30 Juin 2025
Magma // De Cyprien Vial. Avec Marina Foïs, Théo Christine et Mathieu Demy.
À première vue, Magma avait tout pour attiser ma curiosité. Situé en Guadeloupe, dans l’ombre menaçante de la Soufrière, le film de Cyprien Vial se positionne à l’opposé du modèle hollywoodien du film catastrophe. Pas de coulées de lave spectaculaires, pas de sauvetage in extremis ou de héros bodybuildé courant à contre-courant des explosions. Ici, le danger est silencieux, invisible, tapi sous la terre et dans les décisions à prendre. Un parti-pris intéressant, sur le papier. Le film suit Katia Reiter (Marina Foïs), une volcanologue métropolitaine installée depuis plusieurs années en Guadeloupe. À ses côtés, Aimé (Théo Christine), doctorant local, commence à faire ses armes dans le monde exigeant de la science du risque.
Katia Reiter dirige l’Observatoire Volcanologique de Guadeloupe depuis une dizaine d'années. Elle forme un duo de choc avec Aimé, jeune Guadeloupéen auquel elle transmet sa passion du métier. Alors qu’elle se prépare pour une nouvelle mission à l’autre bout du monde, la menace d’une éruption majeure de la Soufrière se profile. L’ile est aux abois et Katia va devoir assurer la sécurité de la population...
Ensemble, ils doivent faire face à un dilemme : recommander l’évacuation des habitants autour de la Soufrière ou attendre, au risque d’être dépassés par une éruption inattendue. Ce point de départ, inspiré des événements réels de 1976, ouvre la porte à une réflexion sur les décisions en temps de crise, la gestion de l’incertitude scientifique et la relation de confiance (ou d’incompréhension) entre la population et les autorités. Mais très vite, Magma peine à transformer cette tension latente en une dramaturgie efficace. Le suspense reste théorique, les enjeux n’émergent qu’en pointillés, comme si le film redoutait de faire trop de vagues là où, paradoxalement, tout son intérêt réside dans le potentiel du chaos.
L’intention de départ est louable : montrer les coulisses d’une profession rarement mise en avant au cinéma, donner à voir une Guadeloupe loin des clichés carte postale, explorer les rapports de pouvoir entre l’État et ses territoires ultramarins. Magma tente ainsi de conjuguer plusieurs thématiques – gestion du risque, transmission du savoir, tensions post-coloniales, clivages culturels – sans en développer pleinement aucune. Ce trop-plein d’idées non abouties crée une sorte de flottement. Le scénario effleure des pistes sans jamais vraiment creuser. La dynamique entre Katia et Aimé, pourtant prometteuse sur le papier, reste figée dans un schéma mentor/élève trop attendu, sans réelle évolution ni confrontation marquante.
Les conflits restent internes, souvent sous-entendus, rarement incarnés. À cela s’ajoute un traitement visuel très uniforme : la mise en scène reste statique, presque austère. On retrouve les mêmes plans, les mêmes silences, les mêmes hésitations. Cela pourrait être un choix, une volonté de montrer la lenteur de la menace, mais l’effet à l’écran s’apparente davantage à une forme de neutralité émotionnelle. Tout semble lisse, presque aseptisé, là où la tension devrait affleurer. Le film joue la carte du réalisme, du regard quasi-documentaire sur la complexité des décisions à prendre en période de crise. Mais à force de vouloir éviter les effets spectaculaires, Magma se prive aussi de ressorts dramatiques.
L’attente d’une catastrophe qui ne vient jamais crée une frustration, d’autant plus que la narration ne compense pas par un travail de mise en tension psychologique. La figure de Katia, censée porter le poids de cette tension, reste difficile à cerner. Marina Foïs, pourtant actrice solide, peine à incarner cette scientifique tiraillée entre ses convictions, son devoir et les regards méfiants qu’on lui porte. Son personnage manque de nuances, d’ancrage, de contradictions vivantes. Elle donne souvent l’impression d’être en retrait, presque détachée, là où l’enjeu devrait être viscéral. Face à elle, Théo Christine apporte un peu de fraîcheur, mais son rôle se résume trop souvent à celui de l’élève en quête de reconnaissance.
Quant aux interactions avec les autorités locales, elles restent caricaturales. Le préfet, joué par Mathieu Demy, n’est ni assez ferme ni assez ambigu pour offrir un vrai contrepoids. L’évacuation éventuelle des populations, enjeu central, est évoquée mais jamais vécue. Ce qui devrait être un moment de bascule reste ici théorique, comme si le film hésitait à assumer son propre sujet. Magma se positionne donc comme un anti-film catastrophe. Mais à force de vouloir éviter les clichés du genre, il tombe dans l’excès inverse : celui de la retenue. Magma s’installe dans un entre-deux, ni vraiment thriller, ni vraiment drame psychologique, ni vraiment chronique politique.
Le film interroge pourtant des problématiques actuelles : comment décide-t-on dans l’incertitude ? À quel moment la science devient-elle impuissante face à l’urgence ? Quel lien existe-t-il entre les territoires dits périphériques et la centralité du pouvoir ? Mais ces questions restent en suspens, survolées. Le film ne prend jamais le temps d’y plonger avec l’intensité qu’elles mériteraient. Magma avait tout pour faire une œuvre à la fois intime et politique, un portrait sensible de ceux qui doivent affronter les crises avant qu’elles n’éclatent. Mais à vouloir trop dire sans choisir, le film s’éparpille. Il en résulte un objet cinématographique trop sage, à la frontière du documentaire pédagogique et du téléfilm dramatique, sans réelle tension dramatique.
Note : 4.5/10. En bref, Loin d’être un mauvais film, Magma laisse surtout un goût d’inachevé. Le sujet méritait plus de souffle, plus d’audace, plus de mise en péril. En somme, plus de magma dans ses veines. Au lieu de cela, le film reste tiède, prisonnier de son propre principe de précaution.
Sorti le 19 mars 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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