14 Mai 2025
The Studio // Saison 1. Episode 9. CinemaCon.
Avec The Studio, il est difficile de savoir si l'on observe une satire du système ou un miroir qui reflète son absurdité avec un peu trop de tendresse. Après huit épisodes oscillant entre moments de lucidité cynique et bouffées d’autodérision plus ou moins maîtrisées, l’épisode 9 marque un tournant. Pas forcément le plus réussi, mais clairement le plus délirant. L’action quitte les studios pour s’installer à Las Vegas, à l’occasion de CinemaCon, et ce changement de décor s’accompagne d’un glissement complet vers le chaos. L’idée de placer l’action au cœur de CinemaCon a du sens.
Ce salon annuel, souvent méconnu du grand public, regroupe les exploitants de salles et les studios qui viennent leur vendre du rêve avec des extraits de leurs futures productions. C’est le rendez-vous de l’optimisme commercial, du bluff artistique et de la mise en scène des ambitions. Dans The Studio, c’est aussi le moment où tout est censé se jouer pour Matt Remick et son équipe. Dès les premières scènes, l’épisode laisse entrevoir les enjeux : une présentation fastueuse est prévue pour séduire les partenaires et les convaincre de ne pas vendre Continental à un géant de la tech. En toile de fond, la menace de l’absorption par Amazon.
« Amazon? They just bought MGM. Isn’t that enough for these motherfuckers? »
« No, they’re vampires »
La ligne de front est claire : d’un côté, ceux qui croient encore à l’artisanat du cinéma en salle ; de l’autre, les algorithmes et les données. Ce qui transparaît très vite dans cet épisode, c’est que Matt Remick n’est pas fait pour ce genre de confrontation. Il ne veut pas seulement réussir sa présentation, il veut être aimé. L’admiration de ses pairs, l’image du type cool qui reste accessible, qui fait rire, qui sait faire la fête, voilà ce qu’il cherche — quitte à sacrifier tout le reste. Ce trait de caractère avait déjà été exposé dans l’épisode précédent avec la quête désespérée d’un remerciement de la part de Zoë Kravitz aux Golden Globes. Cette obsession du regard des autres, de la validation, est ici poussée à l’extrême.
L’épisode devient alors une sorte d’étude de cas sur l’impossibilité d’être à la fois respecté et adoré dans un milieu qui récompense l’apparence autant que les résultats. La soirée organisée dans une suite luxueuse de l’hôtel Venetian est l’exemple parfait de ce besoin maladif de reconnaissance. Matt décide, contre toute logique professionnelle, de maintenir une fête la veille d’une présentation capitale. Non content de cela, il y ajoute une touche de transgression en incorporant des champignons hallucinogènes dans le buffet. Mauvais calcul : le dosage est catastrophiquement erroné. Ce qui suit tient plus du vaudeville psychédélique que de la comédie satirique. Les personnages perdent pied, au sens propre comme figuré.
Entre Zoë Kravitz qui vomit dans son sac à main et Bryan Cranston errant dans le casino avec une langouste en main et des gadgets lumineux sur la tête, l’épisode flirte avec l’absurde. Il faut bien l’admettre : certains moments arrachent un rire franc. Dave Franco, notamment, apporte un souffle comique grâce à son personnage toujours à la limite de l’inconscient. Mais cette déferlante de situations grotesques laisse peu de place à la nuance. Là où The Studio brillait parfois par sa capacité à rendre ses personnages pathétiques et attachants à la fois, l’épisode 9 se contente d’une escalade continue de délires, jusqu’à l’épuisement.
Ce n’est pas tant que l’épisode est mauvais — il remplit largement sa fonction de divertissement — mais il semble avoir perdu le fil conducteur qui donnait du poids aux précédents chapitres : une critique du milieu hollywoodien à travers le prisme des insécurités de ceux qui le fabriquent. Plus encore que les drogues ou la pression professionnelle, ce qui sabote la progression de Matt Remick dans l’épisode, c’est son besoin de paraître cool. Refuser d’annuler une fête pour éviter de passer pour le rabat-joie de service, c’est le symptôme d’un mal plus profond. Depuis le premier épisode, Matt veut tout : la reconnaissance artistique, la réussite commerciale, l’amitié sincère de ses collaborateurs… et l’admiration du public.
Ce tiraillement devient une impasse dans cet épisode. À force de vouloir incarner tous les rôles, il échoue à tous les jouer correctement. Il n’y a pas de place dans ce monde pour les producteurs qui veulent à la fois plaire à tout le monde et garder le contrôle. C’est peut-être ça, le message le plus amer de The Studio. Dans cet épisode, la catastrophe est progressive. Ce qui commence comme une erreur de dosage devient un engrenage incontrôlable. Zoë Kravitz qui arrive en pleine montée, Griffin Mill qui disparaît dans les allées du casino, les fuites vers la presse orchestrées par Patty : tout s’enchaîne avec une logique presque mécanique. On finit par se demander si Matt peut encore se relever après un tel naufrage.
Mais malgré la spirale, ce qui frappe, c’est l’absence de réelle remise en question de sa part. À l’instar des épisodes précédents, la série continue de montrer un personnage qui s’accroche à des illusions, quitte à saborder tout ce qu’il a construit. Cela aurait pu être touchant, si l’épisode avait pris le temps de ralentir. Au lieu de cela, la vitesse l’emporte sur la réflexion. Ce neuvième épisode fonctionne davantage comme une caricature que comme une satire. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas de valeur, mais il s’éloigne des points forts de la série, qui jusqu’ici parvenait à injecter une forme de mélancolie dans ses critiques.
Là, le message semble étouffé par le bruit. Il y a bien quelques piques lancées contre le système — la menace de rachat par Amazon, le vide des événements professionnels — mais elles sont noyées dans le délire ambiant. Ce contraste avec l’épisode précédent, centré sur les Golden Globes, est d’autant plus saisissant. Dans ce dernier, l’obsession de Matt pour son image était traitée avec un équilibre entre comédie et malaise. Ici, le curseur est bloqué sur le comique de situation, au point d’en oublier la dimension humaine. Si cet épisode peut sembler être un faux pas dans la construction de la série, il remplit malgré tout une fonction narrative importante.
Il sert de détonateur pour la fin de saison, expose au grand jour les failles de Matt, et pousse chaque personnage à ses limites. Il rappelle aussi que le monde de The Studio n’est pas celui des vainqueurs, mais celui des imposteurs en quête de légitimité. Il reste à espérer que la deuxième partie du final saura réintroduire un peu de profondeur, car la série a montré qu’elle en était capable. En attendant, cet épisode de Vegas, s’il n’est pas le plus subtil, aura au moins eu le mérite de pousser l’expérience jusqu’à ses extrêmes — quitte à en perdre une part de sa singularité.
Note : 6/10. En bref, cet épisode perd un peu de la superbe de la série en partant à Las Vegas mais l’ensemble a tout de même de jolis moments à offrir.
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