24 Juin 2025
Quand Arnold Schwarzenegger revient à l’écran, difficile de ne pas être curieux. Ce n’est pas seulement une question de notoriété : c’est l’écho d’une époque, d’un cinéma qui a façonné tout un imaginaire. Alors voir l’icône des années 80 et 90 tenter de prolonger sa légende à travers une série Netflix comme FUBAR, c’est à la fois intrigant et légèrement troublant. Et s’ils poursuivent les aventures du duo père-fille au cœur d’un réseau d’espionnage, ils laissent aussi un goût mitigé. Parce que derrière les dialogues appuyés, les cascades attendues et les jeux de pouvoir, quelque chose sonne moins juste. La relation entre Luke Brunner (Schwarzenegger) et sa fille Emma (Monica Barbaro) reste le pivot de cette série. Une tension constante, faite d’anciens mensonges et de tentatives de rapprochement, alimente les interactions.
On y retrouve des fragments de tendresse, quelques passes d’armes verbales et cette idée que, même dans les moments critiques, le lien familial résiste aux coups durs. Mais cette mécanique, déjà bien entamée dans la première saison, commence à s’essouffler. Les confrontations perdent en impact, les scènes plus émotives semblent parfois surjouées, comme si l’écriture elle-même peinait à renouveler le fil. Cela ne veut pas dire que tout sonne faux. Certaines scènes trouvent leur équilibre, surtout quand elles prennent le temps de ralentir, de laisser respirer les personnages. Mais ce rythme reste rare. Le reste du temps, les séquences s’enchaînent comme une série de sketchs entrecoupés d’actions plus ou moins crédibles.
Au-delà du binôme principal, cette deuxième saison mise sur une distribution élargie. Parmi les nouvelles têtes, Theodore Cripps, joué par Guy Burnet, offre un contrepoint intéressant. Ancien agent britannique, figure trouble, il apporte une touche d’ambiguïté bienvenue. Ce genre de personnage, qui change de camp ou d’objectifs selon les circonstances, redonne un peu de relief à une trame qui tend à devenir trop linéaire. C’est d’ailleurs l’un des seuls à vraiment surprendre. À l’inverse, d’autres figures secondaires donnent l’impression de tourner à vide. Des tentatives d’humour répétitives aux répliques volontairement absurdes, l’ensemble devient parfois un fond sonore distrayant, mais rarement engageant.
Quelques moments sauvent l’ensemble, mais globalement, cette saison semble peiner à utiliser pleinement son casting. L’ajout de Greta, interprétée par Carrie-Anne Moss, aurait pu être un tournant. Ancienne espionne de l’Est, ex-amante de Luke, elle représente une menace plus personnelle, plus intime. Son histoire croise celle du héros à un moment de sa vie où la fatigue se fait sentir, où les choix du passé pèsent davantage que les objectifs à venir. Ce genre d’ennemi, chargé d’histoire et de séduction, aurait pu offrir un nouveau souffle. Dans les faits, certaines scènes fonctionnent – celles où le dialogue glisse vers la nostalgie, ou celles où la manipulation devient frontale. Mais là encore, l’écriture semble hésitante. On sent que le potentiel est là, que la confrontation aurait pu basculer vers quelque chose de plus dense, de plus fin.
Pourtant, la mise en scène reste sage, les enjeux s’effilochent, et la tension retombe presque aussitôt qu’elle monte. Une scène avec un tango maladroit, un jeu de regard qui se veut intense : tout semble prêt pour en faire un moment mémorable. Sauf que ça ne décolle pas. FUBAR continue de jongler avec trois registres : l’action pure, l’humour burlesque et les intrigues d’espionnage. Sur le papier, ce cocktail peut séduire. Mais cette saison donne l’impression que les ingrédients ne se mélangent plus. Chaque tentative d’émotion est interrompue par une blague. Chaque scène d’action est désamorcée par une chute ou une réplique volontairement absurde. Résultat : l’impact est moindre.
Même les séquences explosives finissent par paraître convenues, tant elles sont parasitées par un ton qui ne sait pas toujours sur quel pied danser. L’humour, censé donner une identité à la série, oscille entre dérision volontaire et lourdeur involontaire. Certaines répliques tombent à plat. D’autres semblent téléphonées. Il y a une volonté de décalage, mais elle ne s’assume pas complètement. Ce manque de cohérence tonal empêche la série d’affirmer une vraie personnalité. Visuellement, la série paraît moins soignée que lors de sa première salve. Les décors, les effets, le montage : tout semble plus fonctionnel. Les lieux sont plus anonymes, les éclairages plus fades. Cela pourrait être un choix esthétique – coller au réalisme de missions clandestines –, mais le rendu final évoque davantage une logique d’économie de moyens qu’un parti pris artistique assumé.
Le scénario, lui, donne l’impression de courir dans tous les sens. Les intrigues secondaires se multiplient sans qu’on comprenne toujours pourquoi. Les relations entre personnages se développent, puis stagnent. La sensation qui domine est celle d’un trop-plein : trop de rebondissements, trop de dialogues explicatifs, trop d’histoires à suivre sans qu’aucune ne prenne vraiment le dessus. Difficile d’ignorer le poids symbolique d’Arnold Schwarzenegger dans FUBAR. C’est son premier rôle principal dans une série, une manière de rester actif, de montrer qu’il tient encore la route. Et quelque part, c’est vrai : il tient debout, il joue, il y croit. Mais cette persistance finit par se heurter aux limites de l’exercice. À 77 ans, même avec la meilleure volonté du monde, il est difficile de vendre certaines scènes d’action sans y laisser un soupçon de crédibilité.
Le problème n’est pas qu’il ait vieilli – cela pourrait même être une force, si c’était intégré avec finesse. Le problème, c’est que la série fait comme si ce n’était pas le cas. Les dialogues le présentent toujours comme un agent capable de tout. Les cascades (souvent doublées ou simulées) veulent encore faire croire au héros invincible. Ce décalage entre ce que l’image montre et ce que le scénario veut faire croire crée une distance. Et cette distance finit par desservir le personnage. Certains clins d’œil aux années passées peuvent faire sourire. Des répliques qui rappellent Terminator, des scènes qui évoquent les films d’action des années 80… Mais ce jeu de la nostalgie finit par peser.
À force de vouloir rappeler qu’il fut une époque où tout était plus intense, plus drôle, plus explosif, FUBAR s’enferme dans une logique de recyclage. L’hommage devient imitation, l’ironie tourne en boucle. Et surtout, le tout finit par manquer de sincérité. On sent que la série veut divertir, mais elle donne l’impression de le faire sans vraie conviction. Comme si elle s’était mise en mode automatique, répétant une formule sans prendre le temps de l’ajuster. Au final, cette saison 2 de FUBAR n’échoue pas complètement. Elle se regarde, elle distrait, elle offre quelques moments valables. Mais elle ne parvient jamais à trouver son équilibre. L’humour affaiblit l’action. L’action écrase les relations humaines.
Les relations humaines sont noyées dans des intrigues secondaires superflues. Et le tout manque de direction claire. Le problème n’est pas le format – huit épisodes suffisent largement à raconter une bonne histoire. Le problème est l’incapacité à choisir une tonalité, à construire une ligne narrative solide, à assumer pleinement le décalage. En filigrane, ce que raconte FUBAR, c’est aussi l’histoire d’un acteur qui refuse de raccrocher. Et quelque part, c’est touchant. Voir Schwarzenegger s’accrocher à ce qu’il sait faire, même si cela sonne un peu faux, suscite un mélange de respect et de gêne. On aimerait que la série soit à la hauteur de ce qu’il représente. Mais elle s’égare trop souvent dans les clichés, les facilités et les blagues pesantes.
FUBAR aurait pu être une série sur le passage du temps, sur la transmission, sur la difficulté d’évoluer dans un monde qui change. Elle aurait pu jouer sur le décalage entre l’ancien et le moderne, entre le muscle et la vulnérabilité. Mais elle préfère avancer masquée, camouflant ses faiblesses sous des effets de manche. Cette saison 2 de FUBAR n’est pas catastrophique, mais elle ne marque pas non plus. Elle traverse l’écran sans vraiment y laisser d’empreinte. Il y a quelques bons moments, des éclairs d’originalité, un ou deux personnages intéressants. Mais l’ensemble donne l’impression d’un projet conçu pour cocher des cases, pas pour raconter une histoire forte.
Pour ceux qui ont grandi avec Schwarzenegger, le voir encore actif peut provoquer un certain attachement. Mais cet attachement ne suffit pas à porter huit épisodes un peu trop longs, un peu trop bavards, et souvent trop peu inspirés. Le sentiment qui reste, c’est celui d’un potentiel gâché. Et c’est peut-être ce qui déçoit le plus.
Note : 4.5/10. En bref, FUBAR aurait pu être une série sur le passage du temps, sur la transmission, sur la difficulté d’évoluer dans un monde qui change. Elle aurait pu jouer sur le décalage entre l’ancien et le moderne, entre le muscle et la vulnérabilité. Mais elle préfère avancer masquée, camouflant ses faiblesses sous des effets de manche. Cette saison 2 de FUBAR n’est pas catastrophique, mais elle ne marque pas non plus.
Disponible sur Netflix
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