Critique Ciné : Almost Cops (2025, Netflix)

Critique Ciné : Almost Cops (2025, Netflix)

Almost Cops // De Gonzalo Fernandez Carmona. Avec Jandino Asporaat, Werner Kolf et Florence Vos Weeda.

 

Il y a des genres cinématographiques auxquels je reste profondément attaché. Le buddy cop movie — cette catégorie bien spécifique du film d’action-comédie qui repose sur un duo improbable, souvent antagoniste, forcé de coopérer pour résoudre une affaire — en fait partie. Des classiques comme L'Arme Fatale, Rush Hour ou Bad Boys ont marqué mon imaginaire et façonné mon goût pour les films d’action portés par des dialogues vifs, un rythme soutenu et une vraie alchimie entre les personnages. C’est donc avec une certaine curiosité que je me suis tourné vers Almost Cops, une production néerlandaise signée Gonzalo Fernández Carmona. Un film qui, sur le papier, semblait vouloir redonner un souffle européen à ce genre quelque peu oublié. 

 

Lorsqu'un agent de quartier un peu trop zélé est obligé de faire équipe avec un ex-inspecteur casse-cou, le chaos déferle dans les rues de Rotterdam.

 

Malheureusement, cette tentative se transforme rapidement en une errance filmique sans cap ni ton clair. Dès les premières minutes, Almost Cops s’installe dans des rails familiers. Ramon, un jeune agent de sécurité communautaire à Rotterdam, plein d’idéaux et désireux de faire honneur à la mémoire de son père, se retrouve forcé de faire équipe avec Jack, un ex-flic déclassé, solitaire et rancunier, hanté par la mort de son ancien partenaire. Bien sûr, les deux hommes ont un lien : Kevin, l’ex-partenaire de Jack, était aussi le demi-frère de Ramon. Il ne faut pas plus de dix minutes pour que le spectateur comprenne l’orientation de l’intrigue : un binôme improbable, des méthodes opposées, une enquête sur fond de corruption policière et de secrets familiaux. 

 

Le problème n’est pas tant la familiarité du schéma — après tout, ce genre a ses codes — mais l’incapacité du film à proposer la moindre variation intéressante ou audacieuse. Rien ne surprend, tout est prévisible. Les dialogues avancent comme sur des rails, les retournements sont téléphonés, et même les moments censés susciter l’émotion ou la tension tombent à plat, faute d’incarnation convaincante. Ce qui frappe le plus — et pas dans le bon sens — c’est l’interprétation. Jandino Asporaat, dans le rôle de Ramon, semble coincé dans un jeu trop mécanique, sans nuance. Chaque réplique paraît lue, chaque expression faciale forcée. De son côté, Werner Kolf campe un Jack stéréotypé, avec la mâchoire serrée et le regard dur, mais sans la profondeur ni l’ambivalence qu’exige ce type de personnage.

 

Le manque de complicité entre les deux acteurs principaux est un réel frein. Dans un buddy movie, l’alchimie est le moteur. Ici, c’est l’absence de cette dynamique qui plombe l’ensemble. Les scènes censées faire sourire tombent dans le registre du malaise, les moments d’émotion manquent cruellement d’authenticité. Il y a comme un vide dans chaque échange, une gêne qui s’installe et qui empêche l’immersion. Mais ce qui dérange plus encore, c’est l’indécision tonale constante. Almost Cops ne sait jamais s’il veut être une comédie familiale un peu potache, une satire policière ou un drame noir sur la corruption institutionnelle. Il alterne sans transition entre des scènes de dialogue sérieuses, presque pesantes, et des séquences burlesques dignes d’une série du samedi matin. 

 

Ce grand écart permanent empêche tout ancrage émotionnel. Par moments, on croit percevoir une volonté méta, comme si le film voulait jouer avec les codes, les citer pour mieux les détourner. Mais cette ambition n’est jamais assumée, jamais exploitée. Les références à d’autres films du genre — parfois explicites — ne servent qu’à rappeler cruellement à quel point Almost Cops peine à se hisser à la hauteur de ses modèles. Sur le plan visuel, le film reste dans une neutralité déconcertante. Pas de choix marqués de mise en scène, pas de parti pris esthétique. La photographie est fonctionnelle, sans âme. Les scènes d’action sont rares, souvent molles, et ne dégagent ni tension ni adrénaline. On sent que les ambitions sont contenues, presque timides. 

 

Et lorsque le film tente une scène plus ambitieuse — une course-poursuite, une fusillade —, l’exécution trahit un manque cruel d’originalité et de maîtrise du rythme. Les moments censés marquer la mémoire du spectateur ne laissent finalement qu’un vague goût d’inachevé. Il n’y a pas de crescendo dramatique, pas de clou du spectacle. Juste une succession de scènes cousues sans véritable liant. Ce n’est pas la première fois que je ressens cela face à une comédie d’action néerlandaise. Il y a un vrai souci de direction d’acteurs, comme si les comédiens étaient livrés à eux-mêmes. Le manque de fluidité dans le jeu, la faiblesse des interactions et l’absence de rythme dramatique sont des freins récurrents à l’émergence de films vraiment marquants dans ce registre.

 

Et c’est peut-être aussi cela qui manque à Almost Cops : un acteur capable d’imprimer un style, de tirer l’ensemble vers le haut, de faire oublier les faiblesses du scénario par la seule force de son charisme. Sans cette figure centrale, tout reste plat. Almost Cops ressemble à un projet conçu pour relancer un genre, mais sans les ingrédients nécessaires à cette ambition. Ni le scénario, ni la réalisation, ni les interprètes ne parviennent à rendre l’ensemble convaincant. C’est un film qui coche les cases sans y mettre d’intention, une œuvre qui semble presque gênée de faire partie du genre qu’elle prétend incarner. Alors oui, il y a bien quelques idées. Le passé familial commun des deux personnages, la corruption en toile de fond, la quête de justice. 

 

Mais rien n’est développé avec assez de profondeur pour que cela fonctionne. C’est comme si le film s’était contenté d’un brouillon jamais retravaillé. Je suis resté frustré devant Almost Cops. Non pas parce que j’attendais une révolution, mais parce que le genre, même dans sa forme la plus classique, peut encore offrir du divertissement de qualité. Il suffit d’un bon duo, d’un rythme bien calibré, d’un scénario sans prétention mais solide. Ici, aucun de ces éléments n’est au rendez-vous. C’est un film qui se regarde sans colère, mais sans enthousiasme. Un film tiède, qui ne suscite ni rire ni émotion, et qui s’efface de la mémoire dès le générique de fin. 

 

Si le cinéma néerlandais veut s’imposer sur la scène internationale avec ce type de productions, il faudra exiger davantage — de l’audace, du jeu, du style. Sinon, Almost Cops risque de rester ce qu’il est : une tentative fade de ressusciter un genre qui mérite bien mieux.

 

Note : 3/10. En bref, rien n’est développé avec assez de profondeur pour que cela fonctionne. C’est comme si le film s’était contenté d’un brouillon jamais retravaillé. 

Sorti le 11 juillet 2025 directement sur Netflix

 

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