9 Décembre 2025
Hunting Season // De RJ Collins. Avec Mel Gibson, Shelley Hennig et Sofia Hublitz.
Les producteurs de Direct to VOD adorent ressortir régulièrement le même modèle de thriller rural : un père bourru, une cabane reculée, une menace venue frapper à la mauvaise porte. Hunting Season, réalisé par Raja Collins, s’inscrit pile dans cette lignée. Rien d’étonnant donc de retrouver Mel Gibson dans la peau d’un survivaliste taiseux, vivant loin du monde avec sa fille adolescente. Le film coche toutes les cases du genre, avec une pincée de drame familial et un parfum de vengeance. Mais malgré quelques moments efficaces, l’ensemble ressemble trop souvent à une version sous-vitaminée de ce que le cinéma d’action produit depuis trente ans.
Un père célibataire est prêt à tout pour protéger sa fille de 13 ans du monde corrompu qui l'entoure.
Le récit prend forme autour de Bowdrie, un homme qui a fait du silence et de la prudence son mode d’existence. La vie qu’il partage avec Tag, sa fille, se résume à la chasse, au bricolage et à une méfiance assumée envers la société. Ce quotidien spartiate bascule le jour où Tag tombe sur une jeune femme grièvement blessée, échouée près de la rivière. La jeune inconnue, January, traîne derrière elle un passé compliqué et un groupe de criminels déterminés à la retrouver. À partir de là, Bowdrie n’a plus le choix : sa tranquillité se transforme en terrain de chasse inversé, et le duo père-fille doit survivre à des hommes prêts à tout. Sur le papier, Hunting Season promet un mélange d’action brutale et de tension psychologique. Dans les faits, l’élan reste souvent bloqué au stade de l’intention.
Le réalisateur installe un rythme lent qui pourrait fonctionner dans un thriller contemplatif, mais qui ici finit par casser l’énergie du récit. Les affrontements existent, bien sûr, mais ils surgissent tard et disparaissent presque aussi vite qu’ils arrivent. La montée en tension ressemble plutôt à une succession de petites secousses qu’à une réelle explosion. Heureusement pour le film, Mel Gibson porte la majorité du récit sur ses épaules. Son interprétation donne un minimum de densité à Bowdrie, ce père qui oscille entre douceur maladroite et violence assumée. Gibson sait jouer ce type de rôle, celui d’un homme marqué, fatigué, mais encore capable d’être dangereux si la situation l’exige.
Une scène retient particulièrement l’attention : un interrogatoire improvisé au-dessus d’une tondeuse prête à scalper un criminel. Le film bascule alors dans un ton plus grinçant, presque amusé, qui montre ce que Hunting Season aurait pu devenir si Collins avait osé davantage. Face à Gibson, Sofia Hublitz surprend par la force tranquille de son personnage. Tag n’est pas l’adolescente rebelle archétypale que ce genre de film impose souvent. Son lien avec Bowdrie semble authentique et apporte un peu de chaleur dans un récit qui en manque parfois. Leur duo renforce l’idée que Hunting Season préfère s’attarder sur la relation familiale plutôt que sur le déchaînement d’action annoncé.
Cette orientation aurait pu fonctionner… si le scénario avait offert plus de nuances, moins de dialogues explicatifs, et surtout une mise en scène plus solide. Le point le plus discutable du film reste sans doute son antagoniste. Alejandro, le chef du cartel lancé sur les traces de January, est incarné par Jordi Mollà avec une excentricité qui frôle régulièrement la caricature. Ses scènes oscillent entre menace crédible et performance théâtrale débridée. Le résultat déstabilise. Par moments, Alejandro effraie réellement. À d’autres, il ressemble davantage à un méchant sorti d’une parodie d’action. Le film se retrouve coincé entre deux directions : un réalisme sombre ou un ton plus pulp assumé. Collins ne choisit jamais vraiment, ce qui rend l’ensemble inégal.
La mise en scène peine aussi à créer une ambiance propre. Le cadre forestier s’y prête pourtant. Mais Collins n’exploite ni l’isolement, ni la géographie, ni les possibilités visuelles du lieu. Les scènes d’action, lorsqu’elles pointent le bout de leur nez, manquent de souffle. Elles sont trop courtes, trop sages, trop découpées pour donner le frisson attendu d’un film qui porte “Hunting” dans son titre. Reste une violence brute dans quelques moments-clés, mais insuffisante pour compenser les longueurs qui dominent le film. Le scénario, signé Adam Hampton, tente toutefois d’apporter un fond émotionnel avec l’idée d’un père qui doute de la capacité de sa fille à survivre seule.
C’est d’ailleurs dans ces instants-là que le film fonctionne le mieux. Le regard inquiet de Bowdrie, lorsqu’il réalise que Tag doit affronter ses propres démons, a plus d’impact que n’importe quel tir de fusil. Même si Hunting Season n’approfondit pas ce thème autant qu’il le pourrait, cette dynamique père-fille reste la pièce la plus solide de l’ensemble. Au final, Hunting Season n’est pas un mauvais film, mais il reste trop coincé dans une formule usée pour véritablement s’imposer. Le récit se perd dans un va-et-vient entre drame familial, thriller rural et film d’action sans jamais aller au bout de ses ambitions. Il manque un souffle, une direction claire, un regard plus affirmé.
Gibson, malgré toute sa présence, ne peut pas tout sauver. Le film existe, remplit son cahier des charges, mais peine à laisser une vraie trace. Pour les fans de Mel Gibson, il reste quelques scènes à savourer. Pour les amateurs de thrillers musclés, l’expérience risque de paraître trop tiède. Hunting Season aurait pu être un ride nerveux et tendu ; il se contente d’un sentier déjà parcouru, sans vraiment chercher à défricher plus loin.
Note : 5/10. En bref, Hunting Season n’est pas un mauvais film, mais il reste trop coincé dans une formule usée pour véritablement s’imposer. Le récit se perd dans un va-et-vient entre drame familial, thriller rural et film d’action sans jamais aller au bout de ses ambitions. Il manque un souffle, une direction claire, un regard plus affirmé.
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