12 Juin 2025
FUBAR, première série télévisée portée par Arnold Schwarzenegger, fait clairement partie de cette catégorie de séries qu’on regarde par simple curiosité, parfois par fidélité à une figure culte du cinéma. Il était temps que je m’y attèle car la saison 1 a plus d’un an maintenant et je n’avais pas osé me lancer. C’est à l’occasion du lancement de la saison 2 que j’ai enfin posé mes yeux dessus. Lancée sur Netflix avec un positionnement qui lorgne du côté de l’action-comédie familiale à l’américaine, cette production donne la part belle à un ancien agent secret rappelé pour une dernière mission, accompagné cette fois... de sa propre fille. Huit épisodes plus tard, le bilan laisse un goût mitigé.
Quand un père et sa fille découvrent qu’ils travaillent secrètement au sein de la CIA depuis des années, ils réalisent que leur relation entière est un mensonge et qu’ils ne se connaissent pas du tout. Contraint de faire équipe, ce duo improbable est embarqué dans de dangereuses missions sur la scène de l'espionnage international.
Difficile de ne pas voir que FUBAR a été conçue pour remettre Schwarzenegger en scène. Tout est bâti autour de son personnage : l’ancien espion de la CIA à deux doigts de la retraite, les répliques taillées sur mesure, les scènes d’action pensées pour son âge, et cette ambiance de buddy movie familial avec une fille qui n’a pas grand-chose à envier à son père en termes de répartie et d’efficacité. On sent que la série essaie de jouer sur deux tableaux : raviver la flamme des fans des années 80-90 tout en attirant un public plus jeune avec un ton plus léger et moderne. Mais l’intention ne suffit pas à tenir une saison entière. Dès le premier épisode, la série dévoile l’essentiel de son intrigue. Pas de surprise, pas de tension, le ressort dramatique est usé d’emblée.
Un père et une fille qui ignoraient tous deux leur double vie d’agent secret, forcés de collaborer dans une opération périlleuse. L’idée aurait pu fonctionner si elle s’appuyait sur une mécanique bien huilée, mais ici, tout semble fonctionner à vide. Les tensions père-fille tombent rapidement dans la redite, les conflits sont traités de manière assez superficielle, et les retournements de situation sont rarement surprenants. Le format de 8 épisodes semble long pour ce que la série a réellement à proposer. L’un des axes majeurs de la série repose sur l’humour, souvent placé au centre des dialogues et des situations. Malheureusement, il s’essouffle très vite. Les échanges entre les personnages manquent cruellement de finesse et de rythme.
Les blagues sont parfois téléphonées, parfois simplement lourdes, et rarement suffisamment subtiles pour offrir un contrepoids à la légèreté du scénario. Certains moments auraient pu fonctionner s’ils avaient été mieux dosés, mais le ton hésite constamment entre comédie familiale, satire d’espionnage et parodie nostalgique. Le résultat est une sorte de patchwork bancal où rien ne trouve vraiment sa place. Autour du duo central, la série tente de construire une équipe d’agents avec des profils complémentaires. Mais là aussi, les personnages secondaires restent cantonnés à des archétypes. On a du mal à s’y attacher, à les distinguer autrement que par leur fonction dans l’équipe. Chacun est réduit à une caricature : le nerd de service, la brute qui cache un cœur tendre, la collègue stricte mais au fond bienveillante…
Tout cela sonne artificiel et manque de profondeur. L’alchimie entre les membres du groupe ne prend jamais vraiment, si bien que les interactions restent souvent plates et prévisibles. Dans une série d’action où le collectif doit porter les enjeux, c’est un vrai problème. Le découpage des épisodes n’aide pas à faire décoller la série. Chaque segment semble suivre le même schéma : mission en surface, conflits familiaux en toile de fond, dialogues censés être drôles mais qui s’étirent inutilement. On attend des scènes d’action plus musclées, des twists un peu nerveux, ou au moins un sentiment de progression. Or, les épisodes finissent par se ressembler, tant dans leur construction que dans leur exécution.
Il y a une vraie lenteur qui s’installe dès le troisième épisode. Le format aurait gagné à être raccourci, avec des séquences plus resserrées et une narration plus dynamique. Au lieu de ça, le récit s’étiole progressivement. FUBAR s’adresse clairement à ceux qui ont connu Schwarzenegger dans ses grandes années. On sent la volonté de jouer sur la fibre nostalgique : références à ses anciens rôles, clins d’œil à True Lies ou Terminator, quelques répliques volontairement datées, le tout servi par une mise en scène qui cherche à rappeler les blockbusters d’antan. Mais le charme d’antan ne suffit pas à masquer les faiblesses du présent. Il ne suffit pas de faire revenir une icône pour faire revivre ce qui faisait la force des films de l’époque.
Le contexte n’est plus le même, et le public non plus. Là où Stallone a su tirer parti de son âge dans Tulsa King, avec une certaine autodérision et un personnage bien ancré dans son époque, Schwarzenegger semble ici figé dans une version trop lisse de lui-même. L’autre difficulté de FUBAR, c’est son positionnement. Ce n’est ni une vraie série d’espionnage, ni une pure comédie. Le mélange ne fonctionne pas toujours, et le ton varie trop souvent d’un épisode à l’autre pour créer une véritable identité. Par moments, on pense être devant une parodie assumée, à d’autres, la série semble vouloir se prendre au sérieux. Ce flottement empêche de s’investir pleinement dans l’histoire.
Il devient difficile de savoir comment interpréter ce que l’on regarde : faut-il rire des situations absurdes ou les prendre comme des enjeux dramatiques ? FUBAR reste constamment sur le fil, sans jamais trancher, et cela finit par lasser. Côté action, le bilan est aussi mitigé. Quelques séquences tentent de rappeler les grandes heures des films d’espionnage, avec des explosions, des fusillades, des courses-poursuites. Mais là encore, tout est un peu trop sage, trop chorégraphié, presque aseptisé. Le manque de tension se fait ressentir, d’autant que l’invulnérabilité des protagonistes enlève tout enjeu réel. Le problème ne vient pas forcément du niveau d’énergie de Schwarzenegger, mais plutôt de la manière dont ces scènes sont intégrées au récit.
Trop espacées, trop convenues, elles n’apportent pas le souffle qu’on est en droit d’attendre d’une série de ce genre. Au cœur de la série, la relation entre le père et la fille aurait pu servir de colonne vertébrale solide. Mais là encore, le traitement reste assez superficiel. Les conflits sont prévisibles, les réconciliations le sont tout autant, et les dialogues manquent de naturel. L’émotion ne prend pas, même dans les scènes censées être plus touchantes. On aurait pu s’attendre à une évolution plus nuancée, une montée en puissance relationnelle, voire quelques vrais moments de complicité. À la place, le duo semble avancer sur des rails, sans jamais vraiment surprendre ni convaincre.
Voir Arnold à l’écran reste un plaisir, mais dans FUBAR, ce plaisir est teinté de frustration. L’acteur semble faire ce qu’il peut avec le matériel qu’on lui a donné, mais le rôle manque cruellement d’envergure. On retrouve les mimiques, le sourire en coin, la prestance, mais cela ne suffit pas à faire oublier que le personnage est écrit sans réelle ambition. La série semble hésiter entre hommage et recyclage. À force de jouer la carte de l’autodérision, FUBAR finit par affaiblir ce qui aurait pu être un vrai retour en force. Le personnage n’est ni assez sérieux pour porter l’histoire, ni assez drôle pour faire office de moteur comique. FUBAR donne l’impression d’un projet conçu à l’envers : on a voulu un véhicule pour une star, puis on a brodé autour une histoire sans réel enjeu.
Le résultat est une série qui se regarde sans passion, qui s’écoute d’une oreille distraite, et qui s’oublie aussi vite qu’elle se consomme. Ce n’est pas que tout soit mauvais, mais tout est trop tiède pour marquer. Quelques scènes font sourire, certains échanges fonctionnent, et on sent que tout cela aurait pu mieux marcher avec une écriture plus affûtée, une structure plus solide, et un ton plus assumé. En tant qu’admirateur de longue date d’Arnold au cinéma, j’aurais aimé pouvoir défendre ce projet. Mais après huit épisodes, difficile de masquer la déception. FUBAR n’est ni la série d’action qu’on pouvait espérer, ni la comédie familiale réussie qu’elle prétend être. Un objet hybride, sans réelle identité, porté par une nostalgie qui ne suffit plus à faire illusion.
Note : 4.5/10. En bref, ce n’est pas que tout soit mauvais, mais tout est trop tiède pour marquer. Quelques scènes font sourire, certains échanges fonctionnent, et on sent que tout cela aurait pu mieux marcher avec une écriture plus affûtée, une structure plus solide, et un ton plus assumé.
Disponible sur Netflix
La saison 2 de Fubar est disponible sur Netflix.
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