Critique Ciné : Dominique (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Dominique (2025, direct to SVOD)

Dominique // De Michael S. Ojeda. Avec Oksana Orlan, Maurice Compte et Chase Coleman.

 

Le cinéma d’action a ses codes, ses rituels, et parfois, ses excès. Dominique s’inscrit dans cette tradition tout en donnant l’impression de s’y perdre. À première vue, le film semblait vouloir s’imposer comme une version moderne et percutante du thriller de vengeance. Pourtant, dès les premières scènes, le ton est donné : incohérences, montage chaotique, dialogues artificiels. Dominique se présente comme un patchwork d’idées vues ailleurs, mais sans le liant nécessaire pour les faire tenir ensemble. L’histoire ? Officiellement, une femme – Dominique – part en croisade contre ceux qui ont détruit sa famille. Un fil narratif classique, presque rassurant. Sauf que dans Dominique, rien ne paraît stable. L’intrigue se délite à mesure que les scènes s’enchaînent, sans progression, sans enjeu tangible. 

 

Une tueuse ukrainienne fuit son passé pour tenter de commencer une nouvelle vie en Amérique du Sud. Cependant, elle se retrouve rapidement dans une ville en proie à la violence et à la corruption.

 

Des personnages apparaissent, disparaissent, meurent puis réapparaissent parfois, sans que l’on sache pourquoi ou comment. La structure même du film interroge. Certaines séquences sont si mal découpées qu’il devient difficile de suivre l’action. Un personnage est là, puis plus là, puis de retour dans un autre décor. Le montage donne parfois le sentiment qu’un épisode entier a été supprimé par erreur. Cette discontinuité crée un sentiment de flou constant, empêchant toute immersion. Plutôt que de construire une tension ou une montée dramatique, Dominique accumule les scènes à grand bruit sans jamais donner de direction claire. C’est peut-être ici que le film déçoit le plus. Dans un genre où le spectacle est essentiel, Dominique livre des séquences d’action bâclées, souvent illogiques. 

 

Des fusillades absurdes, des combats désynchronisés, et un usage des armes qui frôle parfois la parodie. Il y a même des moments où les lois de la physique semblent suspendues : Dominique se sert de corps humains comme boucliers sans que cela ait la moindre conséquence visible. Les balles ricochent, les ennemis tombent comme des pantins, et l’héroïne, elle, semble intouchable sans que rien ne le justifie. Il ne s’agit pas ici de chercher un réalisme absolu. Le cinéma d’action accepte une certaine liberté, surtout quand il s’agit d’amplifier l’intensité. Mais encore faut-il que ces choix soient assumés, stylisés, cadrés. Dans Dominique, ils donnent surtout l’impression d’un manque de rigueur. 

 

Les chorégraphies n’ont pas d’impact, la mise en scène reste plate, et l’enchaînement des séquences ne produit jamais l’effet d’adrénaline attendu. Le personnage principal, Dominique, aurait pu porter le film. L’actrice choisie montre un certain potentiel physique, une présence, mais elle n’est jamais mise en valeur. La direction d’acteurs semble absente. Certains plans donnent même le sentiment qu’il n’y avait plus de prise disponible, tant le jeu paraît mécanique. Il y a une scène en particulier, supposée charnière, où l’émotion est attendue : elle tombe à plat, comme toutes les tentatives de développer une psychologie un tant soit peu crédible. Pire encore, Dominique reste un mystère de bout en bout. Ce n’est pas un mystère volontaire, lié à la narration ou à l’ambiguïté du personnage. 

 

C’est un flou dû à une écriture inaboutie. On ne connaît rien d’elle. Ses motivations sont évoquées de manière schématique, ses émotions semblent interchangeables. Il devient alors difficile de s’attacher à elle, de la suivre, de se soucier de ce qui lui arrive. Elle traverse le film comme un fantôme bardé d’armes. Autour de Dominique gravitent quelques figures secondaires, mais aucun d’eux ne marque. Entre surjeu et dialogues surécrits, ils finissent tous par se confondre. Il y a bien quelques tentatives d’humour noir ou de dilemmes moraux, mais elles tombent dans le vide. Aucun de ces personnages ne semble exister au-delà de la fonction qu’on leur attribue dans l’instant. Là encore, l’écriture manque cruellement de finesse. Certains passages semblent être conçus pour provoquer un effet, une réaction. 

 

Mais le film oublie que pour que cela fonctionne, il faut d’abord construire un minimum d’attachement ou d’enjeu. Or ici, rien ne retient l’attention. Les dialogues, eux, ressemblent à des assemblages de phrases entendues ailleurs, recyclées sans aucune originalité. Visuellement, le film manque d’âme. La photographie ne dégage rien de particulier. Certaines scènes nocturnes sont si mal éclairées qu’il est difficile de suivre l’action. D’autres, censées être dramatiques, sont tournées avec une neutralité presque gênante. Il n’y a pas d’ambition esthétique, pas de cadre marquant, pas de travail sur le rythme. La fin du film illustre bien cette sensation d’inachevé. Le dernier acte arrive brusquement, sans réelle montée en tension. La résolution est expédiée. Ce qui devrait être le point culminant du film – la vengeance de l’héroïne – manque cruellement d’intensité. 

 

On a le sentiment que les moyens, ou peut-être la volonté, ont manqué au moment de conclure. Dominique laisse un goût d’opportunité manquée. Il y avait sans doute une intention initiale : faire un film de vengeance avec une figure féminine forte, dans la veine de certaines productions contemporaines. Mais le film semble avoir coché mécaniquement toutes les cases du genre sans jamais comprendre ce qui en fait la substance. Sans narration solide, sans émotion, sans tension véritable, il ne reste que du bruit, des morts, et une grande confusion. La violence, omniprésente, ne sert aucun propos. Elle devient décorative, gratuite. Le film ne semble jamais savoir ce qu’il veut raconter, ni comment le raconter. Et au final, il ne raconte rien.

 

Si l’on devait relever un aspect plus prometteur, ce serait peut-être la performance d’Oksana Orlan. Même si elle ne parvient pas à sauver le film, son potentiel dans un rôle physique est visible. Dans un autre contexte, avec un scénario mieux construit et une direction d’acteurs plus solide, elle pourrait certainement briller. Mais ici, elle est laissée seule face à un matériau pauvre. Dominique ne réussit ni comme thriller, ni comme comédie, ni même comme divertissement. C’est un film qui tente d’imiter ce qui fonctionne ailleurs, mais sans en comprendre les mécanismes. Il y a parfois du second degré involontaire, des scènes absurdes qui prêteraient presque à sourire… mais pas pour les bonnes raisons.

 

En terminant Dominique, une question persiste : pourquoi ce film ? Quelle était l’intention réelle derrière cette succession de scènes sans logique ? Peut-être qu’à défaut de créer de l’émotion ou de la réflexion, Dominique finira comme un de ces objets cinématographiques non identifiés que l’on regarde plus tard, par curiosité, sans jamais vraiment comprendre ce qu’on a vu.

 

Note : 3/10. En bref, derrière ce pot pourri d’idées vaines se cache un film d’action ultra gore. C’est quand même assez raté, ne serait-ce que pour cette fin bâclée et ce montage sacrément foireux.

Sorti le 18 juin 2025 directement en VOD

 

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