Critique Ciné : Consumed (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Consumed (2025, direct to SVOD)

Consumed // De Mitchell Altieri. Avec Courtney Halverson, Mark Famiglietti et Devon Sawa.

 

Il y a quelque chose d’étrangement rassurant dans les films d’horreur en pleine nature. Une forêt, un couple isolé, des bruits inexpliqués au loin… le décor est connu, balisé, presque confortable pour les amateurs du genre. Le problème, c’est qu’à force de revisiter ces mêmes sentiers, certaines œuvres perdent en surprise ce qu’elles prétendent gagner en atmosphère. Consumed, réalisé par Mitchell Altieri et écrit par David Calbert, s’inscrit dans cette lignée. L’ambition est là : mélanger drame psychologique et menace surnaturelle dans un cadre sauvage. Mais le résultat laisse une impression de désintérêt progressif, comme si le film se noyait dans son propre brouillard.

 

Jay et Beth, partent faire du camping un an après la rémission du cancer de Beth. Ils se retrouvent piégés entre un fou et un monstre voleur de peau.

 

L’intrigue commence avec Beth et Jay, un couple de citadins venu s’enfoncer dans les bois pour échapper à un quotidien visiblement pesant. Rapidement, la nature se révèle moins reposante qu’espéré. Jay tente d’adopter une posture conciliante, presque joyeuse, tandis que Beth, fermée et distante, semble porter un poids bien plus lourd que ce que la surface laisse deviner. Les dialogues exposent leur mésentente sans détour, et les premiers échanges laissent entendre que le voyage ne sera pas une promenade de santé. Là où le film aurait pu poser des bases solides, il préfère empiler les non-dits et les tensions sous-jacentes sans jamais vraiment les traiter. 

 

Beth est visiblement rongée par un traumatisme personnel, mais le scénario choisit de ne le révéler qu’à travers une série de visions éparses, hallucinées, et souvent incompréhensibles. Cette stratégie pourrait fonctionner si l’exécution était plus subtile. Or, ces séquences symboliques apparaissent comme des interludes déconnectés, sans vrai lien organique avec le récit principal. L’élément fantastique entre en scène assez vite. Quelque chose rôde dans les bois. Une silhouette, dissimulée dans une fumée noire, semble observer les personnages. La menace est diffuse, jamais clairement définie, ce qui pourrait être efficace dans un film où l’imaginaire supplante la démonstration. Mais ici, l'absence de clarté tourne vite à la frustration.

 

La créature elle-même, lorsqu’elle se dévoile brièvement, mêle effets pratiques et numériques. Sa forme reste volontairement abstraite, mais son apparition n’a pas l’impact espéré. À force de la cacher, le film échoue à lui donner un véritable poids. La peur se dissipe, remplacée par une forme d’indifférence. L’angoisse reste suggérée, mais jamais habitée. Au milieu de cette errance forestière, le couple croise la route de Quinn, un chasseur marginal vivant en ermite. Interprété par Devon Sawa, acteur habitué aux rôles de survivants dans des contextes hostiles, Quinn aurait pu injecter un peu de tension humaine dans ce récit brumeux. Malheureusement, son personnage reste sous-exploité, réduit à quelques échanges ambigus et à une dynamique confuse avec Beth.

 

Au lieu de renforcer le récit, cette nouvelle présence crée une dispersion de l’intrigue. Les enjeux s’étiolent : on ne sait plus très bien ce que le film veut raconter. Le triangle qui se forme entre Beth, Jay (rapidement immobilisé) et Quinn aurait pu alimenter un drame tendu, mais il glisse vers une étrange platitude, alourdie par des dialogues creux et des comportements incohérents. L’un des écueils majeurs de Consumed, c’est sa volonté trop visible de faire sens. Le film cherche à tout prix à établir des parallèles entre le trauma personnel de Beth et la présence menaçante de la créature. L’idée d’un monstre comme métaphore du deuil, de la douleur ou du refoulement est loin d’être nouvelle dans le cinéma d’horreur. Encore faut-il que la forme épouse le fond. Ici, le symbolisme est martelé, sans subtilité. 

 

Les visions répétées de Beth, les apparitions du monstre, les conversations vides dans une grotte mal éclairée... tout cela semble crier une intention artistique qui ne se traduit jamais en émotion. À force de trop vouloir signifier, le film oublie de raconter. Chaque séquence paraît déconnectée de la précédente, comme si le montage avait été pensé pour construire un puzzle existentiel, mais sans l’image d’ensemble pour guider le spectateur. Il faut reconnaître un certain soin apporté à la photographie. La forêt est belle, inquiétante, baignée dans une lumière froide qui accentue l’isolement des personnages. Certains plans sont bien composés, notamment les travellings dans les sous-bois et les scènes nocturnes où la nature devient un labyrinthe sans repères.

 

Mais l’esthétique ne suffit pas à masquer le manque de rythme. Le film avance par à-coups, sans montée de tension. Même les scènes censées être les plus intenses — courses poursuites, confrontations, hallucinations — tombent à plat. La musique tente parfois de suggérer un danger imminent, mais elle semble souvent surjouer une peur que les images ne parviennent pas à instaurer. Courtney Halverson fait ce qu’elle peut avec le peu que le scénario lui offre. Son interprétation de Beth est cohérente, mais limitée par un rôle trop figé dans la douleur. Mark Famiglietti, en revanche, est presque inexistant, cantonné à un rôle de victime passive. Quant à Devon Sawa, il peine à insuffler du relief à un personnage dont la fonction narrative reste floue. Ce déséquilibre entre les acteurs n’aide pas à créer de lien avec les spectateurs. 

 

L’implication émotionnelle reste minimale, car aucun personnage ne parvient à réellement exister au-delà de sa fonction scénaristique. Consumed donne l’impression d’un projet qui voulait être profond, mais qui n’a pas pris le temps de construire les bases nécessaires. Il y avait là un potentiel : un cadre naturel propice à l’angoisse, un thème universel (le couple brisé par un drame), et un soupçon de fantastique. Pourtant, tout cela reste en surface. Le film s’enlise dans des visions trop abstraites, des dialogues décousus et une menace surnaturelle qui ne fait jamais réellement peur. Loin d’un cauchemar en pleine nature, Consumed ressemble plutôt à un rêve brumeux dont on sort sans souvenir précis. L’expérience n’est ni intense, ni bouleversante, ni même divertissante. Juste floue.

 

Note : 2/10. En bref, Consumed donne l’impression d’un projet qui voulait être profond, mais qui n’a pas pris le temps de construire les bases nécessaires.

Prochainement en France en SVOD

 

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