Critique Ciné : Une Pointe d'Amour (2025)

Critique Ciné : Une Pointe d'Amour (2025)

Une Pointe d’Amour // De Maël Piriou. Avec Julia Piaton, Grégory Gadebois et Quentin Dolmaire.

 

ne Pointe d'amour s’annonçait comme un film touchant et audacieux, sur un sujet encore peu traité : la sexualité des personnes en situation de handicap. Malheureusement, le résultat laisse un goût de rendez-vous manqué. Entre une mise en scène trop sage, des choix de casting discutables et un ton hésitant, ce remake peine à trouver sa voix. Derrière ce projet, une intention louable : raconter le périple de deux amis en situation de handicap qui, accompagnés par un chauffeur un peu paumé mais bienveillant, partent en Espagne pour vivre leur première expérience sexuelle dans une maison close. 

 

Mélanie, avocate, atteinte d’une maladie incurable, a décidé qu’il était temps de profiter de la vie ! Elle embarque Benjamin, son ami de toujours, dans un périple vers l’Espagne pour explorer enfin leur sensualité dans une maison close. Les voici à bord d’un van délabré, conduit par Lucas, un chauffeur bourru sorti de prison la veille. Contrairement à Mélanie, Benjamin ne semble pas pressé d’arriver et fait d’ailleurs tout pour prolonger cet improbable voyage à ses côtés…

 

Le pitch, s’il peut paraître provocateur de prime abord, repose sur une vraie question humaine, souvent mise sous silence au cinéma : celle du droit au désir, au plaisir et à l’intimité pour les personnes en situation de handicap. On aurait pu s’attendre à un film frontal, qui assume ses thématiques, bouscule les codes et engage un vrai dialogue. Pourtant, Une Pointe d’amour reste en surface. Le scénario effleure à peine les véritables enjeux liés au handicap et à la sexualité. L’absence totale de regard militant ou même informatif laisse le sentiment que le film n’ose jamais vraiment aborder ce qu’il annonce.

 

L’un des problèmes majeurs réside dans le choix de faire incarner ces rôles par des acteurs valides. Ce genre de décision, encore fréquente dans le cinéma, crée un fossé entre l’intention et la réalité. Non seulement cela prive des comédiens en situation de handicap d'une représentation juste, mais cela casse aussi l’authenticité émotionnelle que de telles histoires exigent. L’impact s’en trouve amoindri, l’émotion est souvent forcée, et certaines scènes sonnent faux. On regarde des acteurs "jouer" le handicap plutôt que de le vivre, et cette distance est difficile à ignorer. Grégory Gadebois, en chauffeur malgré lui, parvient à tirer son épingle du jeu. 

 

Il compose un personnage attachant, nuancé, dont la présence apporte un vrai souffle au film. Il est sans doute l’élément le plus convaincant de cette aventure. Son jeu subtil donne vie à un homme ordinaire, un peu perdu, mais sincèrement touché par le parcours de ceux qu’il accompagne. Il n’a pas besoin de forcer pour exister, il est simplement là, juste, à sa place. À l’inverse, les deux protagonistes en situation de handicap sont beaucoup moins convaincants. Quentin Dolmaire, notamment, peine à incarner son personnage avec naturel. Certaines scènes virent au surjeu, voire à la gêne, tant son interprétation manque de finesse et de crédibilité. 

 

Cela contribue à casser le rythme du film, et parfois même à décrédibiliser le propos. Penelope-Rose, incarnant une avocate volontaire et très sûre d’elle, apporte une dynamique intéressante au début. Son arc narratif, centré sur sa propre difficulté à assumer son rapport au corps et à la sexualité, aurait pu être un point d’ancrage fort. Malheureusement, cette piste prometteuse est vite noyée dans le déroulement d’une romance attendue et peu captivante. Le format road movie aurait pu offrir au film l’occasion d’explorer des territoires inattendus, aussi bien géographiques qu’émotionnels. Mais là encore, le film reste prudent. 

 

Les étapes s’enchaînent sans grand relief, les dialogues manquent d’élan, et la mise en scène ronronne. Le tout évoque davantage un téléfilm de fin de soirée qu’un long-métrage conçu pour marquer les esprits. Le rythme est irrégulier : certains passages traînent en longueur, tandis que d’autres événements majeurs sont expédiés sans réelle construction dramatique. On pense notamment à la scène clé autour d’un quiproquo d’usurpation d’identité, qui frôle l’absurde tant elle semble mal amenée. Cette accumulation de maladresses contribue à installer un climat d’indifférence. L’émotion ne prend pas. 

 

L’humour, censé ponctuer le récit, ne fonctionne pas non plus. Les rares sourires qu’on esquisse ne suffisent pas à contrebalancer l’ennui qui s’installe. Il faut le dire : Une Pointe d'amour ne sait jamais vraiment s’il veut être une comédie, un drame, ou un film de société. Ce flou artistique nuit à l’ensemble. Il aurait peut-être fallu faire un vrai choix de ton. Là où l’on attendait de l’audace, de la sincérité ou, à défaut, un brin de folie, il n’y a qu’une succession de scènes prévisibles, filmées sans ambition. Cela dit, quelques moments parviennent à percer l’ensemble. Une scène sur une plage, portée par Louis Meignan, apporte un souffle comique inattendu, bienvenu.

 

L’échange entre les personnages autour de leurs désirs, bien que timidement traité, contient aussi une certaine tendresse. Mais ces instants restent épars et ne suffisent pas à sauver l’ensemble. Le film aurait pu être un petit ovni tendre et culotté, un voyage vers l’Espagne doublé d’une introspection sensible sur la dignité, le désir et la liberté. Mais à force de vouloir rester politiquement neutre, émotionnellement mesuré et esthétiquement discret, Une Pointe d’amour s’efface lui-même. Son sujet mérite mieux. Le public aussi. Car malgré ses maladresses, malgré ses silences, la question qu’il tente de poser est précieuse. 

 

Rendre visibles les désirs, les besoins et les existences de personnes que le cinéma oublie trop souvent devrait être un acte fort. Ici, cela ressemble davantage à une tentative frileuse de faire plaisir à tout le monde, sans froisser personne. Et c’est sans doute là que réside la principale faiblesse de Une Pointe d’amour : vouloir toucher à un sujet délicat sans jamais l’aborder frontalement. Résultat, le film flotte entre plusieurs intentions, sans jamais atteindre sa destination. Une Pointe d’amour avait entre les mains un sujet rare, important, et une idée de départ qui aurait pu faire mouche. 

 

Le choix d’un casting inadapté, une mise en scène sans audace et un récit trop lisse l’empêchent de devenir autre chose qu’un film sympathique mais vite oublié. Quelques performances solides et de belles intentions ne suffisent pas à donner chair à ce voyage qui, malgré ses promesses, ne fait que passer à côté de l’essentiel. Dommage.

 

Note : 5/10. En bref, un récit parfois trop timide pour réellement faire le premier pas. Quelques jolis paysages (notamment le désert espagnol), Grégory Gadebois à son aise mais cela ne suffit pas à faire de ce film ce que l’on pouvait espérer. 

Sorti le 30 avril 2025 au cinéma

 

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