4 Juin 2025
La nouvelle série Stick, disponible sur Apple TV+, s’inscrit dans une tendance bien connue : celle du feel-good autour du sport, avec une touche de drame personnel et une pincée d’humour maladroit. Ce genre de mélange a ses adeptes, et ce n’est pas un hasard si les plateformes misent dessus. Mais après avoir vu les trois premiers épisodes de la saison 1, difficile d’ignorer une impression persistante : celle d’un potentiel sous-exploité. Dès les premières minutes, Stick plante un décor familier : celui d’un homme abîmé par la vie, qui retrouve un certain souffle au contact d’un jeune prodige.
Pryce Cahill est une ancienne gloire du circuit pro de golf, dont la carrière a déraillé prématurément 20 ans auparavant. Alors que son mariage n'est plus qu'un lointain souvenir et après s'être fait virer d'un magasin de sports dans l'Indiana, Pryce mise tout son avenir et son argent sur Santi, un jeune prodige du golf de 17 ans en difficulté.
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Rien de révolutionnaire dans cette dynamique, mais ça reste une structure efficace. Ici, c’est Pryce Cahill, un vendeur d’articles de sport d’apparence banale, qui incarne ce type de personnage : cabossé, un peu paumé, mais pas dénué d’humanité. Il croise la route de Santi, un adolescent aux qualités prometteuses dans un sport encore rarement exploité à la télévision : le golf. Le lien entre ces deux personnages semble vouloir combler des manques. D’un côté, un adulte hanté par un passé douloureux. De l’autre, un ado dont le talent cache visiblement des blessures personnelles. À travers cette relation, la série tente de poser les bases d’un récit sur la reconstruction et la transmission.
Mais dès ce premier épisode, quelque chose coince. L’ensemble manque de tension dramatique et de subtilité émotionnelle, comme si la série se contentait de survoler ses thématiques. Visuellement, Stick ne cherche pas à impressionner. Le rythme est calme, la photographie propre, la réalisation fonctionnelle. Rien ne dérange, mais rien ne retient non plus. La mise en scène semble se plier aux codes du genre sans chercher à s’en détacher. Tout est prévisible, jusqu’aux moindres expressions faciales des personnages. C’est un peu comme si la série suivait une feuille de route bien balisée, sans jamais prendre le risque de faire un détour. L’impression est renforcée dès le deuxième épisode, où la mécanique narrative devient encore plus visible. Chaque scène semble annoncer la suivante.
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L’écriture cède aux automatismes : triangle amoureux esquissé, malentendus classiques, situations gênantes qui veulent provoquer un sourire, mais qui laissent souvent indifférent. Un autre point qui freine l’immersion dans l’univers de Stick, c’est le traitement inégal de ses personnages. Certains sont à peine esquissés, réduits à des fonctions narratives. Zero, par exemple, est introduit comme une figure originale, à la fois caddy, confident et intérêt amoureux potentiel. Mais son développement reste superficiel, et la série semble davantage s’intéresser à l’impact qu’iel a sur Santi ou Pryce qu’à ce qu’iel est en tant que personne. Même constat du côté des seconds rôles : Mitts, le meilleur ami de Pryce, est cantonné au rôle de râleur grincheux.
Ses blagues sur les jeunes générations ou les habitudes alimentaires tombent à plat, comme si l’écriture s’accrochait à une forme d’humour déjà fatiguée. Quant à Elena, la mère de Santi, elle est quasiment absente du tableau, alors qu’elle aurait pu incarner un contrepoint intéressant dans cette dynamique centrée sur des figures masculines. Le troisième épisode marque un tournant, mais pas forcément dans le bon sens. Il donne l’impression que Stick aurait gagné à être un film plutôt qu’une série. La narration peine à justifier sa durée. Des scènes entières – notamment celles qui se déroulent dans un motel – semblent là pour meubler, sans apporter quoi que ce soit à l’évolution des personnages ou à la tension dramatique. L’intrigue commence pourtant à se préciser, avec l’amorce d’un tournoi de golf.
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Mais là encore, la série suit des rails déjà empruntés mille fois. Aucun vrai suspense, peu de surprise. Les dialogues sonnent souvent creux, comme s’ils tentaient désespérément de remplir le silence sans avoir grand-chose à dire. L’émotion, elle, reste en surface, et les tentatives de comédie tombent souvent à côté. Ce qui frappe en regardant ces trois premiers épisodes, c’est cette sensation d’une série qui s’est arrêtée à son concept. L’idée de départ avait de quoi séduire : un duo improbable, un sport peu représenté, et une galerie de personnages susceptibles d’explorer des enjeux générationnels, identitaires et émotionnels. Mais tout cela reste à l’état d’ébauche.
Stick semble plus préoccupée par son ambiance « feel-good » que par la construction d’un récit solide. Résultat : une série qui survole ses thèmes, esquisse ses personnages et s’appuie sur des formules déjà vues. On y retrouve une volonté de séduire le même public que celui de Ted Lasso ou Shrinking, mais sans la finesse d’écriture ni l’attachement sincère aux protagonistes. Il serait injuste de dire que Stick est un échec total. Il y a des moments où l’on perçoit une vraie volonté de bien faire. Owen Wilson, dans le rôle de Pryce, apporte une certaine douceur à son personnage. Même si l’écriture ne lui donne pas toujours de quoi briller, il parvient à incarner cette figure d’homme usé mais pas cynique, encore capable de croire à une seconde chance.
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Par ailleurs, l’univers du golf est plutôt bien intégré, sans tomber dans la caricature. Les scènes sur le terrain sont modestes mais crédibles, et donnent un peu de relief à un ensemble qui en manque cruellement. Le duo Pryce/Santi fonctionne par intermittence, et certaines scènes laissent entrevoir ce que la série aurait pu devenir avec un ton plus juste et une narration plus dense. Après trois épisodes, le constat s’impose : Stick démarre lentement, sans véritable élan, et donne le sentiment de ne pas savoir où elle va. Ce n’est pas tant l’histoire qui pose problème que la manière dont elle est racontée. Chaque épisode s’étire, les enjeux peinent à se cristalliser, et l’émotion reste diffuse. On regarde sans déplaisir, mais sans réelle implication non plus.
Ce genre de série, qui joue la carte de la bienveillance et du sport comme vecteur de renaissance personnelle, nécessite un minimum de subtilité pour fonctionner. Or ici, tout semble calibré, prévisible, sans prise de risque. Il reste à voir si la suite saura bousculer un peu cette mécanique trop bien huilée. En l’état, Stick donne surtout envie de revoir d’autres séries du même genre, qui, elles, ont su trouver le bon ton.
Note : 4.5/10. En bref, tout semble calibré, prévisible, sans prise de risque. Il reste à voir si la suite saura bousculer un peu cette mécanique trop bien huilée.
Disponible sur Apple TV+
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