un dispositif musical censé injecter de l’émotion : les acteurs chantent du Stromae, du Nougaro ou du Dalida, façon On connaît la chanson, mais sans l’ironie ou la richesse du film de Resnais. Ici, les chansons font office de rustine émotionnelle, comblant ce que les dialogues n’arrivent pas à dire.
Le procédé, d’abord charmant, devient vite mécanique et appuyé. Certains moments versent dans une forme de théâtre musical un peu gênant, qui tend à désincarner le film plus qu’il ne l’enrichit. Juliette Armanet, dont c’est le premier rôle principal au cinéma, compose une Cécile plutôt monolithique : mutique, en retrait, jamais vraiment incarnée. Son jeu intériorisé frôle souvent l’effacement. Bastien Bouillon, en éternel homme du terroir mélancolique, fait ce qu’il peut dans un rôle figé, presque muséifié. Quant à François Rollin, il incarne un père patriarche fatigué sans réel relief.
Au fond, les personnages masculins sont à peine plus que des supports à la trajectoire intérieure de l’héroïne : passifs, ternes, ou dépassés. C’est toute la limite de ce cinéma autocentré, où l’introspection personnelle tient lieu de récit. Le film prétend parler d’universel, mais semble en réalité n’intéresser que sa propre bulle. On y retrouve cette France de carte postale, fantasmée depuis Paris : une campagne douce, figée, où rien ne fait vraiment mal. Même la question du non-désir d’enfant, abordée brièvement, est traitée sans aspérité, comme pour ne froisser personne.
La mise en scène, elle, se veut discrète, voire effacée. Bonnin opte pour un style modeste, mais cette modestie confine à la mollesse. Les enjeux sont esquissés, les tensions aussitôt désamorcées, les conflits dilués dans une forme de langueur affectée. Le film cultive une esthétique de l’inabouti, du demi-rien, mais sans jamais en tirer de force. Il se contente de suggérer, d'effleurer, sans jamais oser vraiment affronter. On pourra dire que c’est un film “pudique”, mais on peut aussi y voir une incapacité à aller au bout de ses intentions.
L’émotion reste en surface, les scènes manquent d’intensité, et le récit, malgré sa sincérité apparente, semble constamment freiné par la peur de trop en faire. Le résultat : une œuvre qui refuse de trancher, d’assumer pleinement un point de vue, et qui finit par rester en terrain connu – et bien trop confortable. Alors oui, il y a des airs qu’on fredonne en sortant. Mais on les fredonne plus par réflexe que par émotion.
Note : 4.5/10. En bref, un film qui manque de peps et qui s’enferme dans une vision parisienne de la province.
Sorti le 14 mai 2025 au cinéma - Le film fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2025. Hors compétition, il est le film d’ouverture du festival.
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog