Festival de Cannes 2025 : Cérémonie d'ouverture, Mylène, De Niro et un film d'ouverture... mou comme un mojito sans rhum

Festival de Cannes 2025 : Cérémonie d'ouverture, Mylène, De Niro et un film d'ouverture... mou comme un mojito sans rhum

Cannes, c’est ce moment de l’année où la France se rappelle qu’elle peut être le centre du monde. Du moins, celui du cinéma, des robes trop longues, et des discours très sérieux dits avec les yeux qui brillent.
Et cette année encore, la cérémonie d’ouverture a tenu son rôle : faire semblant d’être spontanée dans un cadre ultra-scripté, tout en jetant quelques grandes phrases dans les micros et une pluie d’applaudissements sur Robert De Niro, Juliette Binoche et un film d’ouverture qu’on va très vite oublier.

Laurent Lafitte, toujours là, toujours à mi-chemin entre insolence et service public

Maître de cérémonie pour la deuxième fois, Laurent Lafitte a déroulé son texte sans fausse note. Classe, précis, un poil moqueur, il a balancé quelques piques bien senties sur la situation du monde, du cinéma, et du festival lui-même.
Mais comme souvent à Cannes, on sent que les vannes sont passées par 12 relectures, un comité de validation et un coupe-coupe juridique. Résultat : ça fait sourire, mais ça ne fait pas de vagues. Et c’est exactement ce qu’on attendait de lui. Safe, propre, efficace.
On aurait aimé un peu plus de panache. Mais on est à Cannes, pas chez Ruquier.

 

Robert De Niro et DiCaprio : le moment qui sauve tout

Et puis, il y a eu Robert De Niro. 81 ans, toujours debout, toujours classe. Il est venu recevoir sa Palme d’or d’honneur, remise par Leonardo DiCaprio. Et là, Cannes a respiré un vrai moment de cinéma.
Le public s’est levé. Les yeux ont brillé. Et De Niro, fidèle à lui-même, a profité de la tribune pour balancer un discours politique : il a parlé de Trump (sans le nommer), de démocratie qui flanche, de cinéma comme miroir de notre époque.
Bref, une masterclass de présence, entre gravité et élégance.
C’est peut-être le seul moment où tout le monde était sincèrement ému.

Juliette Binoche : humaniste jusqu’au bout du souffle

Présidente du jury, Juliette Binoche est montée sur scène avec la grâce qu’on lui connaît… et un discours qui a clairement voulu marquer l’instant.
Elle a évoqué la guerre à Gaza, les otages israéliens, la photographe palestinienne Fatima Hassouna, et plus largement, le rôle du cinéma dans les zones d’ombre.
Un moment intense, engagé, qui vient rappeler ce que le cinéma peut faire de beau aussi en mettant en lumière des problèmes du monde. 

Mylène Farmer : un ange passe, et chante pour Lynch

Le moment le plus suspendu — et sans doute le plus sincère — de la cérémonie d’ouverture, c’était elle.
Mylène Farmer, apparition de velours noir, est venue chanter sur la scène du Palais pour rendre hommage à David Lynch, décédé au début de l’année 2025.

Oui, David Lynch. Le maître de l’étrange, l’architecte du rêve américain en décomposition, l’homme aux nappes sonores qui font frissonner même les fauteuils. Et pour saluer cette légende, Mylène a chanté, simplement, sans mise en scène excessive, sans feu d’artifice — juste sa voix, une lumière douce, et un silence presque religieux dans la salle. C’était beau. Vraiment.

Pas dans le sens “numéro de gala TF1”, mais dans ce moment de communion rare où tout s’arrête. Où Cannes lâche un peu son vernis pour laisser passer une vraie émotion. La voix de Mylène, fragile et éthérée, flottait dans l’air comme un générique de fin. Pas besoin d’en faire des tonnes : tout était là.

Cannes, à cet instant précis, avait du cœur. Et c’était bien.

Partir un jour... mais pas jusqu’au bout

Et puis le film d’ouverture est arrivé. Et là... c’est le drame. “Partir un jour”, réalisé par Amélie Bonnin, avec Juliette Armanet en actrice principale. Sur le papier : une cheffe parisienne retourne dans son village d’enfance après la mort de sa mère. Des retrouvailles, des silences, des regrets, une ambiance “douce France”. Sur l’écran : un film tiède, propre, un peu trop poli, sans vraie tension.

Juliette Armanet, qu’on adore en chanteuse, n’est pas ridicule. Mais elle n’a pas non plus de quoi réveiller une salle cannoise pleine de journalistes internationaux qui n’ont pas mangé depuis midi.
Certains l’ont trouvé “charmant”. D’autres ont regardé leur montre. Une ouverture sans prise de risque, à mille lieues du chaos magique de Annette ou de l’audace de Sans filtre. C’était bien ? Non. C’était honteux ? Non plus. Mais à Cannes, la pire chose qu’on puisse dire d’un film d’ouverture, c’est : “C’est sympa.”

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