Bookish (Saison 1, 6 épisodes) : des enquêtes posées, quelques biscuits, et un air de 1946

Bookish (Saison 1, 6 épisodes) : des enquêtes posées, quelques biscuits, et un air de 1946

Bookish, diffusée sur U&Alibi, fait partie de ces petites séries policières confortables que l’on regarde sans urgence mais avec une vraie envie de confort. Six épisodes, un rythme tranquille, un décor soigné, et une ambiance qui rappelle ces longs dimanches où la digestion se fait avec un thé et quelques Delacre. Londres, 1946. Une ville encore secouée par la guerre, mais où la vie reprend doucement. Cette période offre un terrain fertile pour des intrigues à petite échelle, mêlant drames personnels, secrets enfouis et restes de tensions militaires. La série ne cherche pas à surjouer le contexte historique, mais elle s’en sert intelligemment pour colorer les décors, les dialogues, et les enjeux des personnages.

 

Gabriel Book, libraire de métier, amateur de thé bien chaud et d’expressions maniérées, est au centre du récit. Son passé militaire flou et une lettre secrète de Churchill lui ouvrent les portes des scènes de crime. Pas besoin de ruser pour intégrer l’enquête : il est déjà dans la place, un peu comme si l’inspecteur l’attendait pour commencer le travail. Chaque affaire s'étend sur deux épisodes. Cela donne un peu de souffle à l’intrigue sans l’étirer inutilement. Les éléments s’installent, les suspects apparaissent, les dialogues se posent. Il n’y a pas de rebondissements choquants, mais un vrai plaisir à suivre des enquêtes qui avancent pas à pas. 

 

Les amateurs de déductions spectaculaires resteront peut-être sur leur faim, mais ceux qui aiment les mystères en douceur trouveront leur compte. Les résolutions ne brillent pas par leur originalité, mais elles ont le mérite de rester logiques. On sent que les épisodes ont été pensés avec soin, même si certains détails peuvent paraître un peu tirés par les cheveux. Un pion de jeu oublié, une pièce de monnaie ancienne ou une réflexion un peu trop littéraire... le tout participe au charme, sans prétendre à la rigueur absolue. Gabriel Book, joué par Mark Gatiss, n’est pas un héros charismatique au sens traditionnel. Il a ses excentricités, ses petites habitudes, son maniérisme. 

 

Parfois, cela frôle la parodie. Mais la frontière n’est jamais franchie. Il y a quelque chose de sincère dans ce personnage, même lorsqu’il s’exprime comme s’il sortait tout droit d’un roman victorien. Trottie, son épouse de convenance, n’est pas en reste. Leur mariage n’est pas conventionnel, mais il repose sur une amitié solide et une complicite évidente. Polly Walker lui donne une présence élégante, avec ce qu’il faut de malice pour contrebalancer le côté pince-sans-rire de Book. Leurs échanges ont souvent des airs de joute verbale tranquille, entre théâtralité assumée et tendresse retenue. Jack, ancien détenu intégré à la librairie, est une pièce rapportée dans ce tableau. Il pose des questions, observe, se fait une place. 

 

Son intrigue secondaire, parfois survolée, mériterait un peu plus d’espace, mais sa présence apporte un contrepoint bienvenu. Le charme de Bookish repose aussi sur ses décors. Pas d’exagération ni de musée-fiction excessive. Les intérieurs ont ce côté un peu encombré mais chaleureux. Les objets ont l'air d'avoir été posés là, puis oubliés, comme dans une vraie maison. La librairie elle-même est un délice visuel pour qui aime les empilements de livres, même si certains auront peut-être des envies de rangement en regardant. Les costumes suivent la même logique : fonctionnels, bien choisis, sans surjeu. Le tout contribue à cette impression de retrouver un univers familier, même s’il appartient à une autre époque.

 

Tout n’est pas parfaitement équilibré. Certains personnages secondaires, comme le sergent Morris ou Nora, manquent de consistance. Ils sont là pour remplir l’espace, plus que pour faire avancer l’intrigue. Le rythme, bien que volontairement lent, pourra paraître trop calme à ceux qui attendent plus de tension ou de rythme dramatique. Mais cela fait partie de l’ADN de la série. Certains jeux de mots ou répliques trop écrites peuvent aussi sortir un peu du ton général. Mais l’ensemble garde un équilibre fragile mais tenace, entre second degré, références littéraires, et sincérité des personnages. Derrière les meurtres et les clins d’œil au roman policier classique, Bookish aborde quelques thèmes plus profonds. Le regard sur les identités dissimulées, sur les relations non dites, sur les bouleversements sociaux de l’après-guerre. 

 

Rien n’est appuyé, mais ces couches de lecture existent. Elles donnent au personnage de Gabriel, en particulier, une mélancolie douce. Une façon de dire les choses sans les dire, comme souvent dans les bonnes histoires. Bookish ne cherche pas l’effet. Elle mise sur la continuité, sur des personnages que l’on retrouve avec plaisir, sur des ambiances qui font du bien. C’est une série que je pourrais regarder un après-midi oisif, sans me presser, entre deux tasses de thé. Elle n’est pas parfaite, mais elle sait où elle va. Elle s’adresse à celles et ceux qui ont déjà arpenté les chemins d’Agatha Christie, de Miss Marple ou de Father Brown, et qui cherchent un nouveau coin où poser leurs valises. Une série qui ne fait pas de bruit, mais qui s’installe durablement dans l’esprit.

 

En refermant cette première saison, l’impression dominante est celle d’un moment bien passé. Pas d’enthousiasme débordant, pas de révélation. Mais un vrai confort, une attention aux détails, une affection pour ses personnages. Si la saison 2 garde ce ton, tout en donnant un peu plus d’espace à certains arcs narratifs, ce sera très bien. En attendant, Bookish rejoint cette catégorie très spécifique des séries qui se regardent avec les pieds sous une couverture, la pluie contre la vitre, et l’envie de ne surtout pas se presser. Et c’est très bien comme ça.

 

Note : 6.5/10. En bref, au fil des épisodes on se laisse prendre au jeu confortable de cette petite série policière délicieuse. 

Prochainement en France

Disponible sur U&Alibi, accessible via un VPN

 

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