Critiques Séries : Will Trent. Saison 3. Episode 17.

Critiques Séries : Will Trent. Saison 3. Episode 17.

Will Trent // Saison 3. Episode 17. Why Hello, Sheriff.

 

Depuis quelque temps, Will Trent s’impose comme une série policière qui va bien au-delà de son genre. Ce n’est pas simplement l’enquête de la semaine qui m’intéresse, mais la manière dont chaque épisode s’inscrit dans une trajectoire émotionnelle, humaine, et souvent très intime pour ses personnages. Avec l’épisode 17 de cette saison 3, intitulé “Why Hello, Sheriff”, la série montre une nouvelle fois qu’elle sait jouer sur plusieurs tableaux, parfois avec subtilité, parfois avec maladresse. Dès les premières minutes, l’intrigue semblait taillée pour clore la saison en deux temps. 

 

Une enquête en apparence classique – un meurtre dans un comté reculé – qui se transforme rapidement en affaire bien plus lourde, aux implications terroristes. Ce genre de virage scénaristique, la série y a déjà recours à l’occasion, mais ici, j’ai trouvé l’exécution plus brutale que d’habitude. La tension monte rapidement, presque trop vite, au risque de noyer certaines émotions ou nuances. Ce que j’ai trouvé intéressant, cependant, c’est l’écho que cette enquête trouve dans la vie personnelle des enquêteurs, notamment Will. Ce parallèle est une signature de la série : lier l’intime au professionnel. 

Mais contrairement à l’épisode 16, qui m’avait profondément touché par sa sincérité et son traitement de la douleur mentale, celui-ci m’a parfois semblé moins équilibré dans la gestion de ces deux registres. La révélation autour de la paternité de Will m’a laissé perplexe. Cela fait plusieurs fois que la série joue avec cette idée, et à force, cela finit par affaiblir l’impact émotionnel de telles révélations. Il y a une forme de lassitude à voir ce personnage, déjà écorché, devoir à nouveau réajuster son identité à la lumière d’un passé qu’il n’a jamais demandé à creuser. Cela dit, l’introduction du shérif Caleb apporte une dynamique inattendue. L’homme semble sincère dans sa volonté de créer un lien, mais Will, fidèle à lui-même, reste méfiant. 

 

Et à raison : les blessures de l’enfance, surtout après un parcours en foyer, ne disparaissent pas avec un test ADN. Ce rejet de la paternité biologique m’a semblé très juste. Il ne s’agit pas de refuser une histoire, mais de refuser qu’elle s’impose comme une vérité salvatrice. Ce conflit intérieur rappelle les dilemmes de l’épisode précédent, où Will se demandait s’il méritait d’être heureux. Cette fois, la question est différente mais tout aussi intime : a-t-il encore de la place pour une famille, même si elle est “légitime” ? Là encore, Will Trent réussit à interroger des thématiques profondes sous couvert de polar. Le basculement de l’intrigue vers une menace biologique m’a d’abord semblé un peu forcé. 

Pourtant, en y repensant, il y a quelque chose de très pertinent dans cette montée en puissance. Le fait que la menace vienne de l’intérieur, qu’un père pousse son propre fils à commettre des actes irréparables pour se montrer “digne”, résonne étrangement avec l’histoire de Will et de Caleb. Deux figures paternelles, deux résultats radicalement opposés. Dans cette logique, la série réussit une forme de mise en miroir troublante : d’un côté, un fils qui tente de survivre malgré un père défaillant ; de l’autre, un fils sacrifié pour satisfaire les idéaux délirants de son géniteur. Ce parallèle donne du sens à une intrigue qui, sans cela, aurait pu paraître un peu trop sensationnaliste.

 

J’ai particulièrement apprécié le temps accordé à Ormewood dans cet épisode. Lui aussi, comme Will dans l’épisode précédent, se retrouve face à sa propre mortalité. Son diagnostic de tumeur cérébrale devient de plus en plus concret, et l’arrivée de Nico et de Betty dans son quotidien offre un contrepoids touchant à sa solitude grandissante. Leur intervention à l’hôpital, pour venir en aide à un vétéran, bascule rapidement dans une situation critique. L’émotion était palpable, et même si la mise en scène était assez classique, j’ai ressenti une vraie inquiétude. Ormewood mérite mieux que de disparaître ainsi, surtout après un début de saison assez effacé.

Ce moment m’a également rappelé l’importance des “second rôles” dans cette série. Nico, souvent en arrière-plan, se révèle ici essentiel, et ça m’a fait plaisir de le voir mis en avant. L’autre grande surprise de cet épisode, c’est la grossesse d’Angie. La série a toujours été assez pudique dans sa manière d’évoquer les traumatismes passés de ce personnage, et cette nouvelle vient tout bouleverser. Ce n’est pas tant la surprise du test qui m’a marqué, mais la réaction d’Angie : ce mélange de peur, de rejet, mais aussi de questionnement silencieux. Elle n’a jamais eu l’occasion de se projeter dans l’avenir autrement qu’en mode survie. Imaginer devenir mère, avec ce passé, cette douleur, c’est presque impensable pour elle. 

 

Et pourtant, la série pose la question sans imposer de réponse. Va-t-elle garder l’enfant ? Va-t-elle en parler à Seth ? À Will ? Ce genre de suspense, intimement lié à la psychologie des personnages, me semble bien plus fort que n’importe quel cliffhanger. Ce que j’ai aussi apprécié, c’est la relation entre Angie et Faith dans cet épisode. Trop souvent, les séries policières isolent les personnages féminins dans leurs arcs respectifs. Ici, voir Faith comprendre sans qu’Angie n’ait besoin de parler, et lui apporter un soutien discret mais sincère, ajoute de la profondeur au récit. Faith, qui a élevé seule son enfant, apporte une voix différente mais complémentaire. Ce type de sororité réaliste est trop rare à la télévision.

Comme souvent dans Will Trent, les épisodes avant le final de saison ne concluent rien. Ils plantent des graines, parfois plusieurs à la fois, et laissent le spectateur dans un entre-deux inconfortable. Cet épisode ne fait pas exception. Entre le danger biologique, les dilemmes personnels, et les conflits familiaux, la table est mise pour une fin de saison riche. Je reste cependant prudent. L’épisode 16 m’avait touché par sa sensibilité, là où ce 17ème chapitre cherche davantage à choquer. 

 

Ce n’est pas un reproche, mais une observation : la série sait jouer sur différents registres, encore faut-il que le final équilibre ces tonalités. Ce 17ème épisode de la saison 3 de Will Trent m’a laissé à la fois curieux et inquiet. Curieux de voir comment toutes ces pistes vont s’entremêler dans la conclusion de la saison. Inquiet de la place que prendra l’action au détriment de l’émotion. Ce que j’apprécie dans cette série, ce n’est pas uniquement son intrigue, mais sa capacité à explorer des blessures humaines sous des angles inattendus. 

 

Si l’épisode précédent m’a touché par son traitement délicat de la douleur et du besoin de rédemption, celui-ci m’a davantage bousculé. Et c’est sans doute ce qui fait la force de Will Trent : la capacité à alterner les tempos, sans jamais perdre de vue ce qui compte vraiment – ses personnages. Souhaitons que le final tienne la promesse esquissée ici, sans se perdre dans le spectaculaire. Après tout, la plus grande des enquêtes reste celle que ces héros mènent en eux-mêmes.

 

Note : 6/10. En bref, ce 17ème épisode de la saison 3 de Will Trent m’a laissé à la fois curieux et inquiet. Curieux de voir comment toutes ces pistes vont s’entremêler dans la conclusion de la saison. Inquiet de la place que prendra l’action au détriment de l’émotion. 

Prochainement sur TF1 et TF1+

 

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