10 Juin 2025
La deuxième saison de Grosse Pression (titre original : Tires), disponible sur Netflix, prolonge les aventures chaotiques de l’équipe de la station-service Valley Forge. Si la première saison m’avait laissé une impression mitigée, cette suite semble au moins vouloir aller quelque part. Plus de personnages, plus de situations concrètes, mais aussi une forme de continuité dans les faiblesses qui traversent la série depuis ses débuts. Ce n’est pas une révolution, mais il y a un certain redressement. Douze épisodes cette fois-ci, soit le double de la première saison. Une durée qui pourrait laisser penser à un projet plus ambitieux.
Dans les faits, c’est une saison qui reste bancale, mais où les intentions sont un peu plus claires. Au centre du récit, Will (interprété par Steve Gerben) tente toujours de sortir de l’ombre familiale. Responsable d’un garage appartenant à son père, il cherche à redonner un peu de vigueur à une entreprise en déclin. Il veut grandir, faire ses preuves, mais continue de traîner une image de "fils de", et de se battre contre l’inertie générale du lieu. On sent qu’il voudrait bien s’émanciper de cette réputation, qu’il cherche une forme de légitimité. Il est sérieux, sincère, mais trop souvent pris de court. À ses côtés, Shane (Shane Gillis), son cousin, occupe un rôle à mi-chemin entre le parasite et le trublion.
Il incarne une certaine forme de résistance à toute ambition, préférant l’humour gras et les attitudes provocantes à toute forme d’implication réelle. Pourtant, malgré ses écarts, un fond de loyauté affleure par moments. C’est un personnage qui, derrière ses postures, donne parfois des signes de vouloir plus qu’un rôle d’élément perturbateur. Ce qui frappe dans cette deuxième saison, c’est ce double mouvement constant entre des moments de tentative narrative et des scènes de pure dérision. La série essaye de poser des enjeux, de suivre des trajectoires un peu plus étoffées que lors de la première saison, sans pour autant renoncer à une certaine obsession pour l’humour potache.
Il y a parfois des épisodes qui démarrent avec une vraie promesse : un conflit entre père et fils, une stratégie commerciale risquée, une histoire d’amour qui hésite à exister… Puis, en quelques minutes, tout peut basculer dans des échanges absurdes, des situations volontairement idiotes, ou des blagues douteuses. Ce déséquilibre structurel donne un rythme haché à l’ensemble. Certains épisodes ont du mal à tenir leur propre ligne. D’autres arrivent à combiner le burlesque avec un peu plus de densité. Mais globalement, c’est une série qui ne semble pas encore vouloir choisir entre la farce permanente et le portrait un peu plus nuancé d’un monde en crise.
Un des aspects les plus marquants – et souvent fatigants – de cette saison, c’est la manière dont elle s’appuie sur une forme très basique de virilité. Les dialogues sont souvent centrés sur la performance sexuelle, les humiliations entre hommes, et la volonté d’asseoir une forme de domination. Cela donne lieu à des séquences où chacun tente de surpasser l’autre à coups d’insultes ou de provocations. Ce type d’humour peut avoir sa place dans une comédie de bureau, surtout quand elle veut représenter un environnement rude et peu raffiné. Mais ici, le dosage est rarement équilibré. L’ensemble finit par tourner en rond, et les situations deviennent prévisibles.
Ce qui pourrait fonctionner comme un simple décor devient parfois un frein, tant cette insistance sur une virilité caricaturale vient écraser d’autres possibles narratifs. Les personnages féminins, quant à eux, restent secondaires. Même si Kelly (Veronika Slowikowska), employée d’un service traiteur, ou Kilah (Kilah Fox), réceptionniste du garage, ont droit à un peu plus de temps à l’écran, elles peinent à sortir d’un rôle d’appui. Leur présence ne permet pas vraiment de nuancer l’univers très masculin de la série. Il y a bien quelques tentatives d’interactions plus équilibrées, mais elles restent souvent anecdotiques. La bonne surprise vient de certaines évolutions de personnages. Shane, par exemple, laisse entrevoir un côté plus complexe, notamment dans sa relation avec son père, Phil (Thomas Haden Church).
Cet homme dominateur, qui revient dans la vie de Shane comme une menace à peine voilée, permet de comprendre certains aspects du comportement de son fils. On découvre alors un personnage moins monolithique, tiraillé entre ses habitudes immatures et un désir de sortir de l’ombre paternelle. Will, de son côté, cherche à donner un second souffle au garage. Il tente de convaincre un banquier de lui accorder un prêt, il propose de nouvelles stratégies commerciales, et affronte son père avec un peu plus de fermeté. Ces efforts pour faire évoluer la situation donnent lieu à quelques scènes plus intéressantes, où l’écriture tente autre chose que l’habituelle opposition entre loser et gros bras.
Dave (interprété par Stavros Halkias) reste un personnage problématique, volontairement détestable. Il incarne un superviseur tyrannique, que les autres supportent par dépit. Son comportement sexiste et autoritaire n’est pas adouci par une quelconque remise en question. Il sert souvent de catalyseur aux tensions, mais son traitement reste assez linéaire. Ce qui finit par émerger, c’est une forme de solidarité étrange entre ces personnages cabossés. Chacun porte une part de ratage, de renoncement ou de frustration, et c’est dans cette reconnaissance mutuelle que naissent les rares moments d’empathie. Il n’y a pas de héros dans Grosse Pression, seulement des gens qui essaient, parfois maladroitement, de se maintenir à flot.
Le décor du garage, avec ses pneus usés, ses néons fatigués et ses clients grognons, devient une sorte de refuge pour ces marginaux du quotidien. Même si tout est rouillé, même si les dynamiques sont toxiques, il y a quelque chose de familier dans cette ambiance. Et c’est peut-être là que la série trouve un certain intérêt : dans la représentation de vies ordinaires, coincées entre routine et aspiration au changement. La série flirte par moments avec une critique sociale plus appuyée. L’idée de devoir brader des pneus pour survivre, de se battre contre les banques, ou de composer avec un système hiérarchique rigide pourrait donner lieu à un propos plus ample. Mais ces éléments restent à l’état d’ébauche.
Ils servent surtout de prétexte aux scènes de tension ou aux éclats comiques. Le ton de la série, volontairement abrasif, ne laisse pas toujours la place à la nuance. Certaines scènes tendres ou mélancoliques tombent à plat, faute de mise en contexte suffisante. Difficile de s’émouvoir quand la minute d’avant était consacrée à une blague graveleuse. Et pourtant, ces tentatives d’émotion existent, et montrent une volonté – certes maladroite – de dépasser le simple cadre de la comédie trash. Avec cette deuxième saison, Grosse Pression amorce un tournant. Il y a plus de matière, plus de personnages, et un semblant d’arc narratif. Les intentions sont perceptibles, même si l’exécution reste inégale.
La série continue de se débattre entre son goût pour le grotesque et un désir de raconter autre chose. Il y a encore beaucoup de maladresses, une vision de la masculinité datée, et un humour qui repose trop souvent sur la provocation facile. Mais il y a aussi des pistes plus intéressantes : des liens familiaux complexes, des ambitions contrariées, et une volonté de montrer que derrière les postures se cachent souvent des failles profondes. Est-ce que cela suffit à transformer la série en incontournable ? Pas vraiment. Mais c’est une étape et parfois, dans une comédie de garage, il faut accepter que la réparation prenne du temps.
Note : 5/10. En bref, une mécanique encore grinçante, mais mieux huilée. La série continue de se débattre entre son goût pour le grotesque et un désir de raconter autre chose. Il y a encore beaucoup de maladresses, une vision de la masculinité datée, et un humour qui repose trop souvent sur la provocation facile. Mais il y a aussi des pistes plus intéressantes traitées dans cette saison 2.
Disponible sur Netflix
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