Critiques Séries : The Studio. Saison 1. Episode 10 (season finale)

Critiques Séries : The Studio. Saison 1. Episode 10 (season finale)

The Studio // Saison 1. Episode 10. The Presentation.

SEASON FINALE

 

Difficile d’aborder la fin de saison de The Studio sans un léger goût de frustration. Le dernier épisode, censé clore une première saison marquée par ses pics d’absurdité maîtrisée et de satire bien sentie, opte pour une orientation plus burlesque que percutante. Le ton déraille, les personnages s’emballent, et l’essence même de ce qui faisait le cœur du projet semble parfois se diluer dans un festival de débordements. Cela dit, au milieu de ce vacarme, l’épisode parvient encore à faire émerger quelques instants de sincérité et de lucidité sur l’industrie qu’il cherche à ausculter. Il serait simpliste de dire que The Studio se termine en roue libre, mais il est évident que le parti pris de cette conclusion s’éloigne des ambitions initiales. 

 

L'épisode 10 prolonge le chaos entamé à Vegas dans l'épisode précédent, mais sans jamais vraiment retrouver la maîtrise rythmique ou la justesse d'observation sociale qui caractérisait certains moments plus sobres de la saison. Au lieu de recentrer son propos, la série pousse encore plus loin l’excès, comme si la frénésie était une fin en soi. L’ouverture donne tout de suite le ton : Griffin Mill défoncé dans une séquence assez folle qui pourrait sortir d’un des volets de Very Bad Trip. Une scène qui, sur le papier, coche toutes les cases d’un humour outrancier, mais qui dans le contexte vient surtout confirmer une tendance : celle d’un final qui semble avoir choisi l’hystérie comme ligne directrice.

 

Tout au long de la saison, The Studio a joué sur plusieurs tableaux : critique acerbe du monde hollywoodien, comédie de bureau déglinguée, portrait d’un homme coincé entre son désir de plaire et son besoin de réussir. En choisissant de conclure sur un épisode qui met l’accent sur la folie ambiante d’un événement comme CinemaCon, la série abandonne presque totalement son volet analytique. Ce qui aurait pu être une charge finale contre les travers de l’industrie devient un théâtre de pantins ivres, entre scène absurde et rire nerveux. La dérive est d’autant plus marquante que la série avait su par moments capturer des vérités sur le système hollywoodien avec une certaine finesse. 

 

Que ce soit à travers les désillusions de Matt Remick, la précarité déguisée en glamour des festivals, ou les luttes d’ego autour des projets en développement, la série n’a jamais été plus pertinente que lorsqu’elle s’autorisait un brin de sérieux sous sa couche de farce. Ce dernier épisode semble oublier cet équilibre. Le personnage de Matt Remick reste, malgré les faiblesses du scénario, un des rares points d’ancrage narratifs solides. Depuis le début, il cristallise l’ambiguïté fondamentale de l’industrie : ce besoin d’être aimé par tous, tout en gardant la main sur le pouvoir créatif et financier. Ce n’est pas un homme de compromis, mais un homme d’impulsions, capable de mettre en péril un projet entier pour préserver son image de type “cool”.

 

Dans cet épisode final, cette dynamique est poussée à son paroxysme. Le choix absurde de faire monter sur scène un acteur manifestement hors d’état de nuire au lieu de s’adapter à la situation en dit long sur la priorité donnée à l’image plutôt qu’à l’efficacité. Il ne s’agit plus de sauver un film ou un studio, mais de sauver la face, coûte que coûte. Cette obstination pathétique donne à Matt une dimension presque tragique, malgré l’humour constant. L’un des problèmes majeurs de cet épisode vient aussi de la gestion des personnages secondaires. Là où certains épisodes précédents avaient su utiliser la dynamique collective du groupe pour nourrir l’intrigue, ici, les figures s’entrechoquent sans réelle cohérence. 

 

Zoë Kravitz, littéralement perchée sur une table de nuit, incapable de descendre ; Dave Franco, tabassé par des joueurs de poker mécontents ; Griffin Mill en chute libre physique et mentale… Cela fait beaucoup de désordre pour peu de substance. Cette cacophonie donne parfois l’impression d’un empilement de sketchs, sans ligne directrice claire. Même les rares moments plus posés, comme la tentative d’émotion de Matt en fin de présentation, peinent à contrebalancer l’ensemble. Cela devient difficile de savoir ce que la série cherche vraiment à dire dans ce final : est-ce une critique ? Une ode ? Un clin d'œil méta ? Tout à la fois ? Rien de tout ça ? Ce flou artistique dessert la portée du propos.

 

Malgré tout, un regain d’intérêt survient dans les dernières minutes avec la séquence de présentation sur scène. Il y a dans cette mise en scène collective, aussi déjantée soit-elle, un rappel de ce que The Studio sait parfois très bien faire : utiliser le chaos comme révélateur de vérités humaines. La performance improvisée des personnages pour sauver les apparences en dit finalement beaucoup plus que leurs dialogues. La panique devient moteur de créativité, et l’absurde touche brièvement à une forme de poésie dérangée. La chute de Griffin depuis le plafond, suspendu dans un harnais façon "Kool-Aid Man", résume parfaitement ce final : too much, mais quelque part révélateur d’une industrie qui, elle aussi, fonctionne parfois dans l’excès, l’inattendu et l’improvisation permanente. 

 

Ce moment absurde devient involontairement métaphorique : Hollywood s’écrase régulièrement sur scène, mais trouve toujours un moyen de faire croire que c’était prévu.  La première saison de The Studio s’achève sur un constat mitigé. Malgré des qualités indéniables, la série semble parfois tiraillée entre son désir de faire rire et celui de critiquer. L’équilibre est instable, et certains épisodes montrent à quel point il est difficile de jongler entre satire mordante et comédie délirante. La deuxième saison, déjà annoncée, aura l’opportunité de réajuster le tir. Le potentiel est là, surtout si l’écriture se recentre sur les enjeux réels de l’industrie, les contradictions humaines de ses personnages, et les mécaniques absurdes mais bien réelles de la production cinématographique contemporaine. 

 

Moins de champignons hallucinogènes, plus de réflexion ? C’est une option. Sur l’ensemble de sa première saison, The Studio aura réussi à capter quelque chose d’essentiel sur Hollywood : son instabilité chronique, son goût pour l’auto-destruction créative, son incapacité à prendre du recul tout en prétendant être lucide. Ce n’est pas une série sur le cinéma, mais sur ceux qui essaient, tant bien que mal, de continuer à y croire dans un environnement hostile. Il y a eu des épisodes bien plus réussis, notamment ceux centrés sur les Golden Globes ou les négociations internes de Continental. D’autres ont moins convaincu, comme celui de Vegas, qui pousse trop loin le curseur de la folie sans jamais vraiment construire une montée dramatique.

 

Mais l’ensemble reste cohérent dans sa volonté de représenter un monde qui court toujours après sa propre image. The Studio n’a pas offert le final espéré. L’humour l’emporte trop souvent sur la satire, la forme sur le fond, et l’agitation sur le sens. Cela n’enlève rien à l’intérêt global de la série, mais cela interroge sur sa capacité à maintenir une ligne claire. Si la saison 2 veut convaincre durablement, elle devra affiner son regard sur le milieu qu’elle tente de décrypter. Car derrière les paillettes et les bad trips, il y a une vraie matière à réflexion. Reste à savoir si les créateurs choisiront de creuser ou de rester en surface.

 

Note : 6/10. En bref, une fin hystérique qui aurait mérité à redescendre un peu. 

Disponible sur Apple TV+

Apple a renouvelé The Studio pour une saison 2.

 

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