Stick (Saison 1, 10 épisodes) : une comédie dramatique qui joue sur les codes sans toujours les dépasser

Stick (Saison 1, 10 épisodes) : une comédie dramatique qui joue sur les codes sans toujours les dépasser

La première saison de Stick, disponible sur Apple TV+, m’a laissé un goût étrange. Ni totalement convaincu, ni franchement déçu, j’en ressors avec l’impression d’avoir assisté à un spectacle agréable mais profondément balisé. En choisissant de suivre un ancien golfeur déchu qui tente de se reconstruire en accompagnant un adolescent talentueux sur les greens, la série promettait un récit de rédemption teinté de tendresse et d’humour. Pourtant, derrière cette surface soignée, tout n’est pas aussi bien aligné que sur un green fraîchement tondu. Dix épisodes plus tard, difficile de trancher définitivement sur cette proposition. 

 

Car si Stick séduit par son casting, son esthétique léchée et quelques moments bien sentis, elle s’enlise aussi dans des facilités narratives et un traitement parfois trop mécanique de ses personnages et de leurs blessures. Le personnage principal, Pryce Cahill, est campé par Owen Wilson, dont la présence donne immédiatement une tonalité particulière à la série. Ce n’est pas un rôle inédit pour lui : homme en crise, sourire las, regard en coin, détachement apparent qui masque une vraie fêlure. Le genre de personnage auquel il donne facilement chair. Pryce est un ancien champion de golf qui a tout perdu après un effondrement psychologique en plein tournoi. Sa carrière s’est arrêtée net, sa vie personnelle n’a pas tenu le choc. 

 

Aujourd’hui, il survit entre des cours de golf dispensés à des retraitées fortunées et des combines douteuses avec son ami Mitts, interprété par Marc Maron. L’intrigue démarre vraiment lorsque Pryce découvre Santi, un adolescent qui s’introduit régulièrement sur le terrain de golf pour frapper quelques balles. L’évidence est immédiate : ce gamin a du talent. Du genre brut, instinctif, presque insolent. Mais aussi un sacré bagage émotionnel que l’on devine dès les premières scènes. Plutôt que de l’ignorer, Pryce voit en lui une chance de rédemption. Un objectif. Une manière de refaire surface, en l’aidant à atteindre les sommets que lui-même n’a pas su conserver. Cette dynamique mentor/élève rappelle évidemment d’autres récits du même genre. 

 

Rien de neuf dans la structure, mais une base solide pour explorer des relations humaines, si tant est que l’écriture suive. Au fil des épisodes, les failles des personnages sont dévoilées de manière très didactique. La série ne laisse pas beaucoup de place à la subtilité : chaque blessure du passé trouve son miroir dans une situation présente, comme si le récit suivait une grille prédéfinie à cocher. Santi a été abandonné par un père exigeant et toxique. Pryce porte le deuil d’un enfant perdu, cause de son effondrement. Elena, la mère de Santi, protège son fils avec une énergie féroce, née d’un quotidien marqué par la précarité et la solitude.

Tout est expliqué, surligné, parfois même martelé. Il manque ce flottement qui rend les personnages plus humains, moins lisibles. 

 

Leur souffrance devient un mécanisme narratif plutôt qu’un élément organique de leur personnalité. Et c’est précisément là que Stick commence à s’essouffler. Là où d’autres séries choisissent de suggérer, celle-ci préfère illustrer, démontrer, aligner les causes et les effets comme des pièces sur un échiquier. Cela donne un rythme assez linéaire à l’ensemble, même si quelques épisodes parviennent à faire respirer l’intrigue, notamment autour du cinquième, qui explore davantage la relation entre Pryce et son passé. L’un des points les plus réussis de la série réside dans son ambiance visuelle. Le travail sur les couleurs, la lumière et les décors contribue à créer une atmosphère chaleureuse, presque réconfortante. 

 

Les tenues impeccables, les greens bien entretenus, les plans larges sur les parcours de golf au coucher du soleil… tout concourt à rendre l’univers agréable à l’œil. Mais là encore, une impression d’effort appuyé persiste. Comme si la série voulait absolument faire du bien, au point de gommer toute aspérité. Même les moments de crise semblent contenus dans un cadre bien délimité, sans débordement. Cela fonctionne pour ceux qui cherchent un divertissement sans tension, mais peut frustrer ceux qui espéraient des enjeux plus profonds. Chaque épisode fait progresser l’histoire de manière fluide. La série adopte un format de 30 à 40 minutes, assez efficace pour ne pas s’éterniser. L’arc principal – faire participer Santi à des tournois amateurs – fournit une structure claire, avec des étapes, des défis, des réussites et des échecs. 

 

L’ajout progressif de nouveaux personnages, comme Zero, une jeune serveuse qui devient caddie et love interest, vient dynamiser un peu l’ensemble. Mais le sentiment de répétition s’installe rapidement. Chaque nouvelle étape semble liée à un problème émotionnel à résoudre, comme si la série ne savait pas raconter autre chose que le passé de ses personnages. L’évolution se fait, mais elle reste souvent prévisible. Même les retournements censés surprendre arrivent avec une certaine inertie. Malgré son cadre, Stick n’est pas vraiment une série sur le golf. Le sport n’est qu’un prétexte pour parler d’autre chose : deuil, reconstruction, liens familiaux, confiance en soi. Les scènes de compétition sont bien filmées, mais rarement palpitantes. 

 

Le manque d’enjeux sportifs clairs ou de stratégie visible rend difficile l’adhésion aux matchs. Cela n’aurait pas été un problème si le reste du récit avait su captiver davantage. Mais en minimisant l’aspect sportif tout en peinant à densifier ses intrigues personnelles, Stick finit par perdre un peu en intensité. Il y a de belles scènes, mais peu de frissons. Owen Wilson s’impose sans forcer. Il incarne Pryce avec une justesse mélancolique qui fonctionne bien, même si son personnage manque parfois de nuance dans l’écriture. Peter Dager, dans le rôle de Santi, navigue entre colère rentrée et vulnérabilité, mais il peine à rendre son personnage attachant sur la durée. Il faut attendre plusieurs épisodes pour que sa complexité prenne le dessus sur ses sautes d’humeur.

 

Marc Maron apporte une touche d’ironie bienvenue. Son personnage de Mitts, à la fois cynique et loyal, donne un contrepoids au sérieux ambiant. Quant à Lilli Kay (Zero), elle divise. Énergique, militante, un peu caricaturale, elle apporte du relief mais au prix d’un certain déséquilibre dans la tonalité générale. Certaines de ses interventions sonnent forcées, voire artificielles. Sans rien dévoiler de l’intrigue, le dernier épisode boucle les arcs narratifs principaux avec une logique implacable. Peut-être trop. Chaque élément trouve sa résolution, chaque conflit sa conclusion. Rien ne déborde, rien ne surprend vraiment. Cela peut suffire pour un spectateur en quête de bouclage propre, mais cela frustre lorsqu’on espérait un peu d’audace.

 

La série semble avoir hésité jusqu’au bout entre assumer pleinement son côté comédie dramatique ou oser davantage le drame pur. Ce positionnement hybride lui nuit, car il rend l’ensemble trop sage, trop maîtrisé. Dans la jungle des séries actuelles, Stick coche beaucoup de cases : format court, thématiques émotionnelles, casting séduisant, photographie impeccable, légèreté assumée. Mais ce formatage, justement, finit par produire une œuvre qui, malgré ses qualités, manque de personnalité. Il y a des moments sincères, des dialogues bien écrits, des sourires et même quelques émotions fortes. Mais rien qui persiste une fois l’épisode terminé. La série se consomme facilement, mais laisse peu de traces. 

 

Un peu comme un bon café instantané : plaisant sur le moment, mais oubliable dès la tasse vidée. En fin de compte, Stick saison 1 remplit son contrat sans pour autant dépasser les attentes. Il y a des qualités évidentes – un acteur principal solide, une ambiance visuelle agréable, une structure narrative claire – mais elles ne suffisent pas à masquer ses limites. Trop balisée, trop prévisible, parfois un peu trop appuyée dans son désir de faire du bien, la série passe à côté de ce qui aurait pu en faire une œuvre marquante. Elle reste regardable, plaisante même, mais laisse l’impression d’un potentiel inexploité. Une saison 2 pourrait changer la donne, à condition d’oser prendre des risques narratifs et d’épaissir ses personnages au lieu de les résumer à leurs blessures.

 

Note : 6/10. En bref, une série estivale facile à suivre, portée par un Owen Wilson efficace, mais qui ne bouscule rien. À recommander aux amateurs de récits de rédemption tranquilles… à condition d’accepter les raccourcis et le manque d’aspérités.

Disponible sur Apple TV+

 

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