23 Mai 2025
La Venue de l’avenir // De Cédric Klapisch. Avec Suzanne Lindon, Abraham Wapler et Vincent Macaigne.
Cédric Klapisch revient sur les écrans avec La Venue de l’avenir, un film à cheval entre les époques, entre la frénésie parisienne contemporaine et les volutes romantiques de la fin du XIXe siècle. Fidèle à son obsession pour les liens familiaux et les retrouvailles inattendues, le réalisateur propose ici un récit à plusieurs couches, où l’arbre généalogique se fait fil conducteur et la mémoire familiale matière à fiction. Le point de départ est simple mais prometteur : un héritage à partager, une vieille maison normande à vendre, et une parenté éclatée qui se voit réunie, plus par obligation que par envie.
Aujourd’hui, en 2025, une trentaine de personnes issues d’une même famille apprennent qu’ils vont recevoir en héritage une maison abandonnée depuis des années. Quatre d'entre eux, Seb, Abdel, Céline et Guy sont chargés d’en faire l'état des lieux. Ces lointains "cousins" vont alors découvrir des trésors cachés dans cette vieille maison. Ils vont se retrouver sur les traces d'une mystérieuse Adèle qui a quitté sa Normandie natale, à 20 ans. Cette Adèle se retrouve à Paris en 1895, au moment où cette ville est en pleine révolution industrielle et culturelle. Pour les quatre cousins, ce voyage introspectif dans leur généalogie va leur faire découvrir ce moment si particulier de la fin du XIXe siècle où la photographie s'inventait et l’impressionnisme naissait. Ce face à face entre les deux époques 2025 et 1895 remettra en question leur présent et leurs idéaux et racontera le sens de : La venue de l’avenir.
Derrière cette situation en apparence banale, se cache une surprise d’envergure : les protagonistes descendraient, rien de moins, que de Claude Monet lui-même. Ce prétexte ouvre alors un pont vers le passé, permettant au récit de basculer librement entre 2025 et 1895. L’idée d’alterner entre deux époques n’est pas nouvelle chez Klapisch, et ici encore, elle révèle à la fois sa force visuelle et ses limites narratives. Grâce à une direction artistique soignée – décors d’époque, costumes élégants, reconstitutions minutieuses des rues parisiennes d’autrefois – les transitions entre passé et présent se font avec une certaine fluidité. L
a photographie capte les nuances d’une Belle Époque presque figée dans l’iconographie muséale, contrastant avec un Paris actuel plus nerveux, plus dispersé. Mais si la forme intrigue, le fond, lui, se fait parfois hésitant. Le film semble tiraillé entre une ambition romanesque – convoquer la mémoire de Monet, évoquer les transmissions intergénérationnelles – et une légèreté attendue autour d’une cousinade qui aurait pu devenir une comédie chorale plus assumée. Le résultat donne un objet hybride, qui flirte avec plusieurs genres sans vraiment s’engager pleinement dans aucun.
Cédric Klapisch réunit ici un casting fourni, presque trop. Vincent Macaigne tire son épingle du jeu avec son ton singulier et son personnage à la dérive, mi-cynique mi-poète. Il incarne ce désenchantement typique de nombreux rôles masculins dans le cinéma de Klapisch, celui d’un homme qui ne sait plus très bien où se situer, ni dans sa famille, ni dans son époque. À ses côtés, Julie Piaton compose un rôle discret mais touchant, même si leur dynamique commune laisse un arrière-goût étrange à mesure que le film suggère une proximité romantique pas totalement assumée.
Cécile de France, quant à elle, apporte un peu de légèreté dans la peau d’une historienne de l’art dont l’excentricité peine à trouver sa place dans l’ensemble. La vraie surprise vient peut-être d’Abraham Wapler, qui donne au film un peu de fraîcheur dans un rôle sans trop de prétention mais toujours juste. À l’inverse, Suzanne Lindon, censée porter la dimension historique du récit à travers son personnage du passé, peine à convaincre. Son jeu, trop contenu, n’arrive pas à faire vibrer cette figure pourtant centrale dans l’articulation du récit. Ce qui saute aux yeux, c’est l’attention portée à la mise en scène. Klapisch travaille ses plans, ses lumières, ses mouvements de caméra.
Certaines séquences – notamment une scène de trip sous plante hallucinogène – viennent rompre avec le classicisme ambiant, et rappellent que le cinéaste n’a pas perdu la main lorsqu’il s’agit d’injecter un peu de folie dans un univers trop cadré. Pourtant, malgré ces éclats visuels, le film peine à captiver pleinement. Il s’installe dans une sorte de contemplation, volontairement distanciée, qui finit par rendre l’ensemble un peu froid. Le rapport à l’art, pourtant au cœur de l’intrigue, reste traité de manière assez scolaire. L’impressionnisme y est évoqué, certes, mais sans réelle passion. Le spectateur observe plutôt qu’il ne ressent.
Le thème central, celui de la mémoire et des liens familiaux, n’est pas nouveau chez Klapisch. Il le traite avec une certaine tendresse, mais sans la fougue qui faisait le sel de ses films plus anciens. La réunion familiale devient ici le prétexte à des scènes de dialogues étirés, parfois maladroits, où chacun semble jouer une partition trop bien écrite. Il y a bien quelques moments de vérité – une conversation impromptue au détour d’un couloir, une complicité retrouvée autour d’un tableau – mais ces instants sont rares, noyés dans un flux narratif trop maîtrisé. La cousinade qui aurait pu être une comédie humaine pleine de tension, d’absurde et de tendresse, reste en surface.
La dynamique entre les personnages est là, mais ne s’enflamme jamais vraiment. En définitive, La Venue de l’avenir n’est pas un mauvais film. Il se regarde sans ennui, porté par quelques éclats d’humour, des idées de mise en scène intéressantes, et une direction artistique soignée. Mais il manque cette étincelle qui aurait permis de transformer cette fresque familiale en expérience cinématographique marquante. Le film semble parfois prisonnier de ses propres ambitions. En tentant de raconter le passé, le présent, l’héritage artistique et les émotions familiales, il finit par diluer chacun de ces éléments. C’est un film qui parle de transmission, mais dont le message reste flou.
Qui évoque l’art, sans en faire un véritable moteur dramatique. Qui rassemble des personnages, sans qu’ils ne deviennent inoubliables. Cédric Klapisch a prouvé, au fil de sa filmographie, qu’il savait capter les élans du collectif, la fougue des générations, l’énergie des rencontres. Ici, cette énergie semble bridée, comme figée dans un tableau trop bien cadré. Peut-être est-ce là un choix assumé, en écho au regard distant du personnage principal. Peut-être aussi est-ce le signe d’un film qui cherche encore son propre rythme, à l’image de cette parenté réunie trop tard.
La Venue de l’avenir est un film qui a tout pour séduire sur le papier : une idée originale, un casting solide, un cadre esthétique inspiré. Mais il lui manque quelque chose d’essentiel : un souffle, une urgence, un désordre capable de faire vibrer. Il laisse une impression étrange, celle d’un film à moitié ouvert, dont les portes se referment avant qu’on ait pu réellement y entrer. Un beau tableau, peut-être, mais sous verre.
Note : 4/10. En bref, malgré les idées de mise en scène et quelques éléments de casting intéressants, La Venue de l’avenir m’a laissé de marbre jusqu’à m’ennuyer par moment. Et pourtant, Dieu sait que j'aime le cinéma de Cédric Klapisch.
Sorti le 22 mai 2025 au cinéma
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