4 Juin 2025
L’Ultime Braquage // De Frederik Louis Hviid. Avec Gustav Dyekjaer Giese, Reda Kateb et Amanda Collin.
Il y a des films qui assènent leur promesse dès les premières minutes. Et puis, il y a L’Ultime Braquage, de Frederik Louis Hviid, qui joue la carte du contre-pied dès sa scène d'ouverture, violente, intrigante, presque trompeuse. Inspiré d’un fait réel survenu au Danemark en 2008, ce thriller danois préfère le silence au tumulte, les visages fermés à l’hystérie du genre, et une lenteur assumée à la mécanique bien huilée du film de casse. Le résultat ? Une œuvre flottante, hésitante, qui lorgne vers le polar existentiel, sans totalement renoncer à son ADN de film de braquage. Ce qui frappe en premier, c’est l’ancrage dans un réalisme presque documentaire. Le Danemark que filme Hviid n’a rien de séduisant.
Une équipe de braqueurs chevronnés prépare méticuleusement un gros coup. Un braquage rapide, brutal, sans bavure et sans trace. Mais une erreur va tout changer. Il faut tout abandonner, disparaître. Maintenant.
Le décor semble se dissoudre dans une lumière grise, ni jour ni nuit, comme un entre-deux sans fin. Ce choix esthétique n’est pas anodin. Il colle parfaitement à la trajectoire de Kasper, boxeur sur le déclin et ex-détenu, qui tente de se raccrocher à ce qu’il peut — un boulot, une équipe, un projet de braquage. Reda Kateb, dans le rôle de Slimani, le recruteur et cerveau supposé de l’opération, semble parfois lui-même douter du plan. La grande force du film pourrait résider dans cette volonté d’éviter les effets de manche. Pas de montage épileptique, pas de plans léchés à outrance, pas de punchlines à la Tarantino. Hviid filme l’attente, la désillusion, l’effritement.
Mais en refusant autant les codes du thriller que ceux du drame pur, il finit par éroder la tension. Ce n’est pas un refus radical des conventions ; c’est une hésitation qui se prolonge trop longtemps. Le film aurait pu s’adosser à la complexité morale de ses personnages. Kasper, par exemple, aurait mérité un développement plus dense que les quelques fragments de son passé distillés entre deux regards vides. Gustav Giese joue son personnage comme s’il retenait sa respiration du début à la fin. Amanda Collin, dans un rôle secondaire mais présent, reste cantonnée à un mystère qui ne trouve jamais de résolution. Il y a une volonté manifeste de ne pas tomber dans la caricature : pas de héros, pas de vrais salauds.
Mais en gommant les contours, L’Ultime Braquage finit par diluer ses protagonistes dans une uniformité terne. Aucun ne semble vraiment porter le récit. On assiste, plus qu’on ne suit. Le spectateur est laissé sur le seuil, à distance. L’acte central, le casse en lui-même, arrive tard, presque à contretemps. Sa mise en scène illustre l’un des défauts majeurs du film : un manque d’impact. Tout semble joué d’avance. La scène du tractopelle, grotesque malgré elle, illustre un mal plus large : la fragilité de la crédibilité. Ce genre d’incohérence brise le peu de tension accumulée. Et quand les choses s’emballent enfin, c’est souvent brouillon, mal éclairé, confus.
Il faut reconnaître que certaines séquences dégagent malgré tout une vraie ambiance. Des plans fixes silencieux, des coupes sèches et abruptes, une musique minimale faite de pulsations sourdes… tout cela construit un climat trouble, presque poétique par moments. Mais ce parti pris ne suffit pas à masquer l'irrégularité de l’ensemble. Le rythme ne s’installe jamais vraiment. Trop lent pour un thriller, trop vide pour un drame psychologique. Ce qui manque cruellement à L’Ultime Braquage, c’est une ligne directrice claire. On sent que le réalisateur veut éviter l’écueil du spectaculaire gratuit. Mais en tirant sur la corde du minimalisme, le film perd peu à peu son intensité. Il tente de se raccrocher à un discours plus large sur l’échec, l’effacement, l’anonymat post-prison.
Mais ces pistes restent esquissées, jamais creusées. Certains parleront d’ambiance, d’épure, d’anti-thriller. D’autres y verront une coquille vide, un film qui refuse d’aller au bout de ses intentions. Personnellement, j’y ai vu un projet intriguant mais inabouti, qui passe à côté de ses meilleures idées. Le choix de traiter le braquage comme une parenthèse dans une trajectoire humaine, plutôt que comme un climax, pouvait séduire. Encore aurait-il fallu que cette trajectoire soit construite avec plus de chair, plus de tension, plus d’enjeux visibles. La bande sonore, discrète et bien pensée, s'avère être l’un des rares éléments qui tirent le film vers le haut.
Elle parvient à créer une sorte de battement de cœur diffus, une angoisse sourde qui affleure de temps en temps. Mais même cette subtilité se noie dans l’absence de rythme global. En sortant de L’Ultime Braquage, je n’étais pas vraiment déçu. Plutôt perplexe. J’aurais aimé y croire davantage. Le sujet s’y prêtait. L’idée de s’attaquer au réalisme d’un braquage historique, de refuser le tape-à-l’œil pour explorer la faillite intérieure des personnages, avait du potentiel. Mais le film ne trouve jamais le bon équilibre. Trop morne pour captiver, trop imprécis pour faire sens. Ce n’est pas un mauvais film. Ce n’est pas un bon film non plus. C’est un projet en suspens, un polar qui glisse doucement vers l’abstraction sans jamais y plonger vraiment.
Ceux qui attendent un thriller haletant peuvent passer leur chemin. Ceux qui aiment les ambiances troubles et les récits désenchantés y trouveront peut-être leur compte. Mais dans un genre aussi codifié que le film de casse, l’indécision peut coûter cher. L’Ultime Braquage rate peut-être son casse, mais il tente quelque chose. Il faudra simplement plus de rigueur, et peut-être un peu moins de pudeur, pour que le prochain coup porte vraiment.
Note : 3/10. En bref, un film qui échoue à créer quelque chose de réellement palpitant.
Sorti le 28 mai 2025 au cinéma
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