Critiques Séries : MobLand. Saison 1. Episode 10 (season finale)

Critiques Séries : MobLand. Saison 1. Episode 10 (season finale)

MobLand // Saison 1. Episode 10. The Beast in Me.

SEASON FINALE

 

Dix épisodes plus tard, MobLand boucle sa première saison sur un constat qui laisse perplexe. Ce final, censé clore les enjeux lancés depuis le pilote, illustre surtout l’incapacité de la série à donner un cap clair à son récit. Entre les faux départs narratifs, les personnages qui tournent en rond et des scènes qui sonnent comme des résumés bâclés, cet épisode 10 agit comme un révélateur : MobLand n’a jamais vraiment su ce qu’elle voulait raconter. Tout au long de cette première saison, il y a eu des tentatives. Des intrigues lancées, des conflits esquissés, des liens familiaux mis à l’épreuve. Mais la sensation dominante, c’est celle d’un projet qui empile les situations sans jamais leur donner de direction. 

 

L’épisode 10 ne fait pas exception. Il tente de conclure, mais sans véritable socle narratif sur lequel s’appuyer. Ce qui aurait pu être un épisode tendu, un point de bascule, se transforme en un enchaînement de scènes qui semblent cocher des cases. L’émotion n’émerge pas. Les personnages bougent, parlent, mais rien ne semble peser. Comme si ce monde criminel, censé être structuré par des rapports de force clairs, fonctionnait dans le vide. Le plus gros problème, c’est sans doute celui de la caractérisation. Après dix épisodes, il est difficile de dire ce que les protagonistes ont appris, ce qu’ils ont traversé, ce qui les a changés. 

L’évolution des personnages est à peine esquissée, parfois annulée d’un épisode à l’autre, parfois simplement oubliée. Harry, par exemple, reste figé. Il a beau être omniprésent dans les scènes clés, il semble suivre un itinéraire en boucle, comme s’il était coincé dans un rôle sans issue. Ce n’est pas l’absence d’action qui pose problème, mais l’absence de progression. Il agit, mais sans qu’on saisisse ce qui le meut, ou comment ses décisions modifient l’équilibre autour de lui. Même chose du côté de la famille Harrigan, constamment repositionnée sans que l’on comprenne vraiment leur nature. À un moment, ils sont unis, l’instant d’après, ils semblent prêts à s’entretuer.

 

Il ne s’agit pas ici d’ambiguïté bien construite, mais d’un manque de cohérence dans l’écriture. Il n’y a pas de ligne directrice, seulement des postures. Ce qui frappe dans cet épisode final, c’est que les morts, les trahisons, les révélations... ne pèsent pas. Les décisions sont prises, parfois radicales, mais elles n’ont pas d’incidence sur la dynamique globale. On a l’impression que tout pourrait être effacé dans le premier épisode de la saison suivante, sans que cela n’étonne personne. Le problème, ce n’est pas le manque d’action ou de violence, c’est le manque d’impact. Quand un personnage important disparaît, l’histoire ne se transforme pas. Quand un secret est dévoilé, les conséquences sont minimes, voire inexistantes. 

C’est comme si tout avait été conçu pour être modulable, remplaçable, sans conséquences à long terme. Les dialogues dans cet épisode en particulier illustrent bien la difficulté de la série à aller à l’essentiel. Les personnages parlent beaucoup, mais peu de choses sont dites. On navigue entre anecdotes métaphoriques, formules creuses et phrases sentencieuses qui cherchent la profondeur sans jamais l’atteindre. Cela donne des scènes qui traînent, des échanges qui tournent en rond, et surtout un sentiment de remplissage. Là où le final aurait dû resserrer les enjeux, l’épisode semble étirer le peu de substance disponible pour combler le format. 

 

Même les moments censés être décisifs paraissent ralentis par une forme d’inertie scénaristique. Plutôt que de conclure clairement, l’épisode joue la carte du flou. Certains choix pourraient s’expliquer comme des ouvertures laissées pour une éventuelle saison 2, mais dans les faits, ils traduisent surtout un refus de s’engager. Il n’y a ni climax, ni retombée émotionnelle. On ferme le rideau sans vraiment savoir ce qu’on a vu. L’image de Conrad, les bras levés dans les entrailles de la prison, est peut-être censée signifier quelque chose. Une victoire intérieure, une prise de pouvoir symbolique, un retour aux sources ? Mais sans narration pour l’accompagner, cette scène devient simplement une image forte privée de sens.

Les événements de ce dernier épisode s’enchaînent sans que l’on comprenne toujours pourquoi. Certaines décisions semblent précipitées, voire incohérentes avec ce qui a été installé auparavant. Des rivalités naissent de nulle part, des alliances se créent sans fondement, des revirements tombent comme un cheveu sur la soupe. Il n’y a pas de crescendo, pas de montée dramatique construite avec soin. L’histoire avance par à-coups, au gré de ce que la série semble vouloir tester, sans se soucier de la cohérence. On en vient à douter de ce qui est censé être important ou non. Quand on regarde le casting de MobLand, on est en droit d’attendre quelque chose de plus solide. 

 

Tom Hardy, Pierce Brosnan, Helen Mirren... Des noms qui portent une aura, capables d’emmener un personnage dans des zones complexes. Mais dans cet épisode, comme dans la saison en général, ils semblent enfermés dans un cadre trop étroit. Les dialogues ne leur laissent que peu de place pour briller. Les scènes ne sont pas pensées pour valoriser leurs nuances. Le résultat, c’est que même les acteurs les plus aguerris paraissent effacés. Comme si le projet, au lieu de tirer parti de leur présence, les avait lissés pour les faire rentrer dans un moule trop rigide. Rien n’est encore officiel concernant une deuxième saison, mais ce final laisse penser que l’idée est dans les cartons. 

Le problème, c’est que la série donne l’impression d’avoir misé sur cette éventualité dès la moitié de la saison, au détriment de la construction du présent. Plutôt que de refermer des arcs, elle les laisse volontairement ouverts, quitte à frustrer. Mais ouvrir des pistes n’a d’intérêt que si les bases sont solides. Or ici, la fondation semble bancale. Une suite pourrait avoir du potentiel, à condition de recentrer le propos, de donner de la consistance aux personnages et d’assumer des choix clairs. Sans ça, il ne s’agira que d’un prolongement mécanique. L’épisode 10 de MobLand saison 1 n’échoue pas parce qu’il est maladroit, mais parce qu’il est vide. Il cherche à faire croire qu’il conclut, alors qu’il se contente de repousser. 

 

Il accumule des scènes au lieu de construire un récit. Il annonce des tensions sans les incarner. Et surtout, il n’offre aucune satisfaction à ceux qui ont suivi les épisodes précédents en quête de cohérence. Ce final, comme la saison entière, donne l’impression d’un brouillon filmé. Il y avait pourtant des éléments prometteurs. Mais sans direction claire, sans volonté de creuser les enjeux humains derrière le vernis criminel, le tout reste superficiel. Si saison 2 il y a, il faudra bien plus que des noms connus et une ambiance sombre pour en faire une série qui compte.

 

Note : 5/10. En bref, une fin de saison sans colonne vertébrale.

Disponible sur Paramount+

Paramount+ n’a pas encore renouvelé MobLand pour une saison 2 à l’heure où j’écris ces lignes. 

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