4 Juin 2025
The Cleaning Lady // Saison 4. Episodes 11 et 12. Killer Queen / As Time Goes By.
SEASON FINALE
Quatrième saison terminée pour The Cleaning Lady, et toujours aucun mot officiel sur un renouvellement. Pourtant, en sortant de ces deux derniers épisodes, difficile de parler de « conclusion ». Il y a surtout un sentiment étrange, celui d’un entre-deux : une suite serait logique au vu des fils encore pendants, mais les moyens engagés semblent si réduits qu’on se demande si la série n’a pas déjà perdu sa bataille. Ce dernier épisode de saison — condensé dans deux épisodes diffusés à la suite — continue d’explorer ce qui a toujours fait l’ADN du show : une tension constante entre survie, loyauté et pouvoir. Thony, comme à son habitude, fait face à des dilemmes qu’aucune décision rationnelle ne peut vraiment résoudre.
Mais ici, c’est moins la construction dramatique qui interpelle que la manière dont tout semble compressé, accéléré, voire bâclé, comme si la série jouait ses dernières cartes sans budget pour le bluff. Tout démarre avec une Thony emprisonnée pour un meurtre dont elle est accusée à tort. Une situation qu’elle a déjà connue sous d’autres formes, mais cette fois, c’est différent. Cette détention est une manœuvre directe, brutale, initiée pour la mettre hors-jeu. Et dès les premières minutes, le message est clair : personne ne viendra la sauver. Elle n’a pas d’avocat capable de la sortir d’un revers de la main, pas d’alliés influents prêts à faire pression. Si elle veut survivre, elle va devoir jouer des coudes — littéralement.
/image%2F1199205%2F20250604%2Fob_a24d47_vlcsnap-2025-06-04-11h54m40s419.png)
Dans la prison, l’ennemie est connue : Ramona. Elle ne se cache pas, ne joue pas aux échecs. Elle frappe fort, directement. Thony, en revanche, choisit l’attaque indirecte : empoisonner les repas, se faire une alliée en sauvant une co-détenue d’un infarctus, accéder à l’infirmerie pour mieux se défendre. Rien n’est laissé au hasard. Et pourtant, l’échiquier n’est pas en sa faveur. Le rapport de force bascule uniquement lorsqu’un événement extérieur, une évasion bien orchestrée, redistribue les cartes. Cet épisode en prison aurait pu être l’occasion de creuser l’impact moral sur Thony. Mais en l’état, tout s’enchaîne avec une telle rapidité que les nuances émotionnelles sont sacrifiées.
Elle traverse coups, menaces, manipulations, sans qu’on ressente vraiment les séquelles de ces violences. L’image est forte — Thony enterrée vivante, sauvée de justesse — mais le traitement manque d’ampleur. Pas le temps de s’appesantir. Il faut avancer. La dynamique familiale, souvent au cœur de The Cleaning Lady, trouve ici un écho particulier. Ramona, figure quasi-mythologique de la destruction familiale, n’est plus un simple contre-pouvoir. Elle incarne une menace absolue, prête à kidnapper Luca et Violeta pour se recréer une cellule familiale factice. Son plan est délirant, mais pas irréaliste dans le contexte du show : s’il y a bien une constante depuis la saison 1, c’est l’importance démesurée accordée à la notion de « protéger sa famille », quitte à détruire celle des autres.
/image%2F1199205%2F20250604%2Fob_9c0071_vlcsnap-2025-06-04-12h15m36s985.png)
La confrontation finale entre Thony et Ramona aurait pu clore le chapitre. Enterrer vivante une antagoniste qu’on n’a pas le courage d’achever soi-même, voilà un symbole puissant. Et pourtant, même là, la série hésite à trancher. Ramona est-elle morte ? Enterrée, oui, mais encore consciente. De quoi préparer un retour ? Ou bien simplement laisser une porte entrouverte, au cas où une suite verrait le jour ? Difficile de le savoir. L’ambiguïté semble volontaire, mais mal gérée. Ce n’est pas du suspense maîtrisé, c’est un flou qui trahit peut-être un manque de clarté sur l’avenir du show. L’autre grand fil rouge, celui du pouvoir au sein du cartel Sin Cara, évolue brutalement. Jorge, écarté de sa propre organisation, voit ses soutiens s’évaporer en quelques scènes. Feng, jusqu’ici discret, prend le contrôle.
Une prise de pouvoir qui se fait presque hors champ. On comprend l’intention : faire de Feng une nouvelle menace froide, méthodique, imprévisible. Mais le récit ne lui donne pas assez de chair pour y croire pleinement. Il devient patron sans véritable lutte, presque par défaut. Jorge, de son côté, choisit la fuite. Il part, emmenant Violeta avec lui, laissant Thony et Luca derrière. Un geste à la fois protecteur et lâche, qui montre que malgré ses sentiments naissants, il n’est pas prêt à affronter la complexité de sa vie actuelle. Là encore, un élément de plus pour souligner que la série n’est pas terminée : ces personnages-là n’ont pas encore tout dit. Il reste du chemin à faire. C’est sans doute l’aspect le plus marquant de ce final : Thony ne veut plus fuir, ni survivre. Elle veut diriger.
/image%2F1199205%2F20250604%2Fob_19c9f9_vlcsnap-2025-06-04-11h45m49s953.png)
Après avoir rendu le carnet de contacts de Jorge à Feng (au lieu de l’utiliser pour marchander sa liberté), elle réclame une place à la table du cartel. Et en parallèle, elle propose un deal à Joel Herman, nouveau procureur : devenir son informatrice. Deux stratégies contradictoires ? Pas exactement. Thony a compris que le pouvoir ne se conquiert pas uniquement par la loyauté ou la trahison. Il faut jouer sur tous les tableaux. Faire croire qu’elle appartient à chacun pour mieux avancer ses propres pions. C’est là où la série aurait pu creuser une transformation plus radicale de son personnage. Mais tout reste en surface. On assiste à la mise en place d’un jeu complexe, sans en voir les règles ni les enjeux réels.
Il manque quelque chose pour que ce basculement soit crédible. Peut-être du temps. Peut-être de l’écriture. Peut-être des moyens. Ce final donne l’impression d’avoir été monté avec des bouts de ficelle. Non pas que le scénario soit incohérent — la logique des événements se tient — mais tout semble précipité. L’action est concentrée, les dialogues parfois expéditifs, les scènes importantes tronquées. Le rythme, au lieu d’installer la tension, la noie. Et ce qui aurait pu être une montée dramatique est remplacé par une course contre la montre. Il y a aussi cette sensation de « vide » : des décors peu variés, des figurants absents, des scènes d’action à peine esquissées.
/image%2F1199205%2F20250604%2Fob_67c971_vlcsnap-2025-06-04-11h42m37s125.png)
Quand Ramona s’évade de prison avec une pelleteuse, il n’y a ni chaos général ni plan large impressionnant. On est loin des standards de production des premières saisons. On sent que la série a dû faire avec très peu. Et ça se voit. Cette impression de bricolage fragilise l’ensemble. Car si l’histoire a encore des choses à dire, la manière dont elle est racontée ne lui rend plus justice. Et cela pose une vraie question : The Cleaning Lady mérite-t-elle une saison 5 dans ces conditions ? Pas une question de qualité narrative, mais de capacité de production. La série n’a pas livré de vrai point final. Les intrigues restent ouvertes : Ramona est-elle vraiment morte ? Jorge peut-il récupérer Sin Cara ? Thony ira-t-elle au bout de sa tentative de prise de pouvoir ? Herman peut-il vraiment la protéger ?
Ces questions appellent une suite. Mais le ton, les moyens, la réalisation semblent dire le contraire. Comme si le cœur de la série battait encore, mais dans un corps affaibli, prêt à lâcher. Si une saison 5 devait voir le jour, elle aurait intérêt à se recentrer. Pas en termes d’intrigue — l’univers est suffisamment riche — mais en termes de narration. Moins d’accélérations artificielles, plus de respiration. Moins de twists jetés au visage du spectateur, plus de développement organique. Et surtout, les moyens pour faire exister cette histoire à l’écran, avec la densité et la gravité qu’elle mérite. La fin de cette saison 4 ne sonne pas comme un adieu. Elle ressemble davantage à un souffle court, à une pause incertaine. Rien n’est conclu, mais rien ne relance franchement non plus. Un entre-deux qui laisse autant de frustration que de curiosité.
Note : 6/10. En bref, une fin de saison qui laisse pas mal de choses en suspend et laisse aussi l’impression que la série n’a clairement plus les moyens de ses ambitions.
Prochainement en France
FOX n’a pas encore renouvelé The Cleaning Lady pour une saison 5.
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog