6 Mai 2025
Thunderbolts* // De Jake Schreier. Avec Florence Pugh, Sebastian Stan, Julia Louis-Dreyfus et Lewis Pullman.
L'univers Marvel a souvent pris l’habitude de miser sur l’explosion, l’ironie et la saturation narrative. Ces dernières années, il semblait perdre un peu le fil, empilant les projets avec des ambitions variables et des résultats inégaux. Alors, voir un film comme Thunderbolts, qui prend le temps de respirer et de poser des personnages en rupture, offre une bouffée d'air — imparfaite mais sincère. Il serait facile de le ranger dans la catégorie des tentatives pour relancer une machine en perte de vitesse. Ce serait réducteur. Thunderbolts propose autre chose : une sorte de transition plus intime, presque modeste, vers une nouvelle phase du MCU.
Marvel Studios rassemble une équipe de anti-héros peu conventionnelle : Yelena Belova, Bucky Barnes, Red Guardian, Le Fantôme, Taskmaster et John Walker. Tombés dans un piège redoutable tendu par Valentina Allegra de Fontaine, ces laissés pour compte complètement désabusés doivent participer à une mission à haut risque qui les forcera à se confronter aux recoins les plus sombres de leur passé. Ce groupe dysfonctionnel se déchirera-t-il ou trouvera-t-il sa rédemption en s’unissant avant qu’il ne soit trop tard ?
Moins clinquant, moins frénétique, plus focalisé sur l’humain, ou du moins sur ses parts d’ombre. Le film commence sans fioritures, et c’est sans doute l’un de ses atouts : il ne traîne pas pour installer les bases. Le spectateur est rapidement plongé dans le quotidien d’une équipe hétéroclite composée d’anciens ennemis, de marginaux et de figures secondaires croisées dans d’autres productions Marvel. Ce ne sont pas des héros. Ce ne sont même pas des anti-héros au sens cool du terme. Ce sont des personnages cassés, avec des blessures visibles et d'autres plus enfouies.
Il n’est pas question ici d’une mission épique pour sauver le monde, mais plutôt d’un effort collectif pour faire sens ensemble. Le propos est clair : ces gens-là ne sont pas là pour briller, ils sont là parce que personne d’autre ne veut d’eux. Et dans cette situation, quelque chose d’attachant émerge. L’un des choix marquants du film, c’est d’oser aborder des thématiques comme la santé mentale, la culpabilité ou encore le vide identitaire. Sans sombrer dans le pathos, le film explore des sentiments rarement mis en avant dans le MCU. Ce n’est pas un drame psychologique, bien sûr, mais il existe une volonté nette de donner du poids à ces trajectoires.
Un personnage en particulier, Sentry, incarne à lui seul cette tension entre toute-puissance et fragilité. Son arc narratif, articulé autour de son double maléfique, le Void, offre une lecture quasi philosophique. Le film n’appuie pas trop cette réflexion, mais il la laisse apparaître, ce qui suffit à susciter l’intérêt. L’allusion à Kierkegaard en début de métrage donne le ton : Thunderbolts n’est pas un film où l’on attend les punchlines avec impatience, mais plutôt une œuvre qui tente de faire coexister action et introspection. Dans le foisonnement des productions Marvel, beaucoup de personnages passent sans qu’on ait le temps de vraiment s’y attacher. Ici, c’est l’inverse.
Chaque membre de l’équipe est développé, parfois brièvement, mais toujours avec un certain respect pour son parcours. Florence Pugh, dans le rôle de Yelena, confirme sa solidité d’interprétation. Elle insuffle à son personnage une complexité qui va bien au-delà de l’humour froid qu’on lui connaissait. Elle semble enfin porter un récit à la hauteur de son talent. David Harbour reprend son personnage avec plaisir, apportant une touche d’absurde qui, bien que parfois maladroite, finit par faire mouche. Sebastian Stan offre quant à lui une prestation plus sobre mais efficace, loin des cabotinages habituels.
La surprise vient peut-être de Lewis Pullman, dont l’interprétation du personnage de Sentry marque par sa retenue et son intensité. Il évite les écueils de la démesure super-héroïque pour incarner quelque chose de plus vulnérable. Ce contraste avec ses capacités surhumaines rend ses scènes particulièrement marquantes. Jake Schreier, à la réalisation, ne cherche pas à en faire trop. Sa mise en scène reste lisible, parfois presque minimaliste. Les scènes d’action sont bien dosées, ni trop longues, ni trop complexes. Cela change agréablement de l’enchaînement épuisant de batailles surchargées que l’on a pu voir ailleurs. Les effets visuels sont propres, sans trop chercher à impressionner.
On note un usage appréciable d’effets pratiques, notamment dans les décors et les cascades. Cela donne un ancrage plus réaliste au film, qui colle bien à son atmosphère. Quant à la photographie, elle suit une logique sobre mais cohérente, jouant sur les ombres et les contrastes sans tomber dans l’esthétisme gratuit. Cela permet de rester concentré sur les personnages, là où le film souhaite clairement placer l’attention. La bande-son signée Son Lux s’inscrit dans la continuité de celle de Black Widow. Elle épouse bien les tonalités contrastées du film, entre tension sourde et envolées plus lyriques. Elle ne cherche pas à voler la vedette à l’action, mais agit plutôt comme un fil conducteur émotionnel.
C’est un accompagnement subtil mais efficace, qui contribue à l’ambiance générale sans chercher à s’imposer. Bien sûr, Thunderbolts n’échappe pas à certaines faiblesses. Le scénario reste parfois prévisible. Certaines lignes de dialogue frôlent la caricature, notamment du côté des antagonistes, comme la figure de Valentina de Fontaine, dont le rôle reste flou et un peu trop caricatural. De plus, certaines thématiques sont évoquées sans être véritablement approfondies. Le film effleure le pardon, la responsabilité individuelle ou encore la zone grise de la morale, sans toujours aller au bout.
Il y avait matière à creuser davantage, mais le format et le cahier des charges Marvel imposent certaines limites. Thunderbolts ne révolutionne pas le genre, mais il tente quelque chose. Il change le rythme, explore d’autres chemins narratifs, et donne de la place à des personnages souvent relégués à l’arrière-plan. Ce n’est pas un film qui claque, c’est un film qui cherche, qui expérimente, qui écoute. Et ça, dans un univers où tout semble parfois calibré jusqu’à l’épuisement, c’est déjà beaucoup.
Note : 7/10. En bref, Thunderbolts ne révolutionne pas le genre, mais il tente quelque chose. Il change le rythme, explore d’autres chemins narratifs, et donne de la place à des personnages souvent relégués à l’arrière-plan. Ce n’est pas un film qui claque mais qui fonctionne.
Sorti le 30 avril 2025 au cinéma
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