17 Juillet 2025
Certains dimanches ont une humeur bien à eux. Pas ceux où tout s’active. Ceux où rien ne presse. Thé fumant, lumière douce filtrant à travers les rideaux, boîte de biscuits à portée de main. Un moment calme, presque suspendu, où l’on cherche quelque chose de simple, pas prise de tête. C’est dans ce genre de contexte que Bookish fait plutôt bien l’affaire. La série, lancée sur U&Alibi, trouve sa place dans ce petit créneau de confort feutré, entre deux bouchées de Delacre et quelques bâillements discrets. Les deux premiers épisodes posent le décor : Londres, 1946. Un Londres d’après-guerre encore cabossé, mais déjà en mouvement. Les ruelles portent les cicatrices des bombardements, les regards trahissent la fatigue des années noires, mais l’époque se réveille doucement.
Dans le Londres d'après-guerre, en 1946, Gabriel Book, le propiétaire d'une librairie, aide la police à résoudre des affaires mystérieuses à l'aide des milliers de livres qui bordent les étagères de sa boutique et lui fournissent ainsi de précieuses connaissances pour l'aboutissement de ses enquêtes.
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Dans ce cadre, un certain Gabriel Book tient une librairie. Et comme on peut s’en douter (sans que ce soit un grand secret), il ne vend pas seulement des livres. Il résout aussi quelques meurtres, l’air de rien. Gabriel Book n’a rien d’un héros de roman noir. Il n’élève pas la voix, ne court pas après les suspects dans les ruelles sombres. Il lit. Il observe. Il discute. Il laisse les choses venir à lui. Et curieusement, ça marche. Le personnage, interprété par Mark Gatiss, est tout en retenue, mais avec cette pointe d’ironie typiquement britannique qui rend ses interventions agréables sans chercher à faire le show. Loin des détectives flamboyants ou des inspecteurs à la mèche rebelle, il incarne une autre manière de résoudre les énigmes : tranquillement, presque poliment.
Il y a quelque chose d’apaisant dans cette posture. Pas de gadget, pas de course contre la montre, pas d’intrigue tordue à la limite de l’incompréhensible. Ici, les choses s’enchaînent avec logique. Pas forcément avec surprise, mais avec une certaine cohérence. C’est du polar classique, mais assumé comme tel. Pas de volonté de moderniser à tout prix, pas d’effet tape-à-l’œil. Le Londres de l’immédiat après-guerre, ce n’est pas le Londres du Swinging Sixties. C’est une ville encore engourdie, qui panse ses plaies, mais qui commence à se réorganiser. Les décors, les costumes, l’ambiance générale donnent cette impression de réalisme tranquille, sans exagération. On y croit sans effort. Les rues pavées, les intérieurs modestes mais soignés, les costumes trois pièces un peu élimés…
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Tout concourt à installer une ambiance crédible. Rien ne semble forcé. Le décor n’est pas là pour impressionner, juste pour envelopper les personnages dans une époque. Et cette sobriété fonctionne. On se laisse porter. Le Londres de Bookish n’est pas celui des grands événements historiques. C’est celui du quotidien, des librairies discrètes, des salons un peu désuets et des meurtres qui n’intéressent que quelques curieux. L’intrigue de ce premier double épisode tourne autour de l’empoisonnement d’un boucher. Pas de grand complot, pas d’enquête à rebondissements multiples. Juste un décès suspect, quelques personnages secondaires bien choisis, et une enquête menée avec méthode. Ce n’est pas que l’histoire soit palpitante, mais elle est construite avec soin.
Les indices sont là, les dialogues sont clairs, les pistes s’organisent sans perdre le spectateur. Même si l’on devine assez vite la direction de l’intrigue, on prend un certain plaisir à suivre les différentes étapes. Il y a quelque chose d’artisanal dans cette narration. Une volonté de bien faire, de ne pas bousculer le spectateur. Cela pourrait être un reproche, mais ici, c’est ce qui donne à la série son rythme particulier. L’intrigue se déroule sans à-coup, comme un bon vieux Cluedo dont on connaît déjà les règles. Cela ne bouleverse rien, mais ça remplit son rôle. Gabriel Book n’est pas seul. Il partage ses aventures avec Trottie, son épouse, jouée par Polly Walker. Leur duo est plutôt bien équilibré. Il ne repose pas sur des tensions artificielles ni sur des effets comiques trop appuyés.
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Il s’agit d’un couple complice, avec des échanges simples, naturels, et une dynamique qui évite les clichés du genre "elle court partout, il freine tout". Ils se complètent, sans que cela devienne une caricature de détectives amateurs. Leur relation a ce petit quelque chose de solide et apaisé, fruit d’une longue histoire plutôt que d’une romance récente. Trottie n’est pas là pour faire tapisserie. Elle prend part à l’enquête, intervient quand il le faut, pose les bonnes questions. Le tout avec un ton juste, sans exagération. Elle ne cherche pas à s’imposer, mais sa présence apporte une vraie plus-value. Là aussi, la série ne cherche pas le spectaculaire. Elle se contente de rendre crédibles les personnages, ce qui est déjà beaucoup.
Un autre personnage fait son apparition : Jack, un jeune homme au passé un peu flou, recueilli par le couple. Pour l’instant, il sert surtout de relais entre le spectateur et le duo principal. Il pose des questions, découvre les choses avec nous. Son rôle est encore assez limité, mais son intégration dans la dynamique du groupe semble prometteuse. Il apporte une touche de fraîcheur sans tomber dans le piège de l’ado rebelle ou du jeune prodige. Juste un garçon qui essaie de trouver sa place. À voir comment son personnage évoluera dans les prochains épisodes. En revanche, le sergent Morris, figure de la police locale, semble pour l’instant plus caricatural. Son opposition à Gabriel paraît un peu trop appuyée. Il grogne, il râle, il refuse de croire que le libraire puisse avoir de l’intuition.
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Cela fonctionne pour créer un peu de tension, mais on attendrait un peu plus de subtilité. Peut-être que cela viendra avec le temps. Pour l’instant, son rôle reste figé. Ce qui frappe dans ces deux premiers épisodes, c’est la modestie de l’ensemble. Bookish ne cherche pas à s’imposer comme la nouvelle référence du polar. Elle ne mise ni sur la violence ni sur l’audace narrative. Elle ne joue pas la carte de l’humour noir ou de la complexité psychologique. Elle s’inscrit dans une tradition très britannique de la série policière douce, presque domestique. C’est un choix. Et il est assumé. Certes, cela rend certains passages prévisibles. L’enquête n’est pas un casse-tête, et les retournements de situation sont limités.
Mais dans un paysage télévisuel souvent saturé de twists et de surenchère, ce retour à une forme de simplicité a quelque chose de reposant. C’est une série qui accompagne plus qu’elle ne capte. On peut la suivre d’un œil tout en buvant son thé. Et parfois, c’est exactement ce qu’il faut. Il y a, dans Bookish, une tentative constante d’humour discret. Des jeux de mots, des remarques ironiques, quelques clins d’œil aux amateurs de littérature. Certains fonctionnent bien. D’autres un peu moins. Il faut aimer ce ton légèrement maniéré, presque théâtral par moments. Ce n’est jamais lourd, mais cela pourrait agacer ceux qui cherchent un réalisme plus brut. Cela dit, cette légèreté participe à l’ambiance générale. Elle évite à la série de sombrer dans le formalisme excessif.
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Les dialogues sont bien écrits, même si parfois un peu trop écrits, si l’on peut dire. Mais cela reste cohérent avec le personnage principal : un homme de lettres, qui parle comme il pense, avec des phrases bien tournées et des références littéraires en embuscade. Difficile de dire, à ce stade, si Bookish deviendra une série marquante. Les bases sont posées, solides mais sages. On sent une envie de bâtir un univers, d’explorer une époque peu exploitée, et de faire vivre des personnages plus attachants que spectaculaires. Il y a encore des angles à affiner, des figures secondaires à étoffer, des intrigues à densifier. Mais il y a aussi une vraie direction. Pas révolutionnaire, mais claire. Pour ceux qui cherchent de la tension, du drame ou des révélations choquantes, la série ne conviendra sans doute pas.
Mais pour celles et ceux qui aiment les histoires posées, les atmosphères soignées, les dialogues calmes, il y a là matière à passer un moment agréable. C’est une série de confort. Le genre de programme que l’on regarde enroulé dans une couverture, avec une boisson chaude à la main, sans crainte d’être bousculé. L’enquête du boucher, bien qu’amusante, ne réserve pas de grands frissons. Elle se met en place un peu trop facilement. En résumé, ces deux premiers épisodes de Bookish ne révolutionnent pas le genre policier, et ce n’est pas un défaut. Ils s’inscrivent dans une logique différente : celle du récit posé, accessible, presque apaisant. La série s’adresse à celles et ceux qui aiment les enquêtes claires, les personnages bien dessinés, et les ambiances rétro sans excès.
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Pas de tempête, pas de foudre, juste un petit courant d’air doux venu du Londres d’après-guerre. C’est le genre de série que je garde sous le coude pour ces moments de calme, où l’on n’a pas envie de réfléchir à toute vitesse ni de courir après l’action. Elle s’installe dans l’après-midi comme une couverture qu’on remet sur ses genoux. Et parfois, cela suffit amplement.
Note : 6/10. En bref, c’est confortable pour un polar du dimanche après-midi. Rien de révolutionnaire mais une série agréable, sans prise de tête.
Prochainement en France
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