Critique Ciné : 1978 (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : 1978 (2025, direct to SVOD)

1978 // De Luciano Onetti et Nicolás Onetti. Avec Agùstin Pardella, Carlos Portaluppi et Mario Alarcon.

 

Le cinéma argentin s’est souvent fait l’écho de ses blessures historiques, et 1978, réalisé par les frères Luciano et Nicolás Onetti, s’inscrit dans cette tradition. En choisissant de situer leur récit durant une année charnière — celle du Mondial de football mais surtout d’une dictature militaire marquée par la torture, les disparitions et l’oppression — les cinéastes s’attaquent à un matériau brûlant. Le film débute comme un thriller politique viscéral, tendu, presque insoutenable. Malheureusement, cette intensité s'effrite peu à peu, noyée dans un second acte plus confus, aux ambitions plus mystiques que narratives. Dès les premières minutes, 1978 impose une ambiance suffocante.

 

Pendant la finale de la Coupe du monde de football entre l'Argentine et les Pays-Bas, dans le contexte d'une dictature militaire. Un groupe de tortionnaires s'introduit dans une maison et enlève un groupe de jeunes gens avant de les emmener dans un centre de détention clandestin.

 

Tandis que les cris de joie du match Argentine-Pays-Bas résonnent à la radio, c’est une tout autre cacophonie qui habite les couloirs sombres d’un centre de détention clandestin. Là, des militaires torturent des prisonniers supposés être des opposants au régime. L’horreur est frontale, mais jamais gratuite. Il y a dans cette première partie une volonté de mettre en scène le banal de la violence d’État, une mécanique rodée et déshumanisée. Le spectateur est plongé dans un huis clos oppressant. La photographie, volontairement sale, granuleuse, accompagne le propos. Le centre de détention devient un personnage à part entière, théâtre d’un mal omniprésent qui suinte des murs et semble contaminer jusqu’à l’air que respirent les protagonistes. 

 

C’est dans cette ambiance d’angoisse pure que le film trouve son ton le plus juste. Le tournant s’opère à mi-parcours. Le groupe de prisonniers fraîchement capturés ne correspond pas au profil attendu. Ce ne sont pas des militants. Leur comportement, d’abord étrange, glisse progressivement vers quelque chose de plus inquiétant. Des indices ésotériques s’accumulent, la tension se transforme, et ce qui était une chronique brutale du totalitarisme bascule dans un récit de vengeance surnaturelle. Ce virage, aussi audacieux soit-il, marque un net déséquilibre. L’intensité dramatique construite dans la première moitié se dilue dans des scènes plus cryptiques, moins bien écrites, parfois théâtrales à l’excès. Les dialogues se font rares, l’intrigue se fragmente, et le spectateur perd ses repères. 

 

L'effet pourrait être volontaire — entretenir le doute, instiller l’angoisse — mais le flou vire à l’imprécision. Le mélange entre horreur politique et surnaturel aurait pu produire un effet de collision fertile, un choc des symboles. Mais 1978 ne parvient pas à maintenir cet équilibre. Le réalisme glaçant du début se heurte à un second acte plus décousu, où les enjeux deviennent flous et les actions parfois arbitraires. Des décisions de personnages paraissent injustifiées, certains rebondissements sonnent creux, et le final, en cherchant à brouiller les pistes, abandonne l’idée de résolution. L’effet de malaise est réel, mais laisse une impression de désordre plus que d’ambiguïté. Il y a tout de même une tentative intéressante d’ancrer la terreur dans une dimension presque métaphysique. 

 

L’idée que le lieu lui-même soit hanté par les atrocités commises, que le mal appelle le mal, que la violence d’État réveille des forces obscures, donne au film une dimension mythologique. Malheureusement, cette ambition n’est pas pleinement assumée ou articulée, et l’on reste avec un sentiment d’inachevé. D’un point de vue formel, 1978 montre une vraie volonté de proposer une esthétique forte. Les jeux d’ombre, les couleurs délavées, les décors délabrés, tout concourt à créer une atmosphère poisseuse. Le montage, nerveux par moments, se fait plus elliptique à mesure que l’intrigue se délite. Cette volonté de suggérer plutôt que de montrer fonctionne dans certaines scènes, mais agace quand elle devient une échappatoire narrative.

 

Le film manque aussi de clarté sur le plan de l’identification. Les personnages sont peu caractérisés. Il est difficile de s’attacher à eux ou de comprendre leur rôle précis dans l’intrigue. L’absence de protagoniste clairement défini contribue à ce sentiment de désorientation. Était-ce voulu ? Peut-être. Mais cela rend plus difficile l’adhésion émotionnelle à ce qui est raconté. Si le scénario perd de sa force en seconde partie, les acteurs livrent des prestations solides. Aucun nom connu au générique, mais une implication évidente dans les scènes les plus dures. La direction d’acteurs favorise l’économie de mots, les regards, les silences. Cela fonctionne d’autant mieux dans les séquences de violence froide, où le non-dit pèse plus que n’importe quel discours. Le film repose en partie sur cette crédibilité. Même lorsque le scénario part dans des directions plus fantastiques, le jeu reste ancré, sobre. 

 

C’est sans doute ce qui permet à 1978 de ne pas sombrer entièrement dans le pastiche horrifique. Il est clair que les frères Onetti ont voulu signer un film engagé, à la fois hommage à un cinéma de genre et dénonciation d’un passé sanglant. Le pari était risqué. L’intention mérite d’être saluée, mais l’exécution, elle, pêche par excès d’effets, par manque de cohérence, et par un traitement trop elliptique des enjeux. En se détournant de son ancrage réaliste pour explorer des territoires plus mystiques, 1978 prend le risque de perdre une partie de son propos initial. Il ne s’agit pas ici d’exiger une reconstitution historique, mais simplement de regretter que la puissance de la première moitié du film ne trouve pas d’écho narratif dans la seconde.

 

1978 est un film à la fois frustrant et fascinant. Il démarre avec force, plante un décor dense, mais s’éparpille ensuite dans une tentative de mêler le surnaturel à la terreur historique. Malgré des partis pris visuels intéressants et un casting crédible, le récit finit par s’enliser dans un brouillard scénaristique. L’impact émotionnel est réel, mais inégal. Reste une œuvre imparfaite, bancale, mais habitée d’une vraie volonté de cinéma. Et parfois, cela suffit à susciter la curiosité.

 

Note : 4.5/10. En bref, un cauchemar politique qui se dissout dans l’occulte. 1978 est un film à la fois frustrant et fascinant. Il démarre avec force, plante un décor dense, mais s’éparpille ensuite dans une tentative de mêler le surnaturel à la terreur historique. 

Prochainement en France directement en SVOD

 

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